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Le Temps, 6 avril 2010

Afrique du Sud : Le président des jeunes ANC attise les tensions raciales

par Valérie HIRSCH


A gauche, la chambre dans laquelle Eugene Terre’Blanche a été tué, à Ventersdorp

Le président sud-africain, Jacob Zuma, a appelé les Sud-Africains à réagir avec calme au meurtre « choquant » d’Eugene Terre’Blanche. Agé de 69 ans, le bien-nommé leader du « Mouvement de la résistance afrikaner » (AWB) a été assassiné, samedi 3 avril 2010, sur sa ferme, à Ventersdorp. Surpris dans sa chambre à coucher, il a été battu à mort avec une machette et une barre de métal par deux ouvriers agricoles, âgés de 15 et 21 ans, suite à une dispute portant sur 60 euros. Selon Jacob Zuma, le meurtre n’est pas politique, mais « témoigne du problème que nous avons dans les comportements et les relations entre les gens ».

Afrique du Sud


Eugene Terre’Blanche n’avait plus qu’une poignée de partisans, qui ont appelé à la vengeance. Le leader barbu s’était fait connaître à la fin des années 1980, en paradant sur son cheval noir, entouré de ses nervis en tenue paramilitaire, portant un emblème rappelant la swastika nazie. Après 1990, l’AWB avait commis des attentats sanglants, faisant 21 morts, en réclamant la création d’un Etat afrikaner indépendant, le « Volkstaat ». Mais Terre’Blanche avait perdu toute crédibilité après l’échec retentissant d’un coup de force dans le bantoustan du Bophuthatswana, en 1994 : ses partisans avaient été humiliés quand un policier noir avait abattu deux militants blessés de l’AWB devant les caméras des journalistes. Terre’Blanche était un homme violent : en 2004, il avait été libéré après six ans de prison, pour avoir battu un pompiste noir, qui avait subi des lésions cérébrales irréversibles.

Le lit sur lequel Eugene Terre’Blanche a été tué, à Ventersdorp

Dimanche 4 avril 2010, le ministre de la police, Nathi Mthethwa, s’est rendu à Vertersdorp, où il a mis en garde contre toute exploitation politique du meurtre, qui intervient dans un moment de regain de tension raciale. Le président des jeunes de l’ANC, Julius Malema, est accusé d’avoir jeté de l’huile sur le feu en chantant à plusieurs reprises un vieux refrain de la lutte anti-apartheid, « Tuez les Boers ». Depuis 1994, plus de 3300 fermiers blancs ont été assassinés. Même si les attaques ont souvent un motif criminel, les Afrikaners, qui exploitent 80 % des terres agricoles, ont l’impression d’être victimes d’une guerre qui ne dit pas son nom. Saisi par une organisation afrikaner, un juge blanc avait interdit, jeudi 1er avril 2010, à Julius Malema de chanter le chant litigieux, considéré comme « une incitation à la haine ». Selon la chef de l’opposition, Helen Zille, « le meurtre de Terre’Blanche va inévitablement polariser et enflammer les passions en Afrique du Sud à un moment où le climat est déjà très tendu ». Julius Malema, qui se présente comme un révolutionnaire anti-impérialiste, cristallise toutes les passions. En visite au Zimbabwe, où il a apporté son soutien au président Robert Mugabe, Julius Malema a à nouveau chanté, dimanche 4 avril, la chanson controversée. Pour le leader des jeunes de l’ANC, la réforme agraire violente menée au Zimbabwe, qui a chassé les fermiers blancs et abouti à une chute de la production agricole, est un succès : « En Afrique du Sud, nous avons seulement commencé. Ici, au Zimbabwe, la question agraire a été résolue. » Julius Malema, qui prône aussi la nationalisation des mines, multiplie les déclarations qui avivent le sentiment d’insécurité des Afrikaners. Lors d’un récent sondage, 75 % des lecteurs du journal Beeld ont déclaré qu’ils souhaiteraient vivre dans une région « afrikaner » autonome. « Il y a une résurgence du nationalisme afrikaner, explique l’auteur Dan Roodt, lui-même un extrémiste. Nous ne tolérerons plus les chansons violentes, qui peuvent être assimilées à un appel au génocide. Nous avons tous les ingrédients pour un conflit majeur. »

Julius Malema en compagnie de Robert Mugabe

Selon un sondage fait, en 2009, par l’Institut de justice et réconciliation, 31 % des Sud-Africains pensent que les relations raciales ne se sont pas améliorées depuis la fin de l’apartheid et 16 % pensent qu’elles sont pires ! Dimanche 4 avril 2010, le ministre de la Police a promis de renforcer la sécurité dans les zones rurales. L’ANC envisage aussi un « moratoire » sur la chanson « Tuez les fermiers », selon SON porte-parole. De son côté, Jacob Zuma a appelé les Sud-Africains à « penser » avant de faire des déclarations qui peuvent être « mal interprétées » et aller à l’encontre de la réconciliation raciale.

Valérie HIRSCH

Jacob Zuma

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