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lundi 24 avril 2017
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Le Figaro, 7 décembre 2009

Corruption : Gaston Flosse admet un enrichissement personnel

par Mathieu DELAHOUSSE


Le récent retour en prison de Gaston Flosse, quelques jours après sa remise en liberté, accentue le climat passionnel qui règne, à Papeete, autour des scandales frappant le Vieux Lion. De son côté, la justice arrive, cette semaine, au terme du premier acte de son enquête sur le « système Flosse ».


Pour la première fois, le sénateur a ainsi reconnu avoir fait un usage personnel des sommes que lui versaient, par enveloppes, deux sociétés de l’île. Jusque-là, ses aveux certifiaient que l’argent reçu n’avait servi que pour son parti, Tahoeraa Huiraatira, et pour l’aide à apporter aux plus pauvres. Lors d’une audition du 20 octobre 2009, il a admis « que les fonds remis (...) lui servaient à assurer des dépenses purement personnelles, comme le paiement de pensions alimentaires ». Une forme de faute supplémentaire soulignée par la cour d’appel de Papeete dans un arrêt rendu la semaine dernière et que Le Figaro a pu consulter. « La forte personnalité de Gaston Flosse et l’ascendant exercé par lui sur son ancienne secrétaire, les membres de son parti politique et ses anciennes maîtresses rendent illusoire l’efficacité d’un contrôle judiciaire », ont ajouté les magistrats pour appuyer leur décision de renvoyer le sénateur en détention.

Si le juge d’instruction Philippe Stelmach doit encore identifier précisément tous les marchés qui auraient été truqués lors du « pacte de corruption » qu’a dénoncé le procureur, les versions des différents acteurs ne divergent en effet aujourd’hui, au million près, que sur les sommes distribuées. Au total, ce sont au moins 492 millions de francs pacifiques (4,1 millions d’euros) que l’office des postes et télécommunications aurait vu s’évaporer. Ces millions étaient le fruit des publicités dans l’annuaire téléphonique local mais ont été détournés. « Une comptable du groupe, raconte l’arrêt rendu le 2 décembre par la cour d’appel de Papeete, a révélé qu’elle avait constaté, dans les années 2000, des retraits d’espèces injustifiés, destinés, lui avait-on dit, à “des gens haut placés” comme Gaston Flosse ou Émile Vernaudon », ancien député du Palais Bourbon et ancien ministre des Postes de Polynésie. Jeudi 3 décembre 2009, confrontée au parlementaire, la secrétaire particulière de Gaston Flosse a confirmé son rôle de « petite main », chargée d’aller chercher, une fois par mois, les petites enveloppes qu’elle amenait ensuite directement dans le bureau de Gaston Flosse. Mardi 8 décembre et vendredi 10 décembre 2009, les confrontations opposeront le Vieux Lion à Hubert Haddad. C’est son groupe, baptisé 2H, qui était chargé de réaliser annuaires et publicités. Gaston Flosse sera ensuite confronté à Geffry Salmon, ancien président de l’office des postes et télécommunications. Les deux chefs d’entreprise ont déjà admis des versements destinés au sénateur. Mais tous deux affûtent leur défense. Olivier Metzner, avocat de Hubert Haddad souligne ainsi que les fonds n’ont été versés que jusqu’en 2003, à une période où, en Polynésie, le financement des partis politiques par les entreprises était encore admis.

Jean-Yves Le Borgne, qui défend Gaston Flosse, s’étonne quant à lui de la détention provisoire en pointillé imposée au sénateur âgé de 78 ans : Gaston Flosse a été incarcéré quinze jours avant de ressortir durant une semaine et enfin d’être remis en détention... Si des risques de pressions sur les témoins devaient exister, dit son avocat, la justice aurait déjà pris le risque de les voir se produire... Dans les faits, c’est en opposition avec l’avis du premier président de la cour d’appel de Papeete que, la semaine dernière, la chambre de l’instruction, appuyée par le parquet, a renvoyé Gaston Flosse en prison. La décision souligne que, désormais, « se font jour de sérieuses interrogations sur le contexte des premiers contacts » entre le sénateur et les entrepreneurs. Une petite phrase qui annonce d’autres dossiers à venir. Si un premier système a été démonté, la justice n’a pas fini d’explorer toutes les coulisses.

Mathieu DELAHOUSSE

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