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Le Figaro, 12 mai 2010

Histoire : Quand Richard Nixon a sauvé la Chine du feu nucléaire soviétique

par Arnaud DE LA GRANGE


Des blindés soviétiques près de l’Oussouri, en 1969

Au crépuscule des années 1960, l’Amérique aurait sauvé la Chine de la foudre nucléaire de l’Union soviétique. C’est ce qu’affirme une série d’articles publiés, à Pékin, dans Historical Reference, une revue dépendant du Quotidien du peuple, l’organe officiel du Parti communiste chinois.

China


Nous sommes en octobre 1969, et la Chine se prépare à une attaque nucléaire de l’URSS. Les forces vives du régime se dispersent pour limiter les risques. Mao gagne Wuhan, dans le centre du pays. Son bras droit, le général Lin Biao, prend ses quartiers à Suzhou, et l’état-major général s’enterre dans des bunkers construits sous des collines, à l’ouest de Pékin. Ordre est donné à 940000 soldats, 4000 avions et 600 navires de quitter leurs bases trop vulnérables, et l’on distribue des armes aux ouvriers pour tirer sur des pilotes ou parachutistes russes.

Lin Biao

Tout a commencé au mois de mars 1969, avec une série d’accrochages sur la rivière Ussuri, à la frontière entre les deux pays. Des deux côtés, le conflit donne lieu à des manifestations monstres et à la mobilisation de troupes. D’après l’article, l’URSS prévient ses alliés d’Europe de l’Est de ses plans d’attaque nucléaire, « pour nettoyer la menace chinoise et en finir avec cet aventurier des temps modernes ». Le 20 août 1969, l’ambassadeur d’URSS à Washington avertit Henry Kissinger et demande aux États-Unis de rester neutres. À dessein, la Maison Blanche fait alors « fuiter » ces plans à la presse, et, le 28 août 1969, le Washington Post écrit que Moscou planifie une salve de missiles nucléaires sur une série de villes et de centres de missiles chinois. En septembre et en octobre 1969, la tension est à son comble et les civils chinois reçoivent l’ordre de creuser des abris. Moscou teste encore une fois les intentions américaines. Toujours selon ce récit, Richard Nixon voit l’URSS comme la menace principale et ne veut pas d’une Chine trop affaiblie. Il craint par ailleurs les effets d’une guerre nucléaire sur les 250000 soldats américains stationnés en Asie. Le 15 octobre 1969, Henry Kissinger prévient l’ambassadeur soviétique que les États-Unis ne resteront pas neutres en cas d’agression, et attaqueront 130 villes russes en représailles. Cinq jours plus tard, Moscou annule tous ses plans de frappe et des négociations s’ouvrent à Pékin. La crise est terminée.

Henry Kissinger

La revue officielle chinoise avance que le « feu rouge » allumé par Washington devant Moscou relève en partie d’une « revanche », après des événements survenus cinq ans plus tôt. À l’époque, l’Union soviétique aurait refusé de participer à des actions visant à stopper la marche chinoise vers la bombe atomique. L’URSS aurait ainsi décliné l’invitation à des attaques conjointes sur le centre d’essais de Lop Nor, dans le Xinjiang. Nikita Khrouchtchev fait savoir que le programme chinois n’est pas une menace. Le 16 octobre 1964, Pékin effectue avec succès son premier test nucléaire. Le président Lyndon Johnson parlera du « jour le plus noir et le plus tragique pour le monde libre ».

Des soldats chinois patrouillent le long de l’Oussouri, en 1969

La revue relate les trois autres moments où la Chine a été menacée d’une attaque nucléaire, le danger venant, cette fois-ci, des États-Unis. Durant la guerre de Corée, d’abord, et l’épisode est connu. Puis, à deux reprises, dans le cadre de la confrontation entre la Chine continentale et Taïwan, en mars 1955 et en août 1958. Le chercheur ayant écrit sur l’épisode Nixon, Liu Chenshan, ne précise pas sur quelles archives il a travaillé. Il reconnaît que d’autres spécialistes ne sont pas d’accord avec ses assertions. La publication de son travail dans une revue officielle peut laisser penser qu’il a pu travailler sur des sources sérieuses. Et que son article a fait l’objet d’une ou deux relectures...

Arnaud DE LA GRANGE

Richard Nixon

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source