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Libération, 27 décembre 2009

Corruption : Paco Correa, le « parrain » de la droite espagnole


Vue de Madrid

« Don Vito », aimait-il se faire appeler. Autant l’écrire à l’imparfait, car Francisco "Paco" Correa se ronge les sangs en prison préventive. Ses anciens « amis intimes » du Parti populaire espagnol (PP, droite) ont jeté ses photos et disent ne l’avoir jamais connu. L’élégant Paco Correa, aux costumes à rayures, toujours flanqué d’une beauté slave, que tous les barons de droite se vantaient de fréquenter, est devenu un paria. Barbe poivre et sel, cheveux tirés en arrière, le séducteur avait choisi ce sobriquet pour se donner des airs de « parrain » Corleone. Mais Don Vito est aussi le nom qu’il avait donné à une comptabilité occulte, via laquelle il aurait arrosé, une décennie durant, des dirigeants du PP. Depuis février 2009, la justice a mis au jour un immense scandale de corruption, connu comme le « dossier Gürtel » : 70 personnes, dont 17 du PP, auraient perçu un total de 5,5 millions d’euros de la part d’un réseau d’entreprises écran, Orange-Market, Special Event...

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Alors que le secret de l’instruction a été partiellement levé, Paco Correa apparaît comme le chef d’orchestre. A Valence, à Madrid, en Galice, les conservateurs lui confiaient l’organisation de leurs meetings et lui offraient leurs marchés publics. En échange, il récompensait ces dirigeants avec de l’argent, des voitures, des montres de luxe, des costumes de marque, des prostituées. Chaque jour, alors que les médias publient de nouvelles révélations, les Espagnols mesurent le pouvoir de l’ombre de Don Vito. Le dernier scandale concerne la visite du pape, en 2006. En se penchant sur la facture des frais de sonorisation des allocutions de Benoît 16, les juges ont constaté que la moitié de la somme (3,3 millions d’euros) a atterri dans deux sociétés de Paco Correa, et que près d’un million d’euros s’est évaporé... A l’époque, Paco Correa était précisément en odeur de sainteté auprès des dirigeants du PP. L’affaire devient de plus en plus embarrassante pour certains ténors. Dans les interrogatoires ou les transcriptions d’écoutes téléphoniques, Paco Correa leur parle comme un ami intime, évoquant cadeaux, prébendes et séjours dorés aux Caraïbes. C’est à Marbella, haut lieu andalou de la jet-set, que ce fils de cordonnier a goûté à la drogue dure du luxe. Là qu’il réalisera un « braguetazo » (de braguette, une promotion canapé) en épousant la fille d’un riche constructeur. Bien sûr, les dirigeants du PP mis en examen expliquent qu’ils n’ont rien à voir avec Don Vito. Mais l’opinion a du mal à les croire. Un récent sondage montre que 80 % des électeurs de droite estiment que « le PP a été sali ». Le trésorier a été démis, et trois députés madrilènes ont été évincés. A qui le tour ?

François MUSSEAU

Francisco Correa

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source