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AFP, 6 février 2010

Côte d’Ivoire : Fraudes et tensions sociales

par Christophe KOFFI


Scène de rue à Bouaké

La justice ivoirienne a donné raison, vendredi 5 février 2010, au président, Laurent Gbagbo, en concluant à des « fraudes manifestes » dans la confection de la liste électorale, tandis que des procès pour radiation de cette liste d’étrangers présumés ont suscité des tensions dans le pays.

Côte d’Ivoire


Depuis Ouagadougou, le premier ministre, Guillaume Soro, chef de l’ex-rébellion des Forces nouvelles (FN), a lancé un « appel au calme » et sollicité l’aide du président burkinabè, Blaise Compaoré, « facilitateur » de l’accord de paix signé en 2007. Il a promis des « solutions » pour « relancer » le processus électoral en vue du scrutin présidentiel, reporté depuis 2005 et censé clore la crise née du coup d’État manqué de 2002. Ce processus est bouleversé depuis un mois par une polémique autour de la Commission électorale indépendante.

Guillaume Soro Kigbafori

Ouverte, mi-janvier, sur instruction du ministre de l’Intérieur, Désiré Tagro, proche de M. Gbagbo, une enquête, dont les résultats ont été remis aux autorités, montre qu’« il y a eu des fraudes manifestes » dans la confection de la liste des votants, a déclaré à l’AFP une source judiciaire. L’enquête va dans le sens du chef de l’État, qui le 9 janvier 2010, avait ouvert les hostilités en accusant la Commission électorale indépendante de « fraude » pour avoir, en dehors des procédures normales, créé un fichier de « 429000 personnes à intégrer d’office à la liste électorale définitive ». Depuis lors, le camp Gbagbo n’a eu de cesse de réclamer la démission du patron de la Commission électorale indépendante, Robert Beugré Mambé, qui appartient à l’opposition. M. Mambé a de nouveau récusé toute fraude, « matériellement et techniquement pas possible ». Le fait que le fichier litigieux -un document interne de travail, selon lui- se soit retrouvé dans les antennes locales de sa structure est dû à « un dysfonctionnement » qui n’a eu « aucun impact » sur la liste, a-t-il assuré. « Je ne démissionne pas », a-t-il lancé à l’adresse de ses adversaires. En réplique au camp Gbagbo, l’opposition exige le départ du ministre de l’Intérieur, accusé d’« intrusion » pour avoir cherché à reprendre en main le processus électoral, ce qu’il dément. Elle accuse aussi le parti présidentiel de pousser les tribunaux à « opérer des radiations arbitraires, partisanes et illégales » sur la liste électorale, et a appelé ses militants à les en empêcher.

Robert Beugré Mambé

Dans l’intérieur du pays, le climat s’est d’ailleurs nettement détérioré, au cours des derniers jours. Une série d’incidents ont éclaté autour de procès pour radiation de présumés étrangers de la liste, la question de la nationalité restant au coeur de la crise de 2002. Vendredi 5 février 2010, à Man, ville de l’ouest du pays, le tribunal a été saccagé par des manifestants, ont rapporté des témoins. Le procès qui devait avoir lieu concernait « 152 personnes qui devaient passer en audience de radiation » pour fraude à la nationalité, a expliqué Maméry Soumahoro, une personnalité de la société civile locale. Au cours de la semaine, Man avait déjà été le théâtre de tensions, ainsi que Katiola, localité située au centre du pays, et surtout Divo, ville du centre-ouest, où de violentes échauffourées entre manifestants et forces de l’ordre ont fait plusieurs blessés. La tourmente récente a rejeté dans l’ombre la question du calendrier électoral. Le scrutin reste officiellement prévu pour fin février-début mars. Mais, prenant acte des dernières difficultés, le Conseil de sécurité de l’ONU a réclamé, la semaine dernière, l’organisation de l’élection avant juin.

Christophe KOFFI

Drissa Traore, un combattant démobilisé des Forces Nouvelles, travaille à son atelier de Bouaké, le 4 février 2010

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