retour article original

samedi 19 août 2017
Vous êtes ici Accueil Corruption Corruption aux Etats-Unis
Le Temps, 4 mars 2010

Corruption : David Paterson, gouverneur de l’Etat de New York

par Luis LEMA


Vue d’Albany

Corruption, fonds détournés, trous inexplicables dans le budget et énorme déficit : le gouverneur David Paterson est dans la ligne de mire et pourrait être contraint à la démission.

Etats-Unis


Il règne un drôle de climat à Albany, la capitale méconnue de l’Etat de New York, devenue la risée d’une bonne partie de l’Amérique. « C’est un embarras national », disait, il y a quelques mois, le New York Times. Les doigts des deux mains ne suffisent pas à compter les cas de corruption qui fleurissent au parlement local. Les toits des piscines privées payés avec les fonds des campagnes électorales. Les « trous » inexplicables dans le budget de 130 milliards de dollars que les élus sont chargés de gérer. Les scandales liés au fait que les parlementaires dessinent eux-mêmes, tous les dix ans, leurs arrondissements électoraux afin d’être mieux élus. Aujourd’hui, Albany est à nouveau l’objet de tous les sarcasmes. Depuis des semaines, la capitale de l’Etat est totalement paralysée par les rumeurs, puis les quasi-certitudes, liées au comportement du gouverneur, David Paterson. David Paterson est aveugle, à la suite d’une grave maladie contractée à la naissance. Il se fait lire les documents officiels par ses collaborateurs. Mais c’est un autre aveuglement qui le poursuit aujour­d’hui. Son ancien chauffeur, un malabar de plus de 2 mètres de haut, devenu de manière inexplicable son bras droit, est accusé par son ancienne amie de l’avoir malmenée le soir de Halloween. Il l’a projetée contre un miroir, peut-être battue. Il n’aimait pas son déguisement. Selon divers témoignages parus dans la presse, plusieurs responsables de la ville et de la police ont, sur ordre du gouverneur, tenté de persuader la victime de retirer la plainte qu’elle avait déposée devant les tribunaux. David Paterson lui-même l’a appelée à la veille d’une comparution, à laquelle la femme a finalement renoncé à se présenter.

David Paterson

David Paterson, âgé de 56 ans, n’a jamais été élu. Il doit son poste au départ de son ancien chef, Eliot Spitzer, qui avait été contraint de démissionner après avoir fréquenté des prostituées lors de ses voyages à Washington. A l’époque, le choix de David Paterson comme gouverneur adjoint avait déjà fait jaser. Mais le poste est avant tout honorifique : étant donné la réputation des institutions de l’Etat, personne n’avait réellement fait attention. Devenu presque par hasard le premier gouverneur noir de New York, David Paterson a immédiatement recueilli des avis largement négatifs : sept New-Yorkais sur dix ne voulaient pas de lui. La moitié des autres ne savait pas qui il était. Depuis lors, dit-on à Albany, le gouverneur a montré peu d’empressement à suivre le travail de ses subordonnés, à qui il laisse « une large marge de manœuvre ». Jusqu’ici, l’homme n’avait réellement fait parler de lui qu’à une occasion. Il s’agissait de nommer le successeur de la sénatrice de New York, Hillary Clinton, partie au Département d’Etat. Le gouverneur avait transformé l’événement en feuilleton, exposant les faiblesses des papables, changeant d’opinion, semblant s’amuser comme un chat avec des souris. La favorite, Caroline Kennedy, héritière d’une lignée prestigieuse, avait jeté l’éponge, dégoûtée. Alors que la campagne pour l’élection du gouverneur allait débuter, Barack Obama a tenté de persuader David Paterson de ne pas se représenter. Le gouverneur ne l’a pas écouté. La campagne électorale du gouverneur n’aura duré qu’une petite semaine. David Paterson a renoncé aux élections. Mais d’un peu partout, les voix s’élèvent pour qu’il n’achève pas son mandat et se retire immédiatement. Mercredi 3 mars 2010, la Commission d’éthique de l’Etat blâmait le gouverneur pour avoir acheté, avec l’argent public, plusieurs billets pour un match de baseball, auquel il comptait assister avec sa famille, à plus de 400 dollars l’unité. Cette pantalonnade ferait sans doute rire si New York ne traversait pas une crise financière aussi aiguë, à l’instar d’autres Etats américains. Ici, un quart des recettes provient des activités de Wall Street. Entre deux scandales, le gouverneur vient de baisser les rentrées budgétaires prévues de 800 millions de dollars. Le déficit pour l’année 2011 devrait s’établir à 9 milliards de dollars. Pour autant que les parlementaires d’Albany, qui ne s’en laissent pas conter, parviennent à s’entendre à temps pour établir un budget. Le désarroi financier est tel que l’Etat n’exclut pas, comme en Californie, de commencer bientôt à imprimer des « reconnaissances de dette » pour parer au plus pressé. David Paterson devrait en décider dans quelques jours. S’il est encore gouverneur.

Luis LEMA

Vue d’Albany

Liens liés a l'article.Le Temps

AUTEURS 

  • Luis LEMA

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source