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AFP, 8 décembre 2009

Guinée : Nouvelles exactions des « bérets rouges »


Des soldats à l’entrée du camp Alpha Yaya Diallo, à Conakry, le 7 décembre 2009

Des militaires guinéens « conduits par le capitaine Jean-Claude Pivi » ont de nouveau semé la terreur, lundi 7 décembre 2009, en banlieue de Conakry, où ils ont « fusillé un marabout » et arrêté plusieurs personnes, dont un imam âgé, ont affirmé de nombreux témoins à l’AFP sur place.

Guinée


Dans le quartier populaire et frondeur de Cosa, surtout habité par des Peuls, les habitants ont raconté à des journalistes étrangers que les « bérets rouges » (garde présidentielle) étaient arrivés en trombe, vers 14h00. « Un marabout a été fusillé », a affirmé un chauffeur de 32 ans, sous couvert de l’anonymat. « Ils sont venus le trouver chez lui. Dès qu’il les a vus, il a voulu fuir. Ils l’ont pourchassé et ils ont tiré deux fois sur lui. Ils l’ont emmené dans leur véhicule. On ne sait même pas s’il est mort », a-t-il dit. Selon des habitants, une rumeur disait que ce marabout était « un féticheur de Toumba » -le lieutenant Aboubabar Sidiki Diakité, dit Toumba- en fuite depuis qu’il a tiré, jeudi 3 décembre, sur le chef de la junte, Moussa Dadis Camara. Un autre jeune homme, Amadou, âgé de 24 ans, a assuré que « l’imam de la grande mosquée de Cosa, El Hadj Djoubaïrou Bah, avait été arrêté » : « Ils l’ont pris ici, alors qu’il revenait de la mosquée, et ils l’ont emmené, lui et son frère, sans raison ». « C’est l’imam du quartier. Il est apolitique ! Il n’a aucun lien avec Toumba », a protesté un autre habitant, témoin de l’arrestation. Un coiffeur âgé de 24 ans a également été arrêté et les militaires ont bastonné des habitants, selon des témoins. Selon Amadou, « les militaires étaient des bérets rouges. Jean-Claude Pivi lui-même était là et il criait "venez, venez, attaquez !" », a-t-il ajouté. Les violences, « c’était une façon de nous intimider, nous les Peuls. Ils viennent de nouveau nous chasser comme si nous étions des chiens », a protesté Amadou, plus de deux mois après le massacre d’opposants, le 28 septembre 2009, à Conakry.

Aboubabar Sidiki Diakité

Peu avant 15h00, un témoin connu de l’AFP a assisté à l’arrivée en trombe de Jean-Claude Pivi et de ses hommes au camp militaire Alpha Yaya Diallo où siège la junte. « Pivi vociférait. Les militaires amenaient au moins deux prisonniers : un jeune homme au teint clair, pieds nus, torse nu, et un vieil homme à la barbe blanche, vêtu d’une djellabah noire, d’un turban vert, avec un chapelet », a-t-il relaté. Ces détenus correspondaient apparemment au signalement de l’imam et du jeune coiffeur arrêtés plus tôt à Cosa. Connu pour sa brutalité, le capitaine Pivi, alias Coplan, est le ministre de la Sécurité présidentielle de la junte qui a pris le pouvoir, le 23 décembre 2008, au lendemain du décès du dictateur Lansana Conté (1984-2008).

Agence France Presse

Jean-Claude Pivi

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