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mardi 22 juillet 2014
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AP, 7 mai 2004

Etats-Unis : John Kerry rejette les excuses de Donald Rumsfeld à propos des crimes de guerre américains

Suivi d’un commentaire


PHOENIX (AP) - Le candidat démocrate à l’élection présidentielle américaine, John Kerry, a rejeté, vendredi 7 mai 2004, les excuses présentées par le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld pour les sévices subis par des prisonniers irakiens et a jugé que la responsabilité de ces actes incombait au président George W. Bush, commandant en chef des armées.

"La chaîne de commandement remonte jusqu’au bureau Ovale", a fait valoir M. Kerry. "Harry Truman n’a pas dit que la responsabilité s’arrête au Pentagone."


Devant le Democratic Leadership Council, qui regroupe des démocrates de tendance centriste, le sénateur du Massachusetts a critiqué sans ménagement la conduite de la guerre contre le terrorisme par l’actuel chef de la Maison Blanche, notant qu’une politique étrangère forte nécessite que l’on "assume la responsabilité du mal comme du bon".

Pour John Kerry, l’administration Bush est forte en paroles mais son action bafouille.

S’agissant des sévices infligés à des prisonniers irakiens par leurs gardiens américains, le candidat démocrate estime que le président Bush et son secrétaire à la Défense, qui se sont tous deux excusés, auraient dû réagir beaucoup plus tôt. Or il a fallu faire pression sur l’administration pour qu’elle reconnaisse sa responsabilité.

"Nous avons besoin d’un président qui comprenne la différence entre la force et l’obstination", a-t-il souligné.

John Kerry a fait valoir que, par le passé, des présidents démocrates comme républicains avaient rapidement accepté leur responsabilité dans des fautes commises à l’étranger. Selon lui, une action plus agressive pour faire cesser et condamner les sévices aurait permis d’éviter d’écorner le prestige américain dans la région.

"Nous devrions être les premiers à condamner les effroyables images de sévices et non pas suivre ceux qui nous les ont montrées", a poursuivi M. Kerry. "Nous devrions être les premiers à établir un code de conduite quant aux sévices qui sont apparus sur les écrans de télévision du monde entier. Nous ne pourrons jamais réussir en Irak ou ailleurs sur cette planète si nous abandonnons les valeurs qui définissent les Etats-Unis d’Amérique."

Associated Press

Commentaire

Le système de défense du tandem Bush-Rumsfeld est surréaliste. Pour mieux s’en rendre compte, il suffit de transposer la scène, en modifiant la personnalité des acteurs.

Supposons qu’Adolf Hitler, au lieu de s’être suicidé dans son bunker, ait été capturé vivant et jugé en même temps que les autres criminels de guerre nazis, lors du procès de Nuremberg.

Supposons que, devant le tribunal, Heinrich Himmler ait affirmé n’avoir jamais évoqué l’existence des camps d’extermination en présence d’Adolf Hitler, à qui on serait donc mal venu de reprocher ce qu’il ignorait... Quant à Adolf Hitler, il renverrait l’ascenseur à Heinrich Himmler, en déclarant : "En effet, ce brave Heinrich ne m’a rien dit à propos des camps de concentration. Si je m’étais douté de quelque chose, je n’aurais pas manqué de réagir ! Mais ce brave Heinrich a été puni pour sa négligence. Je l’ai sermonné. Je lui ai même fait les gros yeux ! Heinrich reconnaît son entière responsabilité, mais je ne veux pas qu’il démissionne. L’Allemagne a besoin de gens comme lui. Et puis, tous deux, nous nous sommes excusés pour les traitements infligés aux déportés. Alors, puisque nous nous sommes excusés, le tribunal n’a plus qu’à tourner la page. Il s’agit de ne pas exploiter cette regrettable négligence à des fins politiciennes..."

En gros, le système de défense du tandem Bush-Rumsfeld se résume à cela. Un mélange de cynisme, d’inconscience, et d’absence totale de sens moral.

On se couvre réciproquement. On s’efforce de rejeter la responsabilité sur les subalternes. On affecte l’ignorance et l’innocence. On passe sous silence les rapports du Comité international de la croix-rouge, d’Amnesty International, d’Human Rights Watch, et de ses propres services de renseignements, à propos de faits qui étaient des secrets de Polichinelle au sein de l’armée, au point que des CD-ROM entiers de photos et des films vidéo circulaient parmi la troupe.

Là-dessus, on présente des excuses -difficile de faire moins- et on prétend que, désormais, il ne reste plus qu’à tourner la page, oublier tout cela, et se remettre à la remorque du gouvernement des Etats-Unis, comme si de rien n’était...

C’est du pur délire. On a le sentiment d’avoir affaire à des gens qui ont complètement perdu le sens des réalités.

Frank BRUNNER

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