retour article original

lundi 26 juin 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Côte d’Ivoire (1ère partie) : Du 18 février 2004 au 24 décembre (...)
Reuters, 9 mai 2004

Côte d’Ivoire : Les casques bleus pris entre deux feux


DAKAR (Reuters) - Avant même d’être au complet sur le terrain, les "casques bleus" des Nations Unies, censés maintenir la paix civile en Côte d’Ivoire, sont pris entre deux feux, au centre d’une polémique dont ils risquent de faire les frais.

Au pire, prévoient les analystes, les "casques bleus" risquent d’être la cible d’attaques ; au mieux, ils devront se contenter dans un premier temps de superviser le statu quo plutôt que de maintenir la paix et de réunifier le premier producteur mondial de cacao.

Ils avaient pourtant été accueillis comme des sauveurs il y a deux mois lorsque l’ONU avait décidé de déployer à terme 6000 soldats dans cette ancienne colonie-phare de la France en Afrique de l’Ouest divisée depuis le soulèvement du 19 septembre 2002.


Les autorités ivoiriennes ne décolèrent pas depuis la fuite, début mai 2004, d’un rapport des Nations Unies accablant pour l’entourage du président Laurent Gbagbo.

Ce document accuse les forces de sécurité et des milices parallèles proches du chef de l’Etat d’avoir tué des dizaines de civils lors de la répression de la manifestation interdite de l’opposition, le 25 mars 2004, à Abidjan. Le rapport, qui n’a toujours pas été officiellement publié, mettait en cause "les plus hautes autorités ivoiriennes" et parlait de "tuerie sans discernement de civils innocents et de violation massive des droits de l’homme".

Dans un premier temps, le camp présidentiel s’en était pris aux médias étrangers qui avaient "fuité" le rapport de la commission d’enquête de l’ONU avant de se retourner rapidement contre les Nations Unies, accusés de faire le jeu des rebelles qui contrôlent le Nord pour mieux saper l’autorité de Laurent Gbagbo.

Pour les analystes, la tâche incombant à la force de l’ONU, qui devrait recevoir cette semaine 600 "casques bleus" en renfort, n’en est que plus délicate si elle veut remettre le fragile processus de paix sur les rails.

Nombreux écueils

"Ils sont très mal partis. Les casques bleus se retrouvent aujourd’hui dans une position dans laquelle ils sont perçus comme partie prenante au conflit et non comme une force neutre", avance Kojo Bedu-Addo, du Groupe de contrôle des risques (CRG).

"Il va falloir qu’ils se battent pour sortir de ce piège avant de pouvoir vraiment commencer leur mission".

Avant même la prise de bec avec le gouvernement, les écueils ne manquaient pour la force des Nations unies censée prendre petit à petit le relais des 4000 militaires français de l’opération "Licorne" déjà sur le terrain.

De "jeunes patriotes", proches de Laurent Gbagbo, responsables des violentes manifestations antifrançaises de 2003 à Abidjan, ont donné jusqu’à la fin mai aux "casques bleus" pour désarmer les rebelles. Faute de quoi, ont-ils dit, "nous ne serons pas responsables de ce qui pourrait advenir aux casques bleus".

Les insurgés ont, à leur tour, fait savoir qu’ils n’avaient pas l’intention de déposer les armes tant que les grands points des accords de Marcoussis ne seraient pas mis en oeuvre.

Les représentants tant de la rébellion que de l’opposition boycottent le gouvernement de consensus national, paralysé de facto, issu de Marcoussis.

Les discussions sont au point mort et le rapport de l’ONU sert de prétexte aux partisans comme aux adversaires du président Gbagbo pour faire preuve de plus d’intransigeance.

Ainsi samedi 8 mai 2004, Guillaume Soro, chef politique de l’insurrection nordiste, a-t-il déclaré que la communauté internationale devrait écarter Laurent Gbagbo du pouvoir.

Pour le moment, les "casques bleus" semblent incapables de faire grand-chose pour sortir de l’impasse. Leur mandat consiste essentiellement à superviser le cessez-le-feu et à aider, sans les y obliger, les combattants à déposer les armes.

"L’ONU ne peut ni faire respecter la paix, ni obliger les combattants à désarmer. Les "casques bleus" ne peuvent que se déployer le long de la ligne de front, faire en sorte que les hostilités ne reprennent pas et maintenir le statu quo. C’est leur seul objectif réaliste pour le moment !", conclut Kojo Bedu-Addo.

Silvia ALOISI

Si vous souhaitez soutenir l’activité du site web interet-general.info, vos dons sont les bienvenus sur le compte de la Banque cantonale de Genève No Z 3267.34.01 Clearing bancaire (CB) : 788 IBAN CH48 0078 8001 Z326 7340 1

Compte de chèque postal : 12-1-2

Veuillez libeller les chèques au nom de : interet-general.info

Accueil

éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source