Tony Blair a nié, mercredi 12 mai 2004, avoir voulu étouffer l’affaire des mauvais traitements infligés à des détenus irakiens par des soldats britanniques. Mais le premier ministre travailliste n’a pas emporté l’adhésion de son opposition conservatrice, dont le chef de file, Michael Howard, s’est interrogé sur sa crédibilité politique.
"Il n’existe aucune preuve quelle qu’elle soit ni d’abus sytématiques ni de ministres ou de quiconque d’autre refusant d’agir à propos d’allégations d’abus (...)", a déclaré le premier ministre sur un ton très offensif devant la Chambre des communes lors de la séance hebdomadaire des questions au gouvernement.
Le premier ministre, critiqué pour son soutien sans faille à la guerre américaine en Irak, a affirmé n’avoir vu que lundi 10 mai 2004 le rapport du Comité international de la Croix-Rouge sur les exactions présumées de l’armée britannique en Irak.
Anthony Blair malmené par les Tories
Ce document avait pourtant été remis à des responsables gouvernementaux britanniques dès le mois de février 2004, comme l’a souligné Michael Howard. "Le rapport de la Croix-Rouge a été présenté lors d’une réunion à laquelle assistaient des représentants de votre envoyé spécial en Irak [Jeremy Greenstock] le 26 février, a insisté le chef du parti conservateur. Londres a été prévenu le lendemain."
"Ce rapport, a poursuivi Michael Howard, manifestement déterminé à exposer les maladresses ou contradictions du gouvernement Blair sur ce dossier, contient les allégations les plus calamiteuses de mauvais traitements de prisonniers en Irak." Ce rapport et ces accusations "sont à l’origine de la crise la plus grave en Irak depuis la fin de la guerre, et ont considérablement ajouté aux dangers et difficultés rencontrés par les forces de la coalition", a-t-il ajouté. "Pouvez-vous expliquer pourquoi vous [Anthony Blair] ne l’avez pas vu pendant trois mois ?", a-t-il interrogé.
Michael Howard a ensuite ironisé sur le fait que "le secrétaire d’Etat aux forces armées [Adam Ingram] dit ne l’avoir jamais vu, le ministre de la défense [Geoff Hoon] dit qu’il ne s’attendait pas à le lire, le ministre des affaires étrangères [Jack Straw] dit qu’il aurait dû le voir mais ne l’a pas vu, et le premier ministre dit qu’il n’était pas au courant... Comment la population de ce pays peut-elle avoir confiance dans ce premier ministre et ce gouvernement ?", a-t-il lancé, sous les éclats de rire des députés conservateurs.
Le parti travailliste de plus en plus divisé sur l’Irak
Tony Blair a profité de cette tribune pour affirmer que les clichés publiés par le Daily Mirror sur des militaires britanniques urinant sur un détenu irakien cagoulé étaient vraisemblablement des faux.
Un autre aspect du dossier menace le gouvernement Blair : l’accusation d’Amnesty International selon laquelle des troupes britanniques ont tué des civils irakiens, dont une fillette de huit ans, qui ne présentaient pourtant aucune menace apparente.
Le rapport du Comité international de la croix-rouge (CICR), dont les conclusions ont été révélées par le Wall Street Journal, accuse aussi des soldats britanniques d’avoir marché sur le corps de détenus, provoquant le décès de l’un d’entre eux, et affirme que le comportement de certains militaires américains "équivaut à de la torture".
Le Congrès américain a visionné, mercredi 12 mai 2004, de nouveaux clichés particulièrement accablants de sévices infligés par des Américains dont le secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld, a déjà averti qu’ils pourraient avoir des répercussions encore plus dévastatrices.
Les accusations portées contre les troupes britanniques sont comparativement moins graves, mais elles ont d’ores et déjà entamé l’image et l’autorité politique de Tony Blair. Un sondage, publié mardi 11 mai 2004, montrait que 32 % seulement des Britanniques soutiennent le gouvernement travailliste -du jamais vu depuis dix-sept ans.
Le Parti travailliste, traditionnellement de culture pacifiste, est de plus en plus divisé sur l’Irak, certains n’hésitant plus à envisager un après-Blair avec l’actuel chancelier de l’Echiquier, Gordon Brown, aux commandes. "L’Irak nous a toujours inquiétés mais nous n’avions jamais imaginé que la situation puisse être aussi mauvaise, avoue un député travailliste. Cela ne peut pas empirer. L’Irak éclipse tout."
Avec AFP et Reuters
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