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mercredi 22 février 2017
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Reuters, 23 janvier 2010

Corruption : La Cour suprême des Etats-Unis vend la démocratie aux affairistes

par Ross COLVIN et Pascal LIETOUT


Le siège de la Cour Suprême des Etats-Unis, à Washington DC

Barack Obama a accusé la Cour suprême, contrôlée par les conservateurs, d’avoir attenté à la démocratie en supprimant le plafonnement des dons des entreprises dans les campagnes électorales.

Etats-Unis


La Cour suprême a décidé, jeudi 21 janvier 2010, par cinq voix contre quatre, que le plafonnement des dons des entreprises dans les campagnes électorales était contraire à la constitution américaine et notamment à la liberté d’expression des entreprises. "Cet arrêt ouvre les vannes à l’injection dans notre démocratie de montants illimités venant d’intérêts privés", a déclaré le président américain, lors de son intervention hebdomadaire à la radio et sur internet. "Cela donne aux lobbyistes et à leurs intérêts privés un nouveau levier pour dépenser des millions en publicité pour persuader les élus d’aller dans leur sens, ou pour sanctionner ceux qui ne le font pas", a ajouté Barack Obama. "Cet arrêt est un coup porté à la démocratie elle-même", a-t-il dit. Le chef de la Maison Blanche a jugé que la décision des neuf juges, nommés pour six d’entre eux par des présidents républicains, nuit aux efforts engagés par son administration pour limiter l’influence des entreprises sur la vie politique et risque même de permettre à des sociétés étrangères de "rentrer dans le jeu" politique américain. "Cela rendra encore plus difficile la possibilité d’adopter des lois de bon sens pour promouvoir l’indépendance énergétique, car des entités étrangères pourraient être autorisées à se mêler de nos élections", a-t-il dit. Une telle décision nuira aussi à l’adoption de réformes de la réglementation des marchés financiers et donnera aux compagnies d’assurance spécialisées dans la santé "un levier encore plus grand pour écarter des réformes qui protégeraient les patients", a ajouté le président américain. Il a rappelé qu’il avait interdit les cadeaux de lobbies aux membres de l’administration et qu’il avait "fermé le tourniquet existant entre les firmes de lobbying et le gouvernement". Barack Obama a indiqué qu’il avait donné instruction à son administration de collaborer immédiatement avec le Congrès pour avancer une réponse forte à l’arrêt de la Cour suprême. "Nous avons commencé ce travail, et ce sera une priorité pour nous jusqu’à ce que nous réparerions les dégâts qui ont été commis", a-t-il conclu.

Barack Obama

L’arrêt de la Cour suprême et la réaction du chef de la Maison blanche interviennent alors que se prépare la campagne des élections à mi-mandat, qui se dérouleront en novembre 2010. A l’occasion de ce scrutin, des milliards de dollars devraient être engagés dans la campagne, à l’issue de laquelle les démocrates risquent de perdre leur majorité au Congrès en raison de la crise économique et du chômage. En 2008, près de six milliards de dollars ont été dépensés lors des campagnes nationales, dont un milliard venant des entreprises, d’associations de commerçants et d’industriels, de cadres et de lobbyistes. Les démocrates craignent qu’une grande partie des dons aille à leurs adversaires républicains, alliés traditionnels des milieux d’affaires. Le Parti républicain ne cache pas son ambition de reprendre la majorité au Sénat et à la chambre des Représentants en novembre 2010, et de placer ainsi le président américain dans une situation délicate. Michael Steele, président du Parti républicain, s’est félicité de l’arrêt de la Cour suprême, estimant que la liberté d’expression renforce la démocratie.

Ross COLVIN et Pascal LIETOUT

Le Congrès des Etats-Unis, à Washington DC

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