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AP, 18 février 2010

Guinée : Deux officiers accusés de crimes graves ont été nommés au gouvernement

par Boubacar DIALLO


Vue de Conakry

Deux officiers accusés de crimes graves ont été nommés à des postes ministériels dans le gouvernement de transition, en Guinée, douchant les espoirs d’une marginalisation des hommes tenus responsables d’une montée des tensions dans ce pays d’Afrique occidentale.

Guinée


En décembre 2008, le leader de la junte, Moussa Dadis Camara, actuellement en exil, s’est emparé du pouvoir, à la faveur d’un coup d’État, après la mort du président, l’autocrate Lansana Conté. Il a d’abord promis de remettre rapidement le pouvoir à des civils, à l’occasion d’élections auxquelles il ne participerait pas. Puis il avait commencé à laisser entendre qu’il pourrait être candidat, déclenchant la grande manifestation pro-démocratique de septembre 2009. Son ancien aide de camp, le lieutenant Aboubacar « Toumba » Diakité, a tenté de l’assassiner en décembre 2009, entraînant son départ pour l’étranger, blessé. Peu après, le général Sékouba Konaté, numéro deux de la junte, a négocié avec l’opposition, puis avec Moussa Dadis Camara, convaincant ce dernier de rester à l’étranger, et de remettre le pouvoir à un gouvernement de transition -dirigé par un civil- chargé d’organiser des élections dans un délai de six mois. L’accord prévoyait un gouvernement composé de trente ministres, dont dix issus de la junte. L’actuel gouvernement de transition est considéré par beaucoup comme une première vraie chance d’organiser des élections démocratiques en Guinée. Pendant des semaines, le premier ministre civil, Jean-Marie Doré, s’est querellé avec l’armée sur la composition du gouvernement, estimant qu’aucun membre de la junte ne devait pouvoir en faire partie, en raison de son implication dans le massacre du 28 septembre 2009. La liste initiale -qui comprenait seulement cinq membres de l’armée, dont aucun n’est accusé de crimes- avait été saluée comme le signe d’une avancée de Conakry vers le retour à un régime civil après onze mois de dictature militaire. Les cinq membres de la junte présents sur la liste rendue publique lundi 15 février 2010 sont des officiers dont on sait qu’ils n’ont pas participé aux exactions.

Moussa Tiegboro Camara

La désignation par décret du lieutenant-colonel Moussa « Tiegboro » Camara et du commandant Claude Pivi a été rendue publique à la télévision d’État, mardi 16 février 2010 au soir, plus de 24 heures après l’annonce du reste de l’équipe gouvernementale. Le lieutenant-colonel Moussa « Tiegboro » Camara est accusé par une commission de l’ONU d’être l’un des principaux acteurs du massacre du 28 septembre 2009 qui a coûté la vie à au moins 157 civils, lors d’un rassemblement de l’opposition, dans un stade de la capitale. Il a été nommé à un poste ministériel spécial en charge de la lutte contre la drogue. Quant au commandant Claude Pivi, accusé d’avoir donné l’ordre de torturer des civils, il conserve la fonction de ministre en charge de la sécurité présidentielle. Leur nomination suscite l’indignation de Corinne Dufka, spécialiste de la Guinée à l’ONG Human Rights Watch. « Pivi et Tiegboro ont été de façon plausible impliqués dans des abus extrêmement graves, dont des actes de torture et des meurtres », a-t-elle souligné. « Leur nomination est un gigantesque pas en arrière ». Les nominations de Claude Pivi et de Moussa « Tiegboro » Camara à des postes liés au bureau de la présidence semblent relever d’un compromis destiné à neutraliser tout conflit potentiel. Tous deux doivent occuper des positions au sein du bureau de Sékouba Konaté et n’ont pas de ministère propre. « L’important, c’est qu’ils ne sont pas membres du cabinet », a déclaré François Lounceny Fall, porte-parole d’une coalition de partis de l’opposition. « Ils ne participeront pas à des conseils ministériels ». Mais d’autres membres de l’opposition ont jugé leur nomination inacceptable. « Tiegboro figure sur la liste des officiers accusés des crimes commis le 28 septembre » 2009, a souligné Ibrahima Sow. « Qu’il ait été nommé dans le gouvernement est une violation flagrante ».

Boubacar DIALLO

Jean-Claude Pivi

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