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Le Monde, 28 mai 2010

Informations internationales : Les contrats très juteux de Tony Blair

par Audrey FOURNIER


Le siège de JP Morgan Chase à New York

Depuis son départ de Downing Street, en 2007, Tony Blair multiplie les contrats dans le secteur privé, qui lui garantissent des rémunérations particulièrement importantes. Dernièrement, l’ancien premier ministre britannique a rejoint Khosla Ventures. Cette société de capital-risque californienne spécialisée dans les investissements dans les technologies vertes l’a annoncé lundi 24 mai 2010.

Vinod Khosla


Tony Blair "apportera le poids de son soutien aux questions d’environnement et son carnet d’adresses international pour aider les nombreuses compagnies spécialisées dans les technologies propres que soutient Khosla à atteindre leurs objectifs en matière écologique", indique dans un communiqué la société, installée dans la Silicon Valley. Créée, en 2004, par Vinod Khosla, cofondateur de Sun Microsystems, la société soutient des projets dans les énergies solaire, éolienne et nucléaire ainsi que dans les moteurs propres. Elle soutient aussi de jeunes entreprises du secteur de la téléphonie mobile et d’Internet. "Résoudre la crise du climat est plus qu’un sujet politique parmi d’autres, c’est une priorité urgente qui nécessite innovation, créativité et ambition", commente Tony Blair dans un communiqué. Selon Khosla, M. Blair aura un rôle de conseil stratégique auprès de la société en matière d’investissements durables. L’ancien premier ministre travailliste britannique dirige l’"Initiative pour vaincre le blocage climatique", qui vise à amener les dirigeants mondiaux à coopérer pour lutter contre cette menace. En effet, c’est principalement au Royaume-Uni que sont apparues les thèses climato-sceptiques. Si l’ancien ministre a refusé de révéler publiquement le salaire qui lui sera accordé par Khosla Ventures, celui-ci devrait comporter six chiffres.

Tony Blair

Selon des informations communiquées par le quotidien britannique The Independent, M. Blair aurait accumulé une fortune estimée entre 15 et 20 millions de livres (entre 17,75 millions d’euros et 23,7 millions d’euros) depuis trois ans. Une fortune alimentée par des missions de conseil, des interventions publiques et un contrat d’édition extrêmement lucratif. Il touche quatre millions de livres par an (4,7 millions d’euros) pour sa fonction de conseiller auprès des banques JP Morgan Chase et Zurich Financial Services. Selon l’Advisory Committe on Business Appointment, l’instance chargée de surveiller les activités professionnelles des anciens ministres, un rôle de "conseiller" auprès du gouvernement du Koweïit lui rapporterait en outre un million de livres supplémentaire par an (1,18 million d’euro), et il fournirait également ses services à un groupe pétrolier sud-coréen, UI Energy Corporation, pour un montant inconnu. M. Blair est en outre l’un des orateurs les plus chers de la planète. Toujours selon The Independent, il aurait touché près de 400000 livres (473000 euros) pour deux discours d’une demi-heure prononcés lors d’une tournée aux Philippines en avril, et selon le Daily Mail, il faut attendre deux ans en moyenne pour espérer faire venir l’ancien ministre à une conférence. Et ce n’est pas tout : l’ancien ministre a d’ores et déjà engrangé 4,6 millions d’euros (5,44 millions d’euros) d’avance pour ses Mémoires, dont la parution est attendue en septembre 2010. Il faut ajouter à cela la pension que Tony Blair, en tant qu’ancien premier ministre, touche automatiquement, et qui se monte à près de 150000 livres par an (177500 euros). Ses frais de protection personnelle coûtent en outre au contribuable britannique pas loin de 2 millions de livres chaque année (2,36 millions d’euros).

Le siège de Zurich Financial Services à Zurich

Cette boulimie d’activité et surtout les sommes d’argent touchées par l’ancien ministre heurtent de plus en plus la sensibilité des Britanniques. Un parlementaire conservateur s’est publiquement inquiété des liens entre Tony Blair et UI Energy Corporation, qui a effectué d’énormes investissements au Kurdistan, province irakienne semi-autonome. Ces liens auraient pu favoriser l’alliance entre Tony Blair et George W. Bush, lors de la seconde guerre du Golfe. Le député libéral-démocrate Norman Baker a, quant à lui, déclaré que Tony Blair était "à vendre" et qu’il n’était plus intéressé que par l’argent.

Audrey FOURNIER

Norman Baker

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