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El Watan, 26 février 2010

Algérie : L’assassinat d’Ali Tounsi

par Salima TLEMCANI


Ali Tounsi

Jeudi 25 février 2010 au matin, un peu avant 11h00, le premier policier du pays meurt de blessures par balles. Cinq balles ont mis fin au parcours d’Ali Tounsi, patron tout puissant de la DGSN, figure de l’appareil sécuritaire depuis plus de quinze ans. L’auteur du crime, le colonel Oultache, aurait tenté de se donner la mort juste après. El Watan Week-end revient sur les faits et dresse le portrait d’un homme controversé.

Algérie


Le patron de la Sûreté nationale, Ali Tounsi, a été tué, jeudi 25 février 2010, par un de ses cadres, un colonel de l’armée, considéré comme étant le plus proche de ses collaborateurs, auquel il a confié, il y a huit ans, l’unité des hélicoptères. La nouvelle de la mort d’Ali Tounsi s’est répandue comme une traînée de poudre et a nourri les plus folles rumeurs. En fait, selon des témoignages recueillis de source policière, c’est dans le bureau de M. Tounsi que le tragique événement a eu lieu, vers 10h30. Le colonel Choueib Oultache venait d’apprendre sa suspension et, pris de colère, s’est dirigé droit vers son directeur général pour avoir des explications. Non loin, dans la salle de conférences, le divisionnaire chargé de l’administration générale et le chef de sûreté de la wilaya d’Alger, le commissaire divisionnaire Abderabi, attendaient l’arrivée de M. Tounsi, qui les avait convoqués pour une réunion. Le colonel et son patron échangent alors des invectives à haute voix. Subitement, des coups de feu sont entendus. Le colonel sort du bureau du DGSN, le laissant pour mort et se dirige tout droit vers la salle de réunion, où il menace ses collègues avec son arme. L’un d’eux tente de le maîtriser. Il reçoit une balle, alors que le deuxième lui saute dessus pour le paralyser. Mais une dernière balle atteint le colonel, qui s’affaisse sur le sol. Les cris et les coups de feu provoquent la panique dans les bureaux du bâtiment. Les accès sont tout de suite fermés, y compris aux policiers qui se trouvaient à l’extérieur. Des renforts considérables et des ambulances arrivent sur les lieux.

Les funérailles d’Ali Tounsi, à Alger, le 26 février 2010

Moins de trente minutes plus tard, Yazid Zerhouni, ministre de l’Intérieur, accompagné du wali d’Alger, font irruption. Moins d’une heure après, deux ambulances quittent l’enceinte de la DGSN, escortées par un convoi de véhicules de police. L’ambiance est très lourde. Les policiers bloqués dehors ne savent toujours pas ce qui s’est passé à l’intérieur du bureau du DGSN. Les plus folles rumeurs sont colportées, jusqu’à ce que la levée de l’interdiction d’accès au siège de la sûreté soit levée, vers 14h00. Les « bleus » viennent de vivre la journée la plus dramatique de leur carrière. Personne n’arrive à s’exprimer, des heures après, sur le tragique sort du premier responsable de la police. Pour parer à toute éventualité et éviter toute suspicion, un appel au calme et à la poursuite de leur mission, pour laquelle le défunt est mort, est lancé par le ministre de l’Intérieur, lequel s’est entretenu avec les cadres de l’institution réunis jeudi 25 février 2010 après-midi. Un communiqué officiel faisant état des circonstances de la mort de Ali Tounsi tombe en milieu d’après-midi, alors que la thèse de l’attentat venait d’être avancée par des chaînes de télévision, avant que l’information ne soit rectifiée. En fin de journée, une foule nombreuse était toujours agglutinée non loin du siège de la DGSN, à Bab El Oued, alors que les messages de condoléances à la famille du défunt commençaient à inonder les rédactions. Ali Tounsi -ou colonel Al Ghaouti- est mort après avoir passé plus de quinze ans à la tête de la Sûreté nationale, qu’il a marquée d’une empreinte indélébile à travers la modernisation des structures et l’entrée en masse des femmes dans les rangs de la police pour occuper des postes jusque-là relevant du domaine des hommes.

Salima TLEMCANI

Les funérailles d’Ali Tounsi, à Alger, le 26 février 2010

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