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Le Monde, 9 avril 2010

Egypte : La stratégie d’évitement de Mohamed ElBaradei

par Patrice CLAUDE


Mohamed ElBaradei (en chemise blanche, à droite de l’image), à El Mansoura, le 2 avril 2010

Battus et enfermés par la police, mardi 6 avril 2010, au Caire, alors qu’ils s’apprêtaient à manifester en faveur du rétablissement des libertés publiques et politiques suspendues par le régime du président, Hosni Moubarak, il y a bientôt trente ans, 91 jeunes protestataires égyptiens ont été libérés, le lendemain, sur décision d’un procureur de la capitale. Membres du groupe dit "du 6 avril", créé, en 2008, pour protester contre la cherté de la vie, ces jeunes réclament désormais la même chose que Mohamed ElBaradei. Notamment l’abrogation des réformes constitutionnelles votées, en 2007, par un Parlement aux ordres du chef de l’Etat, et qui visent d’abord à empêcher l’émergence de tout parti politique ou personnalité indépendante susceptible de se présenter contre le président en 2011 ou contre son Parti national démocratique (PND) aux élections législatives de fin 2010. "C’est le noyau dur de la société égyptienne, c’est-à-dire sa jeunesse, que l’on a ainsi voulu étouffer et effrayer avec une telle violence", a affirmé à l’AFP, Georges Ishaq, un porte-parole de l’Assemblée nationale pour le changement, un mouvement créé pour soutenir le combat de M. ElBaradei.

Egypte


Rentré chez lui, le 10 février 2010, après une carrière internationale de près de trente ans, l’ancien directeur de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) est devenu le plus grand espoir de tous ceux qui veulent la fin de l’autocratie en Egypte et la démocratisation du pays. Mais l’homme qui a obtenu, avec son agence onusienne, le prix Nobel de la paix 2005 n’était pas présent à la manifestation. Il commence à voyager un peu dans le pays, se montre dans une mosquée du Caire, dîne avec des chrétiens pour les Pâques, s’adresse à un auditoire rural hors de la capitale, donne des dizaines d’interviews aux chaînes arabes de télévision privée et parle à la presse locale indépendante. "Mais pas question pour lui, confie l’un de ses soutiens les plus fervents, de tomber dans le piège gouvernemental de la répression." Certes, M. ElBaradei n’est pas de ces opposants ordinaires qu’on peut jeter en prison d’un claquement de doigt pendant des années sans inculpation ni procès. Mais le régime militaro-policier présidé par Hosni Moubarak depuis 1981 n’a jamais hésité, fort de l’indifférence internationale pour ses populations, à enfermer les opposants les plus célèbres. Peu après l’élection présidentielle de 2005, Ayman Nour, un politicien décidé qui avait osé se présenter contre le raïs -il avait obtenu, officiellement, 7,6 % des voix-, avait, au grand dam de l’allié américain du régime, été jeté cinq ans en prison pour "fraude et falsification de documents", accusations toujours niées. Mohamed ElBaradei, qui "veut être un instrument du changement", n’entend pas se laisser enfermer avant que son mouvement, qui bénéficie déjà du soutien de 250000 internautes, se développe.

Patrice CLAUDE

Ayman Nour

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