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samedi 24 juin 2017
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5 juin 2010

BD : Tibet

par Hugues DAYEZ


Chick Bill

Tibet aurait pu signer ses dessins “Gégé” s’il s’était, comme d’autres confrères, basé sur les initiales de son nom : Gilbert Gascard. Mais c’était sans compter l’influence de son frère aîné qui, enfant, écorchait son prénom. “Gilbert” est devenu “Tibet”, et ce surnom s’est imposé tout naturellement comme nom de plume pour ce jeune dessinateur, d’origine marseillaise, qui émigre très tôt vers la Belgique. Tibet est sans conteste un des dessinateurs les plus populaires de la bande dessinée belge. Tibet semble faire partie du paysage médiatique depuis toujours : sa capacité à dessiner au pied levé l’une ou l’autre caricature, dans n’importe quelle circonstance, en ont fait l’invité idéal d’innombrables émissions de variétés de la télévision belge. Cette télégénie a sans conteste contribué à installer le succès de ses deux séries-vedettes, “Ric Hochet” et “Chick Bill”. Mais toute médaille a ses revers, et si Tibet plaît beaucoup au grand public, sa production quantitativement impressionnante est l’objet de plaisanteries parfois féroces des bédéphiles plus exigeants, qui n’y voient que la reproduction monotone d’une recette passablement éprouvée. Mais les critiques aboient, et la caravane “Tibet” passe et constitue, encore aujourd’hui, un des best-sellers des éditions du Lombard.

Tibet


Question :

- "Vous avez commencé très jeune votre carrière, vers 16 ans, en entrant dans le siège bruxellois de Walt Disney. Est-ce le résultat d’un concours de circonstances ou plutôt d’un rêve d’enfant de faire un jour du dessin animé ?"

Tibet :

- "En fait, je suis rentré là, avant la création de “Mickey magazine”, comme jeune apprenti chez deux auteurs de BD, messieurs Tenas et Rali, qui réalisaient presque à eux seuls les séries du journal “Bravo !”. J’ai même posé pour eux, pour une histoire qu’ils dessinaient pour “Spirou”. Elle s’intitulait “Le triangle de feu” et le scénario était déjà signé Duchâteau. Mais surtout, Tenas et Rali connaissaient très bien Armand Bigle, qui était directeur de l’agence Opera Mundi, à Bruxelles, et qui n’avait pas hésité à faire un voyage à Los Angeles pour rencontrer Walt Disney. Au retour de ce voyage, ce monsieur qui était aussi intelligent qu’entreprenant, détenait un contrat d’exclusivité : il était le représentant de tout le “merchandising” Disney pour l’Europe. Biggle a fait ainsi une fortune colossale, et il a créé, à Bruxelles, “Mickey Magazine”. Pour ce faire, il a ouvert un petit studio de dessin dont les patrons étaient Tenas et Rali, et dont j’étais le jeune dessinateur. J’ai d’abord balayé les bureaux et taillé les crayons pour les autres dessinateurs, mais petit à petit, j’ai pu apprendre la technique. Ainsi, lorsque j’ai quitté le studio, je venais de dessiner les personnages de “Cendrillon” pour des chromos destinés aux chocolats “Victoria”. Mon démarrage résulte donc d’un concours de circonstances. Je n’ai jamais eu l’intention de faire du dessin animé, si ce n’est peut-être tout gosse, en voyant “Blanche Neige”. Mon ambition a toujours été de faire
de la bande dessinée."

-"Qu’est-ce qui vous décide à frapper à la porte du journal “Tintin” plutôt qu’à celle de “Spirou” ?"

- "En fait, j’ai toujours été un “Spiroutiste” convaincu, et ce qui m’a donné envie de faire de la BD, c’est la découverte de “Valhardi”, en octobre 1941, dans les pages de “Spirou”. J’étais fou de Jean Valhardi ! C’était une idole pour moi, comme l’a été, par après, Gary Cooper au cinéma. Et je ne jurais que par “Spirou”. Parce que, dans ce journal, je retrouvais aussi Franquin, qui avait été l’illustrateur de “Plein jeu”, une revue scoute que je lisais quand j’étais “C.P. des sangliers”. Donc, “Spirou”, c’était vraiment mon canard. Et quand je me suis cru capable de vendre mes premières bandes dessinées, j’ai pris rendez-vous avec monsieur Dupuis. Comme j’avais obtenu le lundi un rendez-vous pour le mercredi, je me suis dit : “Tiens, en attendant, je vais aller montrer ça au Lombard. C’est à Bruxelles. Ce n’est pas loin de chez moi...” Et j’ai été engagé tout de suite au Lombard. Je n’ai donc jamais été à ce rendez-vous avec monsieur Dupuis. Et pendant des années, cela a été un regret, ou plutôt une interrogation. Je me demandais : “A côté de quoi suis-je passé ?” Mais j’étais très heureux au Lombard. Je m’y étais fait plein d’amis et j’y suis resté. Je crois d’ailleurs que je suis le dessinateur qui est resté le plus longtemps chez le même éditeur. Et chaque fois que je rencontrais monsieur Dupuis, il me disait : “Mais quand est-ce que vous venez chez nous ?” Et à un moment, je n’ai plus été sous contrat au Lombard, et j’ai dit à monsieur Dupuis, au détour d’un cocktail : “Je suis libre quand vous voulez !” Mais il s’est esquivé, et ne m’a plus rien proposé. Les années passèrent, je resignai au Lombard, mais j’ai eu l’occasion de rappeler cette conversation à monsieur Dupuis qui m’avoua qu’il avait été fort embêté, parce qu’il y avait un “gentleman agreement” entre Leblanc et lui pour ne pas se piquer mutuellement des dessinateurs. Cela dit, il ne m’aurait pas “piqué”, puisqu’au moment de ma proposition, j’avais mis fin à mes contrats."

Charles Dupuis

-"Lorsque vous entrez au Lombard, vous ne signez pas tout de suite votre propre série. Vous passez d’abord par le “studio Lombard”. Qu’y faisait-on, exactement ? Des culs-de-lampe ? Des illustrations ?"

- "En fait, il s’agissait d’un bureau de dessin occupé par Evany, qui était le directeur artistique, le metteur en pages. Cela représentait beaucoup de travail, parce que, d’années en années, ce journal “Tintin” augmentait son nombre de pages. Donc, Evany avait besoin d’être aidé. J’ai commencé à travailler avec lui. J’avais 19 ans, et j’étais alors payé par jour, par prestation. Je faisais des illustrations et mon nom paraissait donc dans “Tintin”, dont j’étais le plus jeune dessinateur. J’avais l’occasion de rencontrer mes aînés -Jacobs, Hergé- et toutes les semaines, j’amenais de nouvelles propositions pour paraître dans le journal autrement qu’en signant des petits culs-de-lampe. Mais tout était soumis à la surveillance d’Hergé qui était très sévère -il avait raison de l’être- et qui m’a refusé énormément de projets."

Hergé

-"Chick Bill et ses comparses vont naître avec, dans un premier temps, des têtes d’animaux. Or Leblanc semblait chercher à l’époque une série avec des animaux. Pourquoi ce souhait ?"

- "Leblanc s’était rendu compte que son journal subissait une sérieuse concurrence avec “Mickey” qui avait fait des grosses ventes dès le début. Et Leblanc s’était dit : “Moi, j’ai une clientèle d’adolescents et de jeunes adultes, et ce “Mickey” est en train de me piquer mes plus jeunes lecteurs ! Je vais donc introduire dans “Tintin” des histoires destinées aux enfants”. Donc, première idée -pas géniale, mais soit- : introduire une série avec des animaux. Macherot n’était pas encore là à l’époque, puisqu’il m’a remplacé quand j’ai dû partir faire mon service militaire. Leblanc a donc demandé à différents dessinateurs de faire des essais avec des animaux. Nous avons été trois ou quatre, dont Craenhals et moi-même, à faire des croquis. Et Leblanc s’est emballé pour mon Chick Bill, qui était déjà flanqué de Dog Bull et de Kid Ordinn. Mais Hergé n’en a pas voulu."

Raymond Leblanc

-"On a l’impression que Leblanc vous piège un peu, puisqu’il vous commande une série avec des animaux. Or cela déplait souverainement à Hergé. Vous étiez un peu pris en tenaille entre Leblanc et Hergé."

- "Oui, et ça a duré longtemps, ce genre de situation. Et je n’ai pas été le seul dessinateur à être pris en tenaille. Jacques Martin aussi pourrait en parler. En fait, Leblanc ne savait pas qu’Hergé s’opposerait à cela. Il était emballé. Mon scénario, intitulé “Chick Bill contre l’invisible” était
prêt. Il ne manquait vraiment plus que l’accord d’Hergé. Et Hergé m’a dit : “C’est bien. Jamais je n’aurais été capable de faire ça à ton âge”. Mais il m’a ensuite déconseillé de faire des animaux. Il m’a dit : “Ne fais pas ça. Tu n’auras aucun succès. Pour qu’une histoire marche, il faut que le lecteur y croie. Et on ne peut pas croire une histoire avec des animaux”. Cela signifiait que, dans son esprit, son “Tintin” s’adressait à des lecteurs plus âgés que “Mickey”. Je suis donc reparti la queue entre les jambes. Et puis, pendant mon service militaire, Leblanc a lancé un nouveau journal intitulé “Chez nous-Junior”, où Hergé n’avait plus le contrôle artistique. Ce journal reprenait des histoires du journal “Tintin” plus, en exclusivité, une histoire de Lambique. Et c’est pour ce journal que Leblanc a accepté “Chick Bill”. C’est comme ça que “Chick Bill” a commencé à paraître, en 1953 seulement, soit près de deux ans après sa création."

Une planche de Chick Bill

-"Très vite, vous donnez à Chick Bill une apparence humaine, pour lui permettre de paraître dans “Tintin”. Et curieusement, Chick Bill va connaître une double carrière pendant plusieurs années. D’un côté, des récits de soixante pages paraissent dans “Junior”, et des récits de trente pages dans le journal “Tintin”. Pourquoi ce double rythme de parution ?"

- "D’abord, j’ai été bien content de pouvoir commencer “Chick Bill” dans “Junior”, parce que cela représentait une source de revenus, alors que j’étais encore milicien et déjà jeune fiancé. Mais je n’étais pas complètement satisfait, parce que je gardais en mémoire les critiques d’Hergé sur cette série. Alors, petit à petit et sournoisement, j’ai transformé mes personnages d’histoire en histoire. Je crois que c’est au quatrième épisode qu’ils sont devenus complètement humains. Et assez curieusement, Leblanc ne m’a jamais fait de remarques, à tel point que je me demandais s’il lisait vraiment les histoires qu’il publiait. Mais les personnages ayant trouvé une apparence humaine, il y avait moins de problèmes à ce que la série paraisse dans “Tintin”. Mais il y avait un “hic”, chez “Tintin”. Chaque année, il y avait ce référendum des lecteurs. A l’époque, il y avait dix séries à suivre qui étaient cotées, et j’étais le dernier du classement avec “Chick Bill”. Et j’étais épouvantablement triste. Naturellement, je ne pensais pas concourir avec Hergé, Jacobs, Martin et leurs histoires formidables, mais j’étais battu par “Le prince Riri” de Vandersteen, et ça, ça m’avait terriblement vexé, à l’époque. Alors que c’était pas mal du tout, ce “prince Riri” ! Et pour ma punition, “Chick Bill” n’est plus paru dans les pages en couleurs. Il a dû se contenter de paraître en deux couleurs (rose et gris) avec des histoires de trente pages, comme “ Chlorophylle” de Macherot et “Strapontin” de Berck, qui subissaient un régime analogue. Et puis, lors du deuxième référendum, je me suis retrouvé de nouveau très mal classé et je me suis dit : “Rien à faire ! Pour réussir dans “Tintin”, il faut faire du réaliste. Les lecteurs du journal n’ont pas le sens de l’humour !”. Je me suis même souvent demandé si Hergé avait le sens de l’humour. Et pourtant, Dieu sait s’il donnait l’impression de l’avoir. Mais il refusait systématiquement tous mes projets, parce que ceux-ci auraient pu heurter la bonne conscience judéo-chrétienne. Et il était tellement imprégné de ça, le pauvre ! Mais moi qui l’étais moins que lui, je ne comprenais pas ses refus. Je me souviens qu’un jour, j’avais proposé une série avec deux personnages, façon “Laurel et Hardy”, qui auraient été des cambrioleurs ratés. Ils auraient monté des “casses” qui échouaient lamentablement. Et je me disais : “là, je tiens quelque chose !” Mais Hergé a toujours dit : “Pas question ! Un héros cambrioleur, tu n’y penses pas ?” Moi, j’étais effaré. Je me disais : “Ce n’est pas une histoire sérieuse. Si c’est traité sur le mode burlesque, on peut tout faire”. Eh bien non. Hergé s’opposait à ce genre de choses. S’il avait eu un Gotlib dans son journal, il n’aurait pas survécu, je pense ! Mais Hergé était la première victime de son éducation catholique très sévère."

Une planche de Chick Bill

-"On sait que Hergé, lorsqu’il a engagé Bob De Moor, lui a conseillé de dessiner moins vite et de soigner plus ses planches. Vous expliquez bien les réticences morales qu’il éprouvait pour vos projets, mais n’y avait-il pas aussi une réticence face à votre rythme trop élevé de production ?"

- "Je suis sûr que oui. Hergé exigeait de toute son équipe du journal “Tintin” un soin, une méticulosité exagérés. C’est comme ça que Jacques Martin a développé un souci du détail incroyable. Moi, je n’ai jamais été très emballé par ses histoires, mais je dois reconnaître que ses décors étaient tirés au cordeau. C’était plus un concepteur d’architectures qu’un créateur de vie et de mouvement. A côté de ça, je regardais avec admiration Franquin et Jijé dans “Spirou”. Jijé n’a jamais pris une règle pour construire une perspective, mais son dessin était prodigieux de vie ! Mais Hergé trouvait que c’était un peu bâclé, tout ça... Quand on a eu la chance que le grand Franquin arrive chez “Tintin”, où il crée pour nous “Modeste et Pompon”, je me souviens des réactions d’Hergé disant : “Certes, Franquin est habile... Mais c’est quand même un peu vulgaire !” Franquin faisait des gros nez. Son dessin était terriblement drôle et vif, mais Hergé n’accrochait pas à ce genre-là, victime de son éducation, selon moi. En outre, je dois avouer qu’Hergé est sans doute l’homme qui m’a fait le plus pleurer ! Parce que, quand on est jeune dessinateur et qu’on y croit, qu’on passe tout le week-end sans dormir sur une planche pour la réussir, qu’on va présenter son travail et qu’on s’entend dire par Hergé : “Oui, c’est bien pour ton âge, mais c’est un peu vulgaire...” C’était toujours trop
“vulgaire” ! Bon, il avait peut-être raison quelque part, mais moi, j’enviais les gens de chez “Spirou” qui pouvaient se défoncer dans toutes les directions. Hergé n’aurait pas admis qu’on crée des “Schtroumpfs” dans “Tintin”. On ne pouvait pas croire aux Schtroumpfs. Ca n’existe pas ! Et là, il y avait un manque de perception, chez lui. Il y avait une “case” qui ne fonctionnait pas, chez Hergé, à mon sens."

Les Schtroumpfs de Peyo

-"C’est ce qui explique que le courant ne soit jamais passé entre Hergé et Goscinny, par exemple."

- "Je peux en témoigner, parce que je les ai bien connus tous les deux. Goscinny avait une grande admiration pour l’oeuvre d’Hergé. Hergé, c’était un monument, et nous étions tous des enfants, à côté de ça. Mais le monument a vachement vacillé, lorsque Goscinny et Uderzo l’ont dépassé avec “Astérix” du point de vue des ventes. Parce que les ventes ont servi de critère pendant longtemps. Franquin, Morris et les autres vendaient bien, mais sans commune mesure avec les chiffres déjà impressionnants de “Tintin”. Les millions d’albums d’Hergé laissaient rêveur. Et Hergé était forcément persuadé qu’il avait un don que les autres n’avaient pas. C’était normal. Et puis, un beau jour, Franquin, Morris, et Goscinny et Uderzo ont commencé à faire des ventes très importantes. Alors, Hergé a un peu perdu pied. Et son dessin s’est transformé. On sent qu’à un moment, il essaie de rendre les choses plus nerveuses et plus rapides, mais ce n’est pas dans son tempérament. Et à ce moment-là, il est trop âgé, aussi. Il faut être jeune pour avoir un dessin aussi dynamique que celui de Franquin."

René Goscinny

-"Il serait injuste de clore le chapitre “Chick Bill” sans évoquer l’apport d’un scénariste qui va tenir un rôle décisif dans le journal “Tintin”. Je veux parler de Greg. Comment est née cette collaboration ?"

- "J’ai fait la connaissance de Franquin vers 1954. D’abord, je lui ai dit toute mon admiration pour ce qu’il faisait -ce qui l’embarrassait très fort-, mais je lui ai aussi fait part de mes problèmes de scénario. J’avais le sentiment de tourner en rond, devant enchaîner sans souffler les histoires pour “Tintin” et pour “Junior”. Et Franquin m’a présenté Greg, qui avait à peu près mon âge. Nous nous sommes très bien entendus, parce que Greg a une qualité extraordinaire. C’est en même temps son défaut, mais à l’époque je considérais cela comme une qualité. Il peut fabriquer à la demande ! Je lui ai montré les quelques albums de Chick Bill que j’avais déjà publiés. Huit, je crois. Il les a lus et m’a fabriqué du “Chick Bill” quasiment sur mesure, comme il fabriquait du Franquin pour Franquin, etc."

-"Votre collaboration a duré fort longtemps. Mais pour vous, y avait-il le même plaisir à dessiner ces histoires que vous n’aviez plus imaginées vous-même ?"

- "C’est-à-dire que je ne calculais pas trop mon plaisir, à ce moment-là, parce que j’avais tellement de travail que je mettais à peine le nez dehors. Mais j’avais du plaisir à dessiner, ça oui ! Et les scénarios de Greg me surprenaient toujours. Ils me faisaient rire. Ses histoires me
plaisaient bien. Il utilisait bien l’opposition des caractères entre Dob Bull et Kid Ordinn. Et ça, j’y tenais beaucoup. Et notre collaboration a bien fonctionné pendant une quinzaine d’années. Nous nous sommes séparés à la fin des années 1960, parce que lui, devenu rédacteur en chef de “Tintin”, avait vraiment trop de travail. Je ne sais pas comment il a fait pour travailler autant. A cette époque-là, il fournissait pour dix-sept séries par semaine ! Cela dit, il écrabouillait tout le monde. A son arrivée aux commandes de “Tintin”, à peu près toutes les séries existantes ont été remplacées par les productions du “studio Greg”. Et aujourd’hui, assez étonnamment, mes amis les plus proches sont tous des anciens de ce studio (Dany, Turk, ...) qui, à l’époque, me détestaient cordialement, parce qu’ils ne me connaissaient que par ce que Greg disait de moi ! Mais ça, c’est une autre histoire."

Michel Greg

-"Malgré les scénarios de Greg, “Chick Bill” ne décolle pas véritablement au référendum annuel. C’est ce qui vous décide à entreprendre une série réaliste avec André-Paul Duchâteau : “Ric Hochet”. Mais “Ric Hochet” démarre par la bande, puisqu’il est d’abord la vedette de petits récits complets et surtout, d’une énigme policière hebdomadaire intitulée : “Relevez le gant !” Pourquoi un tel démarrage ?"

- "A cette époque-là, on m’avait fait l’honneur de m’inviter à participer au conseil de rédaction, pour amener un sang neuf dans le journal. Et à la télévision française d’alors (l’O.R.T.F.), venait de naître la série des “Cinq dernières minutes” avec le commissaire Bourrel, incarné par Raymond Souplex. Et je me suis dit que c’était le truc à faire. J’avais un personnage, Ric Hochet, qui était apparu dans quelques petites histoires, et le dada de Duchâteau, c’était d’imaginer de telles énigmes. J’ai donc proposé de créer cette rubrique lors d’un conseil de rédaction, qui a accepté de lancer cette page à l’essai. C’est ainsi qu’est né ce jeu-concours avec les lecteurs qui, s’ils parvenaient à résoudre cinq énigmes d’affilée, gagnaient un prix tout à fait mirobolant : une carte de détective amateur signée par Ric Hochet lui-même ! Ce n’était rien, mais cela avait un succès énorme. Et devant ce succès, nous nous sommes dit, Duchâteau et moi, que nous allions en faire un personnage de bandes dessinées à suivre. C’est ce qui explique que, si nous avons créé le personnage en 1955, c’est seulement en 1961 que Ric Hochet a vécu sa première histoire “à suivre”, avec un dessin balbutiant qui essayait de s’éloigner de “Chick Bill”, mais qui éprouvait des difficultés à le faire. Par contre, au référendum, le succès a été immédiat. Je crois qu’on était quatrième, à un point sur dix mille derrière Hergé. Nous étions fiers comme des paons, Duchâteau et moi. Et puis, d’année en année, “Ric Hochet” a grimpé à la deuxième place, pour devenir premier et le rester pendant plusieurs années. On écrabouillait tout le monde et on n’était pas peu fier, hein !"

-"Dès le départ, vous avez délégué les décors de la série à des assistants. Le premier sur “Ric Hochet” fut Mittéi, je pense. Pourquoi ? Faute de temps ou par aversion fondamentale vis-à-vis du dessin d’un décor ?"

- "En fait, pour ces deux raisons à la fois. D’abord, j’avais trois planches de “Chick Bill” à faire par semaine, plus des gags avec le personnage du martien “Globul” pour animer le journal, plus des illustrations. Bref, je travaillais énormément. Et Duchâteau était évidemment intéressé à
lancer Ric Hochet dans des longues aventures. Je lui ai répondu que j’étais d’accord, si j’obtenais la promesse de Mittéi qu’il me dessine les décors. Et viscéralement, je déteste dessiner les décors. J’ai horreur de ça. Je ne comprends pas le plaisir qu’on peut avoir à dessiner une voiture ou une table avec des tasses autour. Quelle horreur ! Ca ne m’amuse pas du tout, je le dis très franchement. Mittéi, par contre, avait un mal de chien à dessiner les personnages, mais les décors, ça fonctionnait très bien. Il avait déjà fait du décor pour Greg à la “World Press”. J’aimais bien sa façon de faire. C’était très inspiré de Franquin, mais d’une manière plus réaliste. Franquin était aussi l’idole de Mittéi."

Mittei

-"A la même époque, apparaît dans “Tintin” une série mettant en scène trois boys-scouts. “Les 3 A”, signée Mittéi et Vasseur. Or, Vasseur est un pseudonyme de Duchâteau et la patte est manifestement de Tibet. Alors ? Quel secret de fabrication se cachait derrière cette série ? C’était un “échange de bons procédés” ?"

- "Mittéi signait avec Greg une série intitulée “Les chevaliers de Musardon”. Mais devant le bide obtenu au référendum -toujours ce fichu référendum-, on lui a proposé de faire une histoire avec des scouts. Pour ce faire, je m’étais mis d’accord avec Mittéi : “Je veux bien t’aider pour crayonner les personnages, mais tu feras l’encrage et les décors”. Duchâteau imaginait effectivement les scénarios, mais comme le tandem Tibet-Duchâteau était déjà fort présent dans le journal, Duchâteau a pris un pseudonyme et moi, j’ai choisi de ne pas signer “Les 3 A”. Mais en pratique, je passais plus de temps à faire ces crayonnés que mes propres planches de Chick Bill, parce qu’il fallait que ces crayonnés soient terriblement précis pour faciliter l’encrage de Mittéi. Mais lui, devant assurer ce style réaliste, n’était pas du tout à l’aise. Pour gagner du temps, j’ai mis d’abord les mains et les têtes à l’encre. Puis, finalement, j’ai encré complètement les personnages.
Mais cette formule a bien marché, puisque “Les 3 A” se sont retrouvés à la cinquième place du référendum. Puis, un jour, cela a été la rupture, la brouille entre Mittéi et nous. Il a mal réagi, à la lecture d’un article, dans la presse, de ne pas être considéré comme un auteur à part entière des séries que nous réalisions. Et lorsqu’il a cessé de collaborer avec moi pour “Ric Hochet”, j’ai paniqué, je l’avoue, vu ma hantise à dessiner des bagnoles ! C’est alors que j’ai fait la connaissance d’un jeune assistant de Jean Graton, Christian Denayer, avec qui j’ai commencé à travailler, corrigeant des détails de-ci de-là pour que les lecteurs ne remarquent pas une rupture du style trop flagrante. Mais Denayer s’y est vite mis et s’est révélé rapidement à l’aise. Ensuite, il a créé ses propres séries. J’ai encore trouvé un autre décoriste, et depuis à peu près vingt ans, c’est Didier Desmit qui signe les décors de “Ric Hochet”.

Christian Denayer

-"Vous qui n’aimez pas faire les décors, vous choisissez de situer les aventures de Ric Hochet à Paris, avec un commissaire Bourdon au Quai des Orfèvres. Or, quand on lit beaucoup d’albums de Ric Hochet, on a le sentiment d’évoluer plus dans une ambiance belge que dans une atmosphère française. Vous n’avez pas été tenté d’en faire un héros cent pour cent belge ?"

- "On aurait peut-être dû faire ça, mais cela ne nous est pas venu à l’idée, parce qu’il y avait l’exemple, le modèle du “Maigret” de Simenon. Il aurait pu en faire un flic bruxellois, mais cela aurait manqué d’allure, je crois. Tandis que Paris était auréolé d’un renom, avec les romans policiers “Le masque”, etc. On n’a pas pensé un instant que Ric Hochet pouvait être autre chose qu’un héros parisien. Mais il est vrai que parfois, mis à part les décors de la P.J. pour lesquels nous avions de bonnes photos du Quai des Orfèvres, certains boulevards de Paris ressemblent plus à des boulevards de Liège, c’est évident. Mittéi était de la région liégeoise. Mais nous ne tenions pas fort compte de la précision documentaire de ces décors. Je n’ai jamais été un grand fanatique du décor. S’il faut générer une atmosphère, on mettra ce qu’il faut pour, mais commencer à tirer des lignes droites, alors ça, ça dépasse mon entendement. Ma conception des décors m’a valu un jour une prise de bec avec Hergé. Alors que Ric Hochet était premier au référendum et marchait très fort, Hergé voulait reprendre en main son journal “Tintin” et m’avait convoqué pour me dire que ma série n’était pas à la hauteur. Moi, je ne comprenais pas ses critiques : “Comment cela, “Ric Hochet”, ce n’est pas bien ? Nous sommes devant Jacobs au référendum, et nous ne trichons pas avec les points !” m’exclamai-je. “Oui, mais enfin, regarde un peu cette planche : ton trottoir est tout de travers” me fit-il remarquer. Alors moi, je prenais la défense de Mittéi en disant : “Nous, nous faisons nos décors à la manière d’un peintre. Jacques Martin les fait comme un architecte, et puis voilà tout !”

-"Fondamentalement, qu’est-ce qui a légitimé votre incroyable productivité ? A une époque, vous faisiez même six planches par semaine. C’est lié à votre tempérament impatient ou à votre désir de gagner convenablement votre vie ?"

- "Je pense que c’est dans mon tempérament. Quand j’étais boy-scout et qu’il s’agissait de faire les corvées, avec ma patrouille, on arrivait loin devant les autres. Il n’était pas question de traîner. J’ai toujours été comme ça. Quand je jouais au tennis, je jouais pour gagner. J’ai fait “Ric Hochet” pour être premier au référendum, et j’y suis arrivé. Résultat : j’ai fait un infarctus très jeune ! Mais je n’y peux rien. C’est mon tempérament. Aujourd’hui, j’aurais les moyens de lever le pied. Et effectivement, je produis moins. Mais j’ai moins le temps, parce que je suis plus accaparé par d’autres choses. J’ai accepté d’être directeur artistique au Lombard et d’examiner le travail de jeunes dessinateurs. Mais quand je suis à ma table à dessin, il ne faut pas qu’une planche me prenne plus de deux jours, sinon je deviens fou ! Si le mouvement me paraît bon, si l’expression du personnage me semble juste, c’est l’essentiel. Je pense que s’il y a un pli qui n’est pas exactement à sa place, ce n’est pas très important."

-"Quand on analyse les thèmes récurrents dans “Ric Hochet”, on constate toujours la victoire de l’esprit rationnel et cartésien sur tous les phénomènes apparemment fantastiques et surnaturels qui se révèlent toujours être des supercheries. On pourrait croire que cette tendance vient de Duchâteau, mais c’est vous qui l’imposez, je crois."

- "Ah oui, tout à fait ! Vous savez, quand on crée, on n’invente jamais rien. On ne fait que ressortir de soi ce qu’on a emmagasiné avant l’adolescence. Et pour moi, les bonnes histoires policières, c’était le “bandit masqué”, c’était Zorro, c’étaient ces romans-feuilletons où le héros démasque le traître. Et Duchâteau partage mes goûts en la matière. Une ou deux fois, il a bien essayé de me proposer une enquête qui aboutit à un point d’interrogation, à une ouverture sur le surnaturel. Mais là, je ne marche pas du tout ! “Ne me fais pas ça ! je n’y crois plus” lui rétorquais-je dans ces cas-là. Ric Hochet a les pieds sur terre. Il résoud des énigmes policières. C’est le bandit qui fait croire tout ce qu’il veut aux enquêteurs, mais Ric Hochet n’est pas dupe."

-"Vous parlez des références que vous partagez avec Duchâteau. Il est flagrant de voir combien le vieux schéma des romans policiers avec “Lequel des trois suspects ?” intervient comme un leitmotiv chez “Ric Hochet”."

- "Oui. D’ailleurs, “Signé Caméléon”, la première histoire à suite de Ric Hochet, reprend un principe voisin de “L’assassin habite au 21” de Stanislas-André Steeman."

-"Vous êtes un auteur extrêmement populaire, mais beaucoup de bédéphiles vous reprochent votre côté “usine”."

- "Mais j’ai toujours été une usine !"

-"Avec une autre critique, qui consiste à dire : “Tibet est tombé dans ses propres stéréotypes”. Comment vivez-vous cette critique ?"

- "Eh bien, heureusement, je le vis bien ! Ca m’est égal ! Souvent, je plaisante moi-même avec mes jeunes collègues, parce que je n’ai jamais eu de prix. Or, premier au référendum, cela signifie quand même quelque chose. Cela signifie que Ric Hochet a plu à une majorité de lecteurs. Je me souviens d’une année où Ric Hochet était premier
partout : en Hollande, en Suisse, au Luxembourg, au Canada, en France, chez les garçons et chez les filles, chez les petits et chez les grands ! Ric Hochet était vainqueur toutes catégories, et il y avait autant d’écart de points entre Ric Hochet et le deuxième titre classé, qu’entre le deuxième et le dernier du classement. C’est quand même fabuleux. Ca vaut tous les prix du monde. Mais cela dit, Greg, à l’époque où il était rédacteur en chef de “Tintin” et où il allait souvent à Paris pour “Achille Talon” et “Pilote”, me disait avec son ricanement habituel : “Tu sais, les gars à Paris, “Ric Hochet”, ça les fait plutôt rigoler !” Mais je lui répondais : “Tu sais, je ne fais pas Ric Hochet pour “les gars à Paris” ! Je me fous des “gars à Paris” ! Moi, j’ai les lecteurs du journal “Tintin” qui me suivent, et cela me satisfait...” Prenons une comparaison au cinéma. Hitchcock a certainement récolté beaucoup moins de prix dans sa carrière qu’Ingmar Bergman. Parce qu’Hitchcock fabriquait ses films pour le public. A partir du moment où on fabrique pour le public, on ne peut pas avoir de prix, c’est évident. Je le comprends parfaitement, et je n’en conçois pas d’amertume. Ca me permet de blaguer. Dernièrement, j’ai affirmé : “Je veux bien aller à
Angoulème, si je suis président !” En réalité, ça m’emmerderait fort d’être président, parce que c’est le président qui doit dessiner l’affiche du festival, et je n’en ai pas envie."

Une scène de Ric Hochet

-"Le Lombard a vécu des années de crise épouvantables dans les années 1980. Qu’est-ce qui vous a motivé à y rester contre vents et marées ?"

- "C’est une raison bêtement matérielle. J’ai été deux ou trois fois approché par d’autres maisons d’éditions qui m’ont fait des propositions plus intéressantes. Mais chaque fois, mon éditeur a accepté d’aligner ses prix sur ces nouvelles propositions. Mais Le Lombard a traversé des crises presque auto-provoquées. Tout d’un coup, alors que Raymond Leblanc était un directeur dynamique et entreprenant, il a soudain décroché du journal pour se passionner pour le cinéma en créant sa société “Belvision”. Et il a cédé les rênes du pouvoir à son fils Guy, qui n’était pas à la hauteur. Guy a commencé à faire ce journal comme un comptable. Mais à sa décharge, il faut concéder qu’il n’a pas eu de chance. Il est arrivé comme directeur du Lombard au moment où les difficultés sérieuses commençaient : les baisses de tirage du journal liées à la montée de la télévision, etc. Et son père lui disait : “Débrouille-toi ! Tu es assez grand !” Et le fils a perdu pied. Il était là avec sa petite machine à calculer, pour ne pas perdre trop d’argent. Mais ce n’est pas comme ça qu’on mène un journal de bandes dessinées. Et puis, après le départ de Greg, ils engagèrent au poste de rédacteur en chef des types sidérants. Henri Desclez était un farfelu qui n’était pas du tout à sa place. Il n’y connaissait rien en dessin et plaçait dans le journal ses bandes dessinées très mauvaises. A ce moment-là, je me suis dit : “On va à la catastrophe !”"

-"Mais comment avez-vous tenu bon ? Nous sommes alors en 1975. Vous êtes au faîte de votre production. Vous n’aviez pas envie de dire : “Courage, fuyons !”, devant ce désastre ?"

- "C’est vrai qu’auparavant, j’avais été très impliqué dans le journal “Tintin”. J’avais travaillé à la rédaction. J’avais participé au conseil de rédaction. Mais là, ça ne me concernait plus. J’avais connu des problèmes de santé, j’avais fait un infarctus. Bref, je n’avais plus la même énergie pour m’investir dans le journal. Les dessinateurs qui avaient des problèmes avec l’équipe en place quittaient Le Lombard les uns après les autres, mais moi, je suis resté parce que mon nid était fait et que mes albums marchaient bien. Donc j’ai eu cette réaction égoïste : “Tant pis ! “Flûte !” pour le journal “Tintin” !” Mais la situation était vraiment terrible. Après Desclez, Duchâteau a accepté la place de rédacteur en chef. Il a tenu pendant deux ans, mais il a souffert comme un damné d’être sous les ordres de Guy Leblanc avec qui personne ne parvenait à s’entendre. Après Duchâteau, ils ont engagé Jean-Luc Vernal. Ca, c’était la fin des haricots. Vernal a achevé le travail de démolition. A la décharge de ces piètres responsables, il faut rappeler que les hebdomadaires de bandes dessinées ont tous commencé à souffrir terriblement des autres loisirs : le cinéma, la télévision, la vidéo, et que sais-je encore..."

Une scène de Ric Hochet

-"Pour en revenir à votre production, entre “Ric Hochet” et “Chick Bill”, vous n’êtes jamais titillé par l’envie de faire autre chose ? Ou alors le plaisir de dessiner ces séries est-il resté intact ?"

- "En faisant “Ric Hochet” et “Chick Bill”, je fais exactement les choses que j’aime. J’aime un héros détective qui soit en quelque sorte le fils de Jean Valhardi, parce que ce personnage m’a marqué, et je serais épouvantablement triste si on me disait d’arrêter “Ric Hochet” demain. Et comme “Ric Hochet” marche mieux que “Chick Bill” sur le plan éditorial, il me reste peu de temps pour me consacrer à “Chick Bill”. Mais dès que j’ai un trou -et j’essaie d’en créer-, je fais vite un “Chick Bill”, parce que ça m’amuse et ça continue de m’amuser. Cela dit, mon éditeur m’a déjà donné carte blanche. Il m’a proposé de faire un récit indépendant pour sa collection “Signé”. Je suis tenté par ce
genre d’expérience, et en même temps, je fais un rapide calcul. Un album comme celui-là risquerait de me prendre un an de travail, avec le risque de m’ennuyer en cours de route. Et puis, je risque aussi, inconsciemment, de refaire un “Ric Hochet”. Le personnage aurait beau avoir une autre coupe de cheveux, ce serait encore du “Ric Hochet”. J’ai créé, dans le temps, une série pour “Junior” qui s’intitulait “Les Peur-de-rien”. J’en ai dessiné vingt-cinq histoires, et en réalité, c’est du “Chick Bill”. Les quatre personnages de gamins reprennent les caractères des protagonistes de “Chick Bill”. Parce que je retombe inévitablement dans mes canevas, dans ceux qui m’amusent."

-"On ne fait jamais que ce que l’on est."

- "C’est sûr. Et donc, je ne m’embête pas du tout. Et si je continue, ce n’est pas pour des raisons alimentaires. C’est parce que cela m’amuse. Et Duchâteau fonctionne de la même manière. Je sais, par ailleurs, qu’il y a des dessinateurs qui n’aiment pas reprendre en permanence les mêmes personnages. Dany, par exemple, a souvent besoin de changement."

-"Jijé avait aussi ce tempérament."

- "Oui, et il a foutu sa carrière en l’air à cause de ça. Mais l’important, ce n’est pas de faire carrière, c’est d’être heureux. Et si ça le rendait heureux, tant mieux, c’est le principal. A une certaine époque, je m’étais dit que je ne pouvais pas consacrer toute ma vie à faire du “Ric Hochet” et je m’étais mis à imaginer un nouveau personnage. Mais imperceptiblement, celui-ci devenait Ric Hochet. Un jour, Greg, avec sa “gentillesse” coutumière, m’a dit : “Toi, tu es un fonctionnaire de la bande dessinée !” Mais c’est bien, en définitive. J’ai fait ça, peut-être, comme un bon fonctionnaire, fidèle au poste, mais je ne me suis jamais ennuyé. Même en vacances, dans ma maison dans le midi, je prends mes planches avec moi, parce que je ne pourrais pas m’en passer."

Propos recueillis par Hugues DAYEZ

Une scène de Ric Hochet

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source