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AFP, 5 mars 2010

Côte d’Ivoire : Vers une sortie de crise

par Christophe KOFFI


Des manifestants, à Toumodi, le 22 février 2010

L’opposition ivoirienne est entrée, jeudi 4 mars, dans le nouveau gouvernement du premier ministre, Guillaume Soro, clôturant la crise née, le 12 février 2010, de la dissolution du précédent cabinet et de la commission électorale par le président, Laurent Gbagbo.

Côte d’Ivoire


Les onze postes encore à pourvoir dans le cabinet « Soro 2 » -qui comptait, depuis sa formation, la semaine dernière, seulement dix-sept ministres nommés- ont été attribués à des membres de l’opposition, selon un décret de M. Gbagbo lu par le secrétaire général de la présidence, Amédée Couassi Blé. Le gouvernement au grand complet de vingt-huit membres, dont M. Soro, chef de l’ex-rébellion des Forces nouvelles (FN), s’est réuni, dans la matinée, pour un conseil des ministres sous la présidence du chef de l’État. Après la récente mise sur pied d’une Commission électorale indépendante (CEI) renouvelée, la formation du cabinet clôt une crise de près de trois semaines, née de la dissolution de la commission et du gouvernement par M. Gbagbo après un blocage à la Commission électorale indépendante, accusée de « fraude » sur la liste des votants. Cette crise a entraîné un regain de tension marqué par des manifestations d’opposants, parfois émaillées de violences, et la mort d’au moins sept personnes lors de la répression de protestations.

Des manifestants contraignent un bus à faire demi-tour, à Toumodi, le 22 février 2010

Le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), coalition d’opposition dirigée par l’ancien président Henri Konan Bédié et l’ex-premier ministre Alassane Ouattara, a obtenu satisfaction avec le rétablissement de la Commission électorale indépendante, dont il garde la présidence. Mais il a dû renoncer -suscitant parfois l’incompréhension de sa base- à la reconduction de certains de ses anciens ministres, et non des moindres, refusés par le président Gbagbo. Le gouvernement et la Commission électorale indépendante doivent désormais se mettre au travail pour organiser une élection présidentielle sans cesse reportée depuis la fin du mandat de M. Gbagbo, en 2005. Elle est destinée à clore la crise causée par le putsch manqué de 2002, qui a coupé le pays en un nord rebelle et un sud loyaliste. Le premier tour de scrutin doit se tenir « fin avril-début mai » 2010, selon le dernier calendrier fixé sous l’égide du médiateur et président burkinabè, Blaise Compaoré.

Un manifestant blessé par les tirs de l’armée est soigné à l’hôpital de Daloa, le 23 février 2010

La formation de ce cabinet intervient trois ans, jour pour jour, après la signature de l’accord de paix de Ouagadougou qui a conduit M. Soro au poste de premier ministre. Cet accord a nettement amélioré le climat politique, mais sans parvenir à résoudre les problèmes les plus sensibles. Répondant aux fidèles du chef de l’État, Guillaume Soro a d’ailleurs promis, dès jeudi 4 mars, que le gouvernement travaillerait pour parvenir à « des progrès notables sur la voie de la réunification », qui prévoit notamment un désarmement des ex-rebelles deux mois avant le scrutin. Mais le défi le plus urgent est, selon son expression, l’élaboration d’une « liste électorale propre, transparente, qui réconcilie les Ivoiriens », avec la reprise attendue du traitement des contentieux sur les inscriptions. Cette opération avait été suspendue, début février 2010, après des violences de militants d’opposition contre des procès ouverts à la demande du camp présidentiel pour radier de présumés étrangers de la liste. Ces incidents étaient venus rappeler combien la question de la nationalité ivoirienne, au coeur de la crise de 2002, reste explosive, les populations du nord -majoritairement musulman- s’estimant souvent stigmatisées.

Christophe KOFFI

Guillaume Soro Kigbafori

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