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lundi 24 juillet 2017
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AFP, 24 mars 2010

Ethiopia : Le pouvoir musèle toute opposition à l’approche des élections


Un puits

Le gouvernement éthiopien a multiplié, ces dernières années, les pressions et menaces pour diminuer l’influence de l’opposition et museler la presse et la société civile, a accusé, mercredi 24 mars, l’organisation des défense des droits de l’Homme Human Rights Watch (HRW). Cette campagne vise, selon Human Rights Watch, à s’assurer de la victoire aux élections législatives du 23 mai 2010, tout en évitant les violences post-électorales de 2005. Ces élections, marquées par une ouverture démocratique et une percée de l’opposition, s’étaient soldées par une victoire de la coalition au pouvoir depuis 1991. Les violences post-électorales avaient fait plus de 200 morts, essentiellement des manifestants de l’opposition tués par les forces de l’ordre.

Ethiopie


Dans un rapport intitulé "100 manières de mettre la pression : violations des libertés d’expression et d’association en Ethiopie", Human Rights Watch décortique les pratiques du Front révolutionnaire et démocratique des peuples d’Ethiopie (EPRDF -coalition au pouvoir. L’ONG estime notamment que l’emprisonnement de figures de l’opposition, à l’image de Birtukan Mideksa depuis décembre 2008, constitue la partie visible d’un travail de sape de l’opposition par le parti au pouvoir. Celui-ci se joue dans l’Ethiopie rurale, qui concentre 85 % de la population. Nombre de témoins interrogés par Human Rights Watch ont expliqué que l’obtention de semences, d’engrais, ainsi que l’accès à la santé ou aux programmes de travail contre nourriture, sont conditionnés dans les campagnes à l’adhésion au parti au pouvoir. "On dit aux gens que s’ils ne votent pas pour l’EPRDF, alors, pas d’engrais, pas d’hôpital", affirme à Human Rights Watch un responsable de l’opposition, Bulcha Demeksa. Devant la percée de l’opposition en 2005, le parti au pouvoir a, selon Human Rights Watch, renforcé son assise dans le pays à la faveur des élections locales de 2008 et d’une vaste campagne de recrutement, passant "de 760000 membres en 2005 à plus de quatre millions trois ans plus tard". Ainsi, enseignants et fonctionnaires sont priés d’assister à des sessions d’informations organisées par le gouvernement, au cours desquelles leur sont distribués des formulaires d’adhésion au parti du Premier ministre, Meles Zenawi. Un fonctionnaire de Gondar décrit ainsi son expérience, lors d’une récente conférence : "la vérité, c’est que c’est de l’endoctrinement (...) Après la réunion, ils nous ont distribué des documents, des formulaires pour adhérer au parti et nous ont dit comme s’il s’agissait d’un ordre : "remplissez ça". Le rapport d’Human Rights Watch détaille également les tracasseries administratives imposées aux partis d’opposition et dénonce l’échec de la "diplomatie silencieuse" des puissances occidentales face à leur principal allié dans cette région particulièrement instable (Soudan, Somalie, Erythrée etc). "Les gens oublient qu’en pratique et en théorie, ce gouvernement est une sorte de régime communiste qui ne croit pas aux droits de l’individu. Il croit au droit de l’Ethiopie de se développer", confie un diplomate à Human Rights Watch.

Agence France Presse

Birtukan Mideksa

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