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vendredi 18 août 2017
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AFP, 31 mars 2010

Corruption : Le Pakistan demande à la Suisse de rouvrir le cas d’Asif Ali Zardari


Un policier devant le siège de la Cour suprême, à Islamabad

L’autorité de lutte contre la corruption au Pakistan a demandé, mercredi 31 mars 2010, à la justice suisse, de rouvrir une procédure judiciaire pour blanchiment contre le président, Asif Ali Zardari, après l’annulation, à Islamabad, d’un décret qui l’avait amnistié en 2007. Après cette amnistie, le gouvernement pakistanais avait abandonné toutes ses poursuites et, en août 2008, la justice genevoise avait dû classer sans suites la procédure sur les soupçons de blanchiment aggravé à l’encontre du chef de l’Etat pakistanais et de son épouse, l’ancien Premier ministre, Benazir Bhutto, assassinée en décembre 2007.

Pakistan


M. Zardari est surnommé, au Pakistan, "Monsieur 10 %", pour les commissions qu’il était soupçonné de prendre sur des marchés publics. M. Zardari a succédé à son épouse assassinée à la tête du parti qui a remporté les élections législatives de février 2008, et a été élu président par le Parlement la même année. Il avait, jusqu’en 2004, purgé, au Pakistan, au total, onze années de prison, sans jamais avoir été condamné toutefois, pour des détournements de fonds publics présumés quand il était ministre de son épouse, dans les années 1990. La justice genevoise était saisie, depuis dix ans, par Islamabad, d’une des affaires de blanchiment reprochées à M. Zardari et son épouse dans leur pays, qui portait sur une somme d’environ 13 millions de dollars. Benazir Bhutto et son mari, notamment, étaient soupçonnés d’avoir touché des commissions illicites et des pots-de-vin des entreprises suisses SGS et Cotecna, en concurrence pour l’obtention de contrats d’inspection des marchandises en douane. Le procureur suisse qui avait classé l’affaire avait tenu compte, certes, de l’amnistie, mais avait également fondé sa décision sur le fait que l’instruction menée en Suisse n’avait pas permis de déterminer si M. Zardari avait touché des pots-de-vin. Le couple avait déjà été condamné, par voie d’ordonnance, pour blanchiment simple, en 2003. Il avait fait appel, relançant du même coup l’instruction. L’amnistie avait été décrétée, en octobre 2007, par le président de l’époque, le général Pervez Musharraf, en perte de vitesse et qui souhaitait s’allier Benazir Bhutto pour un partage du pouvoir après les élections législatives de 2008.

Asif Ali Zardari

Mardi 30 mars 2010, la Cour suprême du Pakistan, qui avait annulé le décret d’amnistie le 16 décembre 2009, a donné à l’autorité anticorruption (NAB), qui dépend du gouvernement, 24 heures pour mettre en application son jugement. "Le NAB a envoyé une lettre officielle aux autorités suisses, afin qu’elles rouvrent les procédures et cela comprend aussi le cas visant le président Zardari", a déclaré, mercredi 31 mars 2010, à l’AFP, le porte-parole du NAB, Salar Ghazni Khan. La réouverture du "cas suisse" fragilise un peu plus un chef de l’Etat au plus bas dans l’opinion publique et attaqué de toutes parts par ses adversaires politiques qui ne désespèrent pas de faire invalider son élection, s’il était reconnu coupable de corruption, ce qui le rendait inéligible en 2008. Malgré l’annulation du décret d’amnistie, M. Zardari reste pour l’heure protégé par son immunité présidentielle.

Agence France Presse

Naveed Ahsan, le président du Pakistani National Accountability Bureau

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