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AFP, 17 décembre 2009

Guinée : Human Rights Watch dénonce un crime contre l’humanité


Des soldats à Camp Alpha Yaya Diallo, à Conakry, le 11 décembre 2009

Le massacre et les viols perpétrés, le 28 septembre, à Conakry, par les forces de sécurité, "constituent vraisemblablement des crimes contre l’humanité", juge Human Rights Watch, en conclusion de son rapport détaillé sur les faits, publié jeudi 17 décembre 2009 et transmis à l’AFP à Dakar.

Guinée


Au premier rang des personnes dont la responsabilité pénale doit être examinée, l’ONG cite le capitaine Moussa Dadis Camara, président autoproclamé de la Guinée depuis la prise de pouvoir par l’armée, en décembre 2008. Elle met également directement en cause Aboubakar Sidiki Diakité dit Toumba, l’aide de camp de Moussa Dadis Camara qui, le 3 décembre 2009, a blessé le président en lui tirant dessus. Le capitaine Camara reste soigné au Maroc, invisible et muet, quinze jours après avoir été blessé à la tête par Toumba. Toumba, en fuite, a déclaré, mercredi 16 décembre 2009, à RFI avoir tiré sur le chef de la junte parce que ce dernier l’avait "trahi" en voulant lui "faire porter l’entière responsabilité".

Moussa Dadis Camara en compagnie de Aboubacar Sidiki Diakité dit Toumba

Human Rights Watch estime que "le nombre de victimes décédées au cours des violences du 28 septembre et les jours qui ont suivi se situe probablement entre 150 et 200" et que "plus de 1400 personnes ont été blessées". "Les preuves réunies par Human Rights Watch laissent supposer que les meurtres, les viols et les autres abus commis par les forces de sécurité le 28 septembre 2009 et après cette date constituent un crime contre l’humanité. L’échelle et le niveau d’organisation de ces crimes laissent fortement penser que les attaques étaient généralisées et systématiques", écrit l’organisation qui a interrogé "240" personnes. Les forces de défense et de sécurité ont battu, poignardé, tué par balles des opposants au régime militaire, rassemblés dans le plus grand stade de Conakry. Plusieurs dizaines de femmes ont été violées, selon diverses ONG. Le rapport décrit "comment des soldats ont abattu des manifestants paniqués qui tentaient de fuir en escaladant les murs d’enceinte, ont tiré à bout portant sur des manifestants qui essayaient de se cacher dans des galeries, des toilettes ou sous des sièges, et ont massacré d’autres personnes après leur avoir assuré qu’elles pourraient sortir en toute sécurité". Selon les témoignages, "les agressions sexuelles ont commencé quelques minutes après l’entrée des forces de sécurité dans le stade". Pendant les viols, des soldats ont tenu des "propos racistes" contre les femmes peulhes. "Des témoins ont affirmé avoir vu au moins quatre femmes et jeunes filles se faire tuer pendant qu’elles étaient violées ou immédiatement après. Une femme a été tuée d’une balle dans le vagin alors qu’elle était allongée sur le dos au milieu du stade, suppliant qu’on épargne sa vie", rapporte l’ONG. Un "faisceau de preuves laissent penser que Moussa Dadis Camara a joué un rôle central dans le massacre", même s’il n’était pas présent lui-même au stade, souligne l’ONG, qui ne détaille pas ces preuves. Selon Human Rights Watch, Toumba a conduit les Bérets rouges dans le stade" et se trouvait avec eux "lorsqu’ils ont tiré dans la foule". "Il a mené le groupe des Bérets rouges qui a battu et arrêté les leaders de l’opposition et a personnellement assisté au viol de nombreuses femmes sans intervenir pour mettre fin aux violences". L’ONG met également en cause un deuxième officier des Bérets rouges, Marcel Guilavogui, ayant "violemment agressé" les leaders de l’opposition et menacé de les tuer. Elle accuse aussi le ministre chargé de la lutte anti-drogue et du grand banditisme, Moussa Tiegboro Camara, présent au stade, notamment "les gendarmes de son unité". Cependant, Toumba et Moussa Tiegboro sont crédités d’avoir, ensuite, conduit les chefs de partis d’opposition, blessés, à une clinique.

Agence France Presse

Moussa Tiegboro Camara

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source