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dimanche 23 juillet 2017
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10 juin 2010

BD : André Frankin

par Hugues DAYEZ


Fantasio, l’écureuil Spip et Spirou

Tous ses confrères sont unanimes : “Ah, Franquin ! C’était le plus grand”. Référence suprême pour plusieurs générations de dessinateurs, André Franquin, à la différence d’Hergé, n’a jamais eu un tempérament de chef de studio ou de directeur artistique. D’abord, parce qu’il avait un penchant casanier et solitaire, mais surtout parce qu’il doutait trop de la qualité de son propre travail pour l’imposer comme exemple à suivre par d’autres. Si Hergé a soigneusement veillé au développement de la notoriété de Tintin, avec le succès que l’on sait, il n’est pas exagéré d’affirmer que Franquin a eu du succès presque malgré lui. L’auto-promotion n’a jamais été son fort, et si les albums de “Spirou et Fantasio” qu’il a signés sont devenus des classiques, c’est grâce à leurs qualités intrinsèques plus qu’à la force d’un “merchandising” resté quasi inexistant pendant des années. Deux légendes tenaces ont couru à propos de Franquin. La première : “C’est un dépressif chronique”. La deuxième : “Il ne dessine plus depuis des années”. Comme toutes les légendes, celles-ci amplifient et déforment la réalité. Ainsi, si Franquin n’a jamais caché avoir traversé des périodes profondes de dépression (il s’en est confié à son ami, le critique Numa Sadoul, dans le recueil d’entretiens “Et Franquin créa la gaffe”, paru en 1986), il ne faudrait pas pour autant en déduire que l’homme était perpétuellement renfermé ou taciturne. En réalité, si Franquin a refusé d’innombrables demandes d’interviews au cours de sa carrière, c’est parce qu’il était victime de son immense modestie. Il ne se jugeait pas orateur et ne pensait pas avoir grand-chose de décisif à dire sur l’évolution de son art. Et s’il n’a plus guère publié d’albums ces dix dernières années, cela ne signifie pas pour autant qu’il n’éprouvait plus de plaisir à manier le crayon. Lorsqu’on rencontrait Franquin, si on parvenait à lui faire oublier le micro et le contexte de l’interview, pour privilégier un ton plus conversationnel, on découvrait un homme intarissable sur son métier, qui ponctuait ses souvenirs d’un rire très communicatif. Qu’il parle de Gaston, de Spirou ou d’un gag qu’il a imaginé il y a des années, il les évoquait presque toujours au présent, comme si ces personnages et ces trouvailles n’avaient jamais quitté son esprit. Franquin nous a quittés, le 4 janvier 1997, le lendemain de son 73ème anniversaire.

André Franquin


Question :

- "A l’origine, y a-t-il eu chez vous la volonté de dessiner pour le plaisir de dessiner, ou déjà dans le but de raconter des histoires ?"

André Frankin :

- "Je crois que le désir de dessiner a été de pair avec mon envie de rire. J’avais une famille sympathique, mais où l’on ne riait pas beaucoup. Mon papa riait très rarement. Et moi, ça me manquait. J’ai ressenti très tôt le besoin de rire. Et je me souviens que les premières choses que j’ai dessinées, quand j’étais tout jeune, c’était l’un ou l’autre petit incident domestique : une table qui restait calée dans notre cage d’escalier, etc. Je dessinais alors la famille perplexe autour de la table. A l’école, je dessinais un peu, comme beaucoup d’enfants. J’étais chez les bons Pères, et, au début de mes humanités, je dessinais des enfers, avec des diables qui poussaient les damnés dans un grand trou. C’était d’une naïveté totale."

-"D’où est alors venue la volonté de faire de la bande dessinée ?"

- "C’est venu avec l’opportunité de pouvoir travailler chez Dupuis. Dans mon enfance, je lisais “Mickey”, “Robinson”, “Hop-là”. Et j’avais fait un seul essai de dessiner quelques cases. Mais j’avais trouvé très fastidieux le fait de devoir redessiner chaque fois les mêmes personnages. Je n’ai plus du tout pensé à cela. Je considérais qu’il fallait être fou pour vouloir être dessinateur de bandes dessinées. Et puis, grâce à Morris, que j’avais connu au petit studio d’animation C.B.A. et qui travaillait déjà pour “Le Moustique”, je suis tombé chez Dupuis qui cherchait des dessinateurs pour relancer son journal de “Spirou”. Et je me suis dit : “Pourquoi pas ?”, parce que, quand on est
jeune, on entreprend volontiers n’importe quoi."

Maurice de Bevere

-"Très vite, Charles Dupuis va vous confier le personnage de Spirou dont Jijé souhaite se débarrasser. Et on a le sentiment que vous parvenez assez vite à vous approprier le personnage et son univers. Est-ce que vous avez senti cette reprise comme difficile ?"

- "Je n’y ai pas beaucoup réfléchi. En réalité, j’étais surtout soucieux de questions de dessin. Car, comme lecteur, je me souvenais de ces séries américaines dont les planches n’arrivaient plus à cause de la guerre et qui avaient été reprises par des dessinateurs français (Jacobs a dû aussi faire ça pour “Flash Gordon”), et le changement de style de dessin m’avait profondément choqué. Je trouve qu’un style de dessin pour une série crée une habitude chez le lecteur, et qu’il est très difficile de reprendre une série pour cette raison. On rompt alors cette habitude. La reprise est presque toujours un échec. Et quand j’ai repris “Spirou”, cette question de style m’obnubilait. Je me disais : “Je vais essayer de faire la même chose que Gillain !”. C’était compliqué. D’une part parce que je ne possédais pas encore véritablement mon propre style, et d’autre part parce que Gillain avait une caricature très variée. Il lui arrivait même de changer de style dans une même série, mélangeant des planches plus réalistes avec des planches humoristiques. Pour lui, la série “Spirou” était un truc très léger, très improvisé, très joyeux à faire, avec des scénarios pas trop sérieux. Alors moi, mon principal souci était d’imiter son dessin, pour que le lecteur ne se rende pas compte du changement. Mais c’était loupé, évidemment. Seuls les amateurs ne voient pas la différence. Mais en ce
qui concerne le caractère du personnage, Spirou faisait partie des héros typiques de cette époque. Très vertueux, trop parfaits, en fin de compte. C’était fait instinctivement, dans ces années-là. Mais en cours de route, je me disais que je devais trouver un truc pour que Spirou ait une personnalité plus forte. Et je ne trouvais pas."

À gauche, la dernière case de Jijé ; à droite, la première de Franquin

-"Lorsque vous créez “Modeste et Pompon” pour “Tintin”, en 1955, on retrouve ce profil du héros très “clean”. Mais avez-vous senti un climat très différent, chez “Tintin”, par rapport à celui de la rédaction de “Spirou” ?"

- "C’est-à-dire qu’il y avait instinctivement plus de caricatures dans “Spirou”. Le journal faisait plus rire. Et “Tintin” est un journal qui a fait le contraire dès le début. Il y avait de très belles couvertures dans “Tintin”. Paul Cuvelier a exécuté des aquarelles avec des Indiens qui étaient superbes. J’ai l’impression qu’il y avait, chez “Tintin”, un souci encore plus éducatif, avec l’idée : “On va faire de la belle bande dessinée !”. Chez Hergé, qui était à la base du style du journal, il y avait cet esprit de sérieux. Mais j’ai senti qu’à un moment donné, Leblanc a été un peu ennuyé du fait qu’on ne riait pas assez avec “Tintin”, et que “Spirou” faisait rire plus. Et quand je me suis disputé avec Dupuis et que je me suis présenté à “Tintin”, j’ai été accueilli avec un certain intérêt, parce qu’on se disait : “Tiens ! Il pourra créer une série qui fera un peu plus rire dans le journal !” Mais en même temps, ils avaient un peu peur d’accueillir dans leurs pages un dessin un petit peu “vulgaire”. Malgré tout, j’ai eu très vite des amis dessinateurs chez “Tintin”, avec lesquels je riais beaucoup."

Un gag de Modeste et Pompon

-"A vous écouter, on a alors le sentiment que Gaston, qui naît le 28 février 1957, ne pouvait apparaître que dans le journal de “Spirou ” ! Car votre idée initiale était d’en faire un anti-héros, un “non personnage”, une sorte d’hurluberlu qui faisait irruption dans les pages du journal, mais surtout pas un héros traditionnel."

- "Oui. Tout a commencé avec une conversation que j’ai eue avec Yvan Delporte. Je me souviens lui avoir dit très précisément : “ on devrait faire dans le journal un personnage qui est trop bête pour être un héros !” Et la complicité avec Delporte est agréable parce que, quand on vient avec une idée, elle est souvent reçue, et elle en suscite de nouvelles chez lui. Donc, pour Gaston, il a dit avec une lueur dans le regard : “Ah oui !”. Mais je n’avais pas du tout l’intention de faire de la bande dessinée avec Gaston, puisqu’il était trop bête. Et je n’ai pas pensé non plus en termes d’“anti-héros”, parce que ça ne m’apparaissait pas spécialement nouveau. Des anti-héros, il y en avait déjà eu dans la BD. “Sad Sack”, par exemple, cette série américaine de George Baker créée pendant la guerre. Sad Sack, c’était vraiment le petit soldat américain, anti-héros par excellence, à qui il arrive toutes les misères. Sad Sack a probablement eu une certaine influence sur Gaston."

La première apparition de Gaston Lagaffe

-"Gaston n’est donc pas tout de suite intervenu dans des planches de BD proprement dites. Dès lors, à partir de quel moment vous êtes-vous dit : “là, je tiens vraiment un personnage de bande dessinée” ?"

- "Avec Delporte, on avait un peu l’habitude de faire une fausse actualité dans “Spirou”. Une actualité de caricature. C’était une façon amusante de faire allusion, dans un journal pour enfants, aux hebdomadaires d’information que lisaient les adultes. Et Gaston, avec ses gaffes, servait à semer le désordre dans le rédactionnel. Il lui arrivait de faire une explosion et le texte foutait le camp dans tous les sens, et il n’y avait plus moyen de lire l’article en question. On a fait ça un certain nombre de fois. Je me rappelle que Gaston a un jour foutu le feu à un extincteur. J’en ris encore rien que de l’évoquer. Mais on a fini par être un peu à court d’idées, et on sentait qu’il fallait utiliser Gaston autrement. Alors, un jour, j’ai regardé Delporte et je lui ai dit “Et si on faisait une bande dessinée avec ce personnage qui est trop bête pour être un héros ?” C’est ainsi qu’on a d’abord occupé deux bas de page du journal pour des petits gags en six images, en général en noir et blanc, et puis en noir et rouge. Bref, on a commencé bêtement comme ça. Pour Gaston, ça convient très bien de dire qu’on a commencé “bêtement”.

-"Ce qui est assez étonnant, c’est l’utilisation d’un personnage comme Fantasio aux côtés de Gaston. Bien sûr, Fantasio est journaliste, mais c’est un personnage qui arrivait avec tout son passé, alors que Gaston était un personnage vierge, que vous pouviez utiliser comme vous vouliez. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’introduire Fantasio, qui avait déjà tout un profil ?"

- "Un profil qui a d’ailleurs été un peu amoché à la longue, à force d’être utilisé dans “Gaston”. Car initialement, Fantasio, c’était le type marrant du tandem “Spirou et Fantasio”. J’avais essayé de le rendre amusant et farfelu, pour contrebalancer le côté “garçon modèle” de Spirou. Mais à force de devoir réprimander Gaston, Fantasio a perdu de sa fantaisie originelle. D’un autre côté, j’avais l’impression qu’on parlait beaucoup dans le journal de “la Rédaction de Spirou”. C’était une sorte de personnalité chez Dupuis. Et comme Gaston n’était pas à l’origine dans une bande dessinée, je l’ai fait rentrer à “la Rédaction du journal de Spirou”. Et à cette rédaction, il y avait évidemment de temps à autre Spirou, mais il y avait surtout Fantasio, qui, lui, était journaliste et qui, instinctivement pour nous, a joué un rôle dans le journal. Voilà pourquoi Fantasio s’est retrouvé aux prises avec Gaston. La présentation de Gaston doit beaucoup à Delporte. Au départ, c’était le gars qui débarquait comme ça, qui répondait par oui ou par non, et qui ne se fatiguait pas pour penser."

Un gag avec Fantasio et Gaston Lagaffe

-"A propos de cette rédaction, j’aimerais relever un paradoxe. De votre propre aveu, vous n’étiez pas un pilier de la vie rédactionnelle du journal, et vous créez un personnage qui va vraiment évoluer au sein même de celle-ci. N’était-ce pas une gageure terrible, de faire une bande dessinée sur la vie d’une rédaction, alors que votre tempérament naturel vous en éloignait, préférant avoir la paix à domicile pour créer ?"

- "Oui. Mais j’étais encore assez jeune, quand j’ai lancé Gaston. Et quand on est jeune, on a toutes les audaces. Mais je n’ai jamais pris de documentation sérieuse sur une rédaction. J’aurais pu regarder toutes les machines qu’il y avait. Les premières photocopieuses commençaient à arriver, à l’époque. Et pourtant, j’ai fait une rédaction totalement improvisée. D’une semaine à l’autre, je ne refaisais même pas spécialement les mêmes décors. C’était le couloir, la porte, un vague bureau, une lampe, et des gens qui passaient. Mais la rédaction elle-même était improvisée."

Un gag de Gaston Lagaffe

-"Justement, était-ce parce qu’il s’agissait d’un univers de bureaux finalement assez froid et technique que vous avez eu envie de travailler avec Jidéhem, qui possédait cette technicité dans le dessin ?"

- "Non. La collaboration avec Jidéhem est venue par un autre biais. On m’a présenté Jidéhem comme un bon dessinateur qui voulait travailler pour “Spirou”. Je lui ai refilé la chronique “auto”, que je ne faisais pas de façon très suivie, voyant en lui un grand amateur de voitures. Je lui ai passé le personnage de Starter, qui était d’ailleurs inspiré par le nom de plume de l’auteur de cette chronique, Jacques Wauters. Mais à la même époque, je pense, les éditions Dupuis m’ont proposé de faire des aventures de Spirou pour un journal français, “Le parisien libéré”, histoire de faire de la publicité pour la série. Cela a entraîné pour moi un fameux surcroît de travail, et à côté des illustrations que je livrais pour le journal, faire deux séries d’aventures de Spirou, parfois en même temps, cela me posait des problèmes. Alors, comme Jidéhem était très bon pour les décors, je l’ai mis à l’essai dans ce créneau et cela a très bien marché. Et comme, à ce moment-là, Gaston était pour moi une série un petit peu secondaire, je lui ai confié au tout début le dessin de Gaston. Mais je l’ai repris assez vite parce que, quand on crée un personnage, on sent qu’il faut le dessiner soi-même. Ce qui n’a pas empêché Jidéhem de faire beaucoup de décors. Chose curieuse : je crois qu’il ne m’a jamais donné de gags pour Gaston ! D’ailleurs les gags de Gaston, la plupart du temps, sont de moi. Mais certains confrères m’en ont tout de même fourni quelques-uns."

Gaston Lagaffe et son chat

-"Pour “Modeste et Pompon”, Greg et Goscinny ont fourni un nombre impressionnant de gags. Vous auriez pu rappeler Greg pour Gaston, mais vous ne l’avez pas fait. Pourquoi ? Est-ce parce que vous avez réalisé très vite que Gaston, c’était votre truc, votre univers ?"

- "Oui, je l’ai senti, sans doute. Et puis, seul, j’avais quand même pris l’habitude du gag en une planche avec Modeste et Pompon, et je n’ai jamais été très embarrassé à trouver moi-même une idée pour cette série. Mais je dois dire que Greg en a signé plus que moi. C’est lui qui a
trouvé les personnages de Ducrin, de l’oncle Symphorien avec son coq. Greg est un excellent scénariste, dans tous les domaines, d’ailleurs. On s’amusait bien et on avait la même perception de la série. Moi, comme vous le savez, quand j’ai créé “Modeste” pour Le Lombard, je l’ai fait dans un contexte de concurrence terrible. Les éditeurs se considéraient un peu comme les propriétaires de leurs dessinateurs, et aller dessiner ailleurs, cela ne se faisait pas. Tandis qu’en France, les dessinateurs de bande dessinée vont d’un journal à l’autre sans beaucoup de problèmes. Et quand j’ai voulu faire une série en une page avec “Modeste et Pompon”, cela ne se faisait presque pas à l’époque. Pour ma part, ce désir venait de souvenirs de séries américaines que je lisais étant jeune, et c’était une tendance abandonnée en Europe."

-"Nous avons évoqué le contexte de création de vos séries. Entrons un peu dans votre technique de dessin proprement dite. La bande dessinée est quand même une discipline très singulière. C’est sans doute la seule où un artiste est condamné à redessiner ce qu’il a fait une première fois, quand il doit encrer son crayonné. Certains de vos confrères, comme Morris, se contentent d’un crayonné très léger, pour réinventer le dessin à l’encrage et dès lors lui garder une vie et une spontanéité. Or quand on connaît vos crayonnés, on sait qu’ils sont très poussés, et néanmoins, vous arrivez à préserver la vie de ces crayonnés lorsque vous passez à l’encrage. Comment procédez-vous ?"

- "En général, je ne suis pas très optimiste et je vois toutes les difficultés de chaque chose que j’entreprends. J’ai peur de la louper. C’est ce qui explique que j’ai été un maniaque excessif pendant des années. Pour chaque dessin dans Spirou, chaque attitude, je faisais un nombre de brouillons étonnant. D’un côté, c’est une bonne habitude, parce que, quand vous faites de la caricature, ou même de la BD d’aventure, l’expression et le geste, c’est très important. C’est la vie du personnage. Il faut que le personnage soit un très bon acteur. J’ai dit ça mille fois, mais c’est vrai. Il faut qu’il soit très expressif. Il faut qu’il ait des émotions très visibles. Nous-mêmes, nous sommes acteurs en dessinant ça. J’ai ainsi toujours essayé plusieurs attitudes pour décrire une même action. Et finalement, on fait des croquis parfois très rapides, mais j’en ai fait une quantité incroyable. Je crois que c’est unique. Je ne connais pas beaucoup de dessinateurs qui ont multiplié les croquis comme je l’ai fait. Il faut de la patience, et je suis incroyablement patient lorsque je dessine. Pendant des années, j’ai toujours préparé très fort chaque dessin. Maintenant, ça va mieux. Je fais ces crayonnés de façon très, très rapide. En quelques secondes, j’ai fait trois ou quatre petits brouillons avec la tête, les bras, la direction des yeux d’un personnage. C’est très sommaire mais l’essentiel y est. Mais dans le temps, j’étais beaucoup moins expéditif. Et une fois que j’avais décidé l’attitude de mon personnage, je faisais un crayonné extrêmement fignolé. Il y avait même une certaine sottise dans ma démarche. Avec la distance, je comprends mes exagérations et mes gaffes. Ainsi, à l’époque où j’encrais mes planches au pinceau, j’essayais d’imiter au crayon le plein et le délié du pinceau, j’essayais de préfigurer ce beau geste du pinceau qui enfle et qui redevient léger. Il fallait être fou pour faire un truc pareil."

Une scène de Spirou

-"L’encrage devenait presque un dessert, à partir du moment où vous disposiez de crayonnés comme ça ?"

- "Oui, parce que j’aime tellement dessiner ! Et puis, faire de la bande dessinée m’a vraiment excité très fort. Et j’aimais tout, dans cette discipline. J’aimais le gag, j’aimais essayer de trouver des idées, j’aimais aussi beaucoup dessiner ces brouillons et faire cette espèce de petite mise en scène de chaque image. Et c’est pour ça que je soignais ça autant. Chaque étape était une sorte de recommencement. Quand je me lançais dans le crayonné de ma planche, je reprenais bien toutes les attitudes, pour ne pas en faire une moins bonne que dans mon brouillon. J’y travaillais beaucoup et très soigneusement. Ca durait longtemps, je suppose. Mais une fois que le crayon était terminé, je regardais ma planche et je corrigeais encore des trucs. Et l’étape de l’encrage m’amusait aussi. Chose curieuse, parce que je sais que pour la majorité de mes confrères, mettre un dessin à l’encre est une corvée. Je me souviens de Jacobs me disant : “J’adore faire de la bande dessinée. Je dessine au crayon facilement, mais quand il faut mettre à l’encre, pff !...” Curieusement, pessimiste comme je suis, moi, je n’avais pas peur de rater mon encrage. Et voilà la raison pour laquelle je crois que mon dessin reste très mouvementé. Parce qu’au moment où j’encre, le mouvement de mon personnage m’excite encore. Et à ce moment-là, c’est moi qui fais la grimace. C’est moi qui fais le geste de mon personnage, mais à l’encre, cette fois. Et même l’étape de la mise en couleurs me passionnait. A l’époque de “Spirou” et de “Gaston”, on travaillait les indications de couleurs chez Dupuis en appliquant un calque sur la planche. Ce n’était pas très beau, un calque, et puis ça s’abîmait, ça ne se conservait pas. Mais malgré cela, je voulais voir ce que cette image que je venais de terminer allait donner en couleurs. Je n’étais pas très spécialiste des couleurs, mais je coloriais néanmoins consciencieusement toute ma planche sur le calque, alors que d’autres se contentaient de quelques indications aux coloristes. Non, moi, il fallait que je voie mon dessin à peu près comme il allait être imprimé quelques jours plus tard dans le journal."

-"Vous expliquez bien votre patience quasi artisanale de dessinateur. Paradoxalement, elle ne s’accompagne pas d’une patience de scénariste. Greg a expliqué comment, pour combattre votre ennui, vous “consommiez” en quelques planches des idées prévues pour une longue histoire. En fin de compte, on a le sentiment que votre impatience de scénariste s’accommodait mieux du format du gag en une planche."

- "Sans doute, parce que dans ces gags en une planche, on n’a pas le temps de se fatiguer de l’idée ! Je me souviens que mes premiers scénarios, je les composais soigneusement dans ma tête, mais je ne les écrivais pas. Et malgré cela, je pouvais me fatiguer d’une idée et je me posais des questions : “Tiens, la façon dont je fais évoluer cette histoire, est-ce que c’est très bien ?” Bref, je doutais au moment de passer à l’acte. J’étais inquiet. C’est pour cela qu’il m’est arrivé de faire appel à Greg, qui avait un talent fou pour faire avancer une histoire. Par ailleurs, il faut savoir que pour un hebdomadaire de bande dessinée, l’auteur doit avoir six semaines d’avance sur la parution de sa planche. Pour “Gaston”, j’avais toujours quatre ou cinq idées d’avance. Parfois la réserve d’idées diminuait dangereusement : plus que trois, plus que deux... Mais je n’ai jamais été totalement en panne, parce que cette espèce de recherche devient instinctive, et souvent, on rit en trouvant l’idée -il vaut mieux rire en la trouvant- et surtout, on n’a pas le temps de se fatiguer de son idée. Parce qu’avec ce système de délai, on n’a pas le temps de remettre ses gags en question. On n’a pas le temps de douter."

-"Il existe néanmoins un cas où Gaston quitte le format du gag pour celui de l’histoire plus longue : je veux parler de ce formidable récit de “Bravo les Brothers” qui, “officiellement”, est d’abord une aventure de “Spirou et Fantasio”."

- "Il est vrai que là, j’ai un peu mélangé les deux univers, parce que je m’amusais bien à la rédaction de “Spirou”, et parce que j’aimais bien les personnages de Spirou et Fantasio, même s’ils m’ont posé des problèmes. En réalité, quand j’ai fait “Bravo les Brothers”, je me suis dit qu’il fallait vraiment que Spirou soit plus bondissant que d’habitude, parce qu’il était dans une série à gags. En fait, le caractère de Spirou est proche de celui de Tintin : c’est une enveloppe où le lecteur peut se glisser. C’est une banalité de dire ça. Tout le monde le dit. Mais moi, j’aurais aimé donner à Spirou une petite touche personnelle. Spirou a été créé à une époque où le costume invariable d’un personnage lui tenait lieu de personnalité. J’ai essayé de lui donner autre chose. Parfois, il bondit un petit peu."

Une illustration de Bravo les Brothers

-"Dans la mesure où Gaston évolue dans un univers précis, avec quelques constantes ( la rédaction, ses copains, Longtarin, etc.), vous ne pouviez pas vous permettre n’importe quoi avec ce personnage. Dès lors, comment trouviez-vous vos gags ? En faisant un “brainstorming” sur votre divan ou en sortant observer des petits détails à l’extérieur ?"

- "Certains gags sont inspirés d’observations. Je me disais, en voyant un truc : “Tiens, je pourrais faire un gag de Gaston avec ça...” Mais je ne sais pas si ce fut fréquent. Je crois qu’il s’agissait plutôt d’une sorte d’habitude et de recherche d’inspiration. Vous évoquez l’univers précis
de la rédaction. Ce qu’il fallait, pour créer le gag, c’était justement y faire surgir l’inattendu, y apporter un objet idiot ou incongru : un poisson, ou la nourriture de Gaston qui mange en travaillant. Il fallait y amener des choses que le lecteur ne s’attendait pas à y voir. Ou alors, il s’agissait de faire surgir le gag avec des objets déjà présents dans le bureau. Ainsi, parmi les gags de Gaston que j’ai encore en réserve, j’en ai un avec un ventilateur. Bon, le gag en question, je ne le dessinerai jamais, alors autant le raconter ! Il n’a rien d’extraordinaire, mais dessiné, il peut être très marrant. C’est Gaston qui installe un très beau ventilateur, à la grande satisfaction de toute la rédaction. Mais pour prouver qu’il est très adroit, il se met en tête d’huiler son ventilateur pendant qu’il tourne ! Il monte sur une table avec sa burette, il huile abondamment le ventilateur... Résultat : l’huile est projetée sur tout le monde, sur les machines à écrire, sur les tables à dessin, sur le courrier : c’est la révolution !"

-"On voit tout de suite l’impact de ce gag s’il est dessiné par vous. A ce propos, j’ai vraiment le sentiment qu’en BD, il y a des gags de dessinateur et des gags de scénariste. Dans les gags de scénariste, tout tient dans la case de la chute, et c’est tout : s’il n’y a pas la chute, c’est mort. Or dans un gag de “Gaston”, souvent la chute est un plus, mais ce n’est qu’un plus. La saveur du gag provient tout autant de l’expressivité du dessin. On a d’ailleurs le sentiment qu’un grand nombre de gags de Gaston fonctionnent vraiment grâce à cette exacerbation du dessin."

- "En fait, depuis que je dessine, j’aime beaucoup dessiner du mouvement. J’aime qu’il y ait du déplacement, du bruit, des choses qui se passent dans mes cases. Mais je crois que les gags de Gaston sont aussi souvent des gags de scénariste, dans la mesure où, même dans le cas d’une idée simple comme celle du ventilateur, le découpage est essentiel. Chaque image compte. Un scénario de gag, c’est une petite machine à faire rire qui doit se déclencher. Il faut que le lecteur s’amuse à la première lecture, mais aussi à la relecture. Le gag est réussi quand ce lecteur découvre alors que ce qui a été écrit ou présenté dans les premières cases prend une saveur particulière à la lumière de la chute qu’il connaît déjà."

Un gag avec Fantasio et Gaston Lagaffe

-"Une fois encore, je vous sens d’abord dessinateur parce que, quand vous pensez scénario, vous pensez tout de suite en terme de découpage, ce qui est une notion très visuelle. S’il fallait comparer la bande dessinée avec un autre art visuel, vous citez d’abord le théâtre ou le cinéma ?"

- "Pour moi, c’est souvent du cinéma. Heureusement, d’ailleurs ! Les belles séries d’action, avec des changements d’angle, c’est très “cinéma”. Mais une série de Gaston, qui joue souvent sur l’unité de lieu et de temps, s’apparente un petit peu au théâtre."

-"Par contre, dans “Spirou”, vous avez réussi des séquences très cinématographiques. Par exemple, cette scène d’anthologie de “La mauvaise tête” où Fantasio souffre dans une étape de montagne du Tour de France."

- "Oui, mais ça, ça vient de la télévision. Quel jeune auteur n’a pas vu une arrivée de Tour de France à la télévision ? La télévision nous a énormément appris, à nous, dessinateurs. Dans l’exemple que vous citez, c’est la télévision qui nous a fait sentir l’effort de ces coureurs, la sensation de la route qui monte très fort. Dès lors, lorsqu’on dessine une scène comme ça, on réalise bien que la question de l’angle de vue est primordiale pour restituer ces sensations."

Une illustration de La mauvaise tête

-"Pour rester dans des questions de dessin, j’aimerais revenir à l’influence de Jijé. On sait que le conseil premier de Jijé, c’était : “Il faut dessiner sans regarder le papier”. Autrement dit, en regardant le modèle. Or j’ai l’impression que vous ne dessinez pas beaucoup de croquis d’attitude d’après modèle. Quel est alors votre secret pour restituer une telle justesse de mouvement dans vos dessins ?"

- "J’ai beaucoup aimé dessiner d’après nature. J’ai fait souvent, avec Jijé, des séances de croquis de nu, et je dessinais assez facilement d’après nature. Mais curieusement, on ne fait pas ça toute sa vie. Et c’est un tort, parce qu’il y a un plaisir fou à dessiner du nu. Parce que le nu, quand vous le réussissez, vous sentez vraiment que vous avez fait un bon croquis. Evidemment, quand vous le ratez, c’est moche. Il n’y a pas de demi-mesure. On ne peut pas tricher. En fait, si je m’ennuie, je me mets souvent à dessiner d’après nature. Je m’empare alors d’un magazine illustré, n’importe lequel, et si une bonne photo de très jolie fille accroche mon regard, je me mets à la redessiner de manière réaliste. Malheureusement, je n’ai pas tout à fait le don merveilleux de la ressemblance. Chez Rembrandt ou chez Franz Hals, qui fut un génie du portrait, la ressemblance m’émeut énormément. On a beau ne pas connaître les modèles, on sent les personnages en profondeur. Moi, je suis adroit dans le dessin d’après nature, mais je suis une sorte d’appareil photographique sans lentille : je dessine exactement ce que je vois. Donc cette habileté, qui m’amuse beaucoup, n’a jamais véritablement évolué vers un style réaliste. J’ai essayé plusieurs techniques -la plume, le croquis rapide-, mais le style réaliste que j’aurais aimé avoir n’est jamais venu. C’est sans doute pour cela que je n’ai jamais fait de série réaliste."

Aimé de Mesmaeker

-"Sur le plan graphique, Gaston a naturellement fort évolué en quarante ans. Mais l’évolution du caractère du personnage est peut-être encore plus frappante : on a presque l’impression d’avoir affaire à deux êtres différents. Ainsi, au début, Gaston se présente comme un parasite, fumeur, désoeuvré, gaffeur bien sûr. Et au fur et à mesure des albums, il devient une sorte de poète gentiment anarchiste, qui vit un amour dans une bulle avec M’oiselle Jeanne et qui s’affirme contre l’armée et l’ordre établi."

- "A ce propos, je me rappelle qu’on m’a dit, deux ou trois fois : “Tu devrais envoyer Gaston à l’armée !” Et en effet, on voit très bien les gaffes qu’il pourrait y faire. Imaginez tout ce qu’il pourrait faire péter à l’armée ! Mais je ne l’ai jamais fait, parce que le service militaire aurait fixé l’âge du personnage. Or on ne connaît pas l’âge de Gaston. Dans l’esprit du dessinateur, c’est très vague et c’est pas plus mal comme ça. Mais fondamentalement, je ne crois pas qu’il y ait un quelconque message dans les gags de Gaston. Ma seule intention a toujours été de faire rire, sans arrière-pensée. Pour moi, faire du Gaston est un plaisir presque enfantin, parce qu’on reste un peu enfantin quand on fait de la bande dessinée."

-"Tout de même, “Gaston” dépeint très bien un air du temps. Dans certains gags, vous dénoncez avec beaucoup de finesses toutes les plaies des années 1980 : l’efficacité à tout prix, la prédominance du fric..."

- "Ah oui, parce que je crois que quand on crée, on est dans son époque. Prenons l’exemple des voitures. Au départ, c’est quelque chose que j’aimais dessiner, et puis j’ai pris conscience de la surabondance des voitures dans la ville, des problèmes de pollution que cela entraînait, etc. J’ai alors commencé à stigmatiser ce problème en montrant l’épouvantable pollution de la voiture de Gaston. Il y a certainement d’autres idées, ne disons pas “politiques” mais des idées de société qui influencent sans doute une chose aussi modeste qu’un petit gag pour faire rire. Autre exemple : à l’origine, Gaston était fumeur, comme moi. Et un type important de la régie publicitaire de chez Dupuis m’a conseillé de ne plus faire fumer Gaston. Ca m’a sans doute influencé. Toujours est-il que j’ai compris, peu à peu, pour plusieurs raisons, qu’il valait mieux qu’il ne fume plus. Et il a cessé de fumer. Fantasio, par contre, a continué de fumer la pipe, parce que c’est un élément de sa personnalité qui est générateur de gags, et qu’il est difficile de s’en passer."

-"Sans brandir l’étiquette de “bande dessinée pour adultes”, on peut affirmer que Gaston offre une pluricité de lecture qui ne le destine pas uniquement aux enfants. Dans la mesure où vous connaissiez bien Greg et Goscinny, vous n’avez pas été tenté, comme Morris ou Jijé, de participer à l’aventure de “Pilote” ?"

- "Oh, il fut un temps, assez tôt dans ma carrière chez Dupuis, où je m’étais mis en tête de travailler à Paris. Le prestige de Paris ! Mais ça ne s’est pas fait. Sans doute à cause de trop d’attaches familiales en Belgique. Mais je me souviens avoir été serrer la main de Cavanna à la
rédaction de “Charlie Hebdo”, il y a très longtemps. Ils auraient voulu que je travaille pour eux. Moi, je ne comprenais pas très bien pourquoi, parce que je me sentais si différent de leur esprit. Sans doute que, si j’avais suivi cette tendance, Gaston aurait eu un destin très différent. Par ailleurs, il me faut préciser qu’il y a eu, avant “Pilote”, le projet d’une revue de bande dessinée lancé par certains dessinateurs belges de chez “Spirou” et certains dessinateurs français et belges travaillant à Paris. Pour les réunions, on se fixait rendez-vous à Saint-Quentin, à mi-distance de Paris et de Bruxelles. On y cassait la croûte en discutant bande dessinée. Moi, j’ai fait deux bandes d’essai sur un petit scénario de Goscinny, mais le projet n’a pas abouti. Je ne sais plus pourquoi cela
a échoué. J’étais très tenté par cette perspective, par l’équipe qu’on était en train de réunir. Mais, en même temps, je dessinais déjà “Spirou” et j’étais très attaché au journal. Il faut préciser qu’à l’époque, répétons-le, quitter Dupuis aurait été une trahison monstrueuse, presque une affaire de famille. Charles Dupuis était tellement jaloux de ses dessinateurs. Mais j’ai beaucoup admiré “Pilote”. Je trouve que ce fut le meilleur journal de bandes dessinées de l’époque. Il y avait vraiment une rédaction, avec des personnalités de premier plan : Goscinny, Greg, Charlier... C’était vraiment génial."

-"J’évoquais Morris qui, contrairement à vous, a franchi le pas. Avec le recul, je trouve que les scénarios que lui a faits Goscinny pour “Lucky Luke” chez Dargaud sont assez différents, plus au second degré que ceux qu’il a signés chez Dupuis. Vous auriez pu faire la même chose et
conserver Gaston en passant chez “Pilote”. C’est vraiment votre fidélité à Dupuis qui vous a retenu ?"

- "Oui, et puis j’admirais “Pilote”, mais en même temps, peut-être un peu par modestie, je n’avais pas trop envie de m’y imposer, parce que je trouvais ce journal tellement fort ! J’avais aussi le sentiment d’être trop loin dans ma carrière, quand “Pilote” a démarré. Quant à Morris, je me souviens qu’il se plaignait beaucoup de ne pas pouvoir dessiner des danseuses dans ses saloons, quand il travaillait chez Dupuis. Mais quand il est passé chez Dargaud, il n’a pas dessiné beaucoup plus de danseuses. C’est une des rares fois où il m’a un peu déçu ! Dans “Gaston”, il y a des filles, ce qui est devenu possible à partir d’une certaine époque, mais qui était totalement inconcevable quand j’ai commencé. On se disait tout de suite : “Je ne vais pas dessiner des filles, parce que Dupuis va bondir...” On n’aurait pas fait une histoire d’amour dans “Spirou”. Je ne l’ai jamais fait, d’ailleurs. J’ai tout juste ébauché une idylle entre Gaston et M’oiselle Jeanne, mais ça, ça n’a jamais fait problème."

Pendant les heures de bureau, un rêve de Gaston Lagaffe avec M’oiselle Jeanne

-"Avec le recul, j’ai le sentiment que les jeunes lecteurs qui admirent votre oeuvre ont peine à imaginer que vous ayez pu subir un contrôle quelconque de la part de votre éditeur. Par exemple, aujourd’hui, tout le monde admire le personnage de Zorglub. Et pourtant, quand vous avez proposé de l’utiliser dans “QRN sur Bretzelburg”, Dupuis n’en a pas
voulu."

- "Oui, mais il ne me l’a pas dit tout de suite. Quand il m’a fait ses remarques, j’étais déjà embarqué dans mon histoire et cela m’a fait problème. Cela m’a un peu refroidi. Peut-être sentais-je déjà confusément que je ne dessinerais plus Spirou très longtemps. En ce qui concerne Zorglub, c’est un personnage que j’ai dessiné, mais qui doit beaucoup à Greg. Il en a fait un ami d’études de Champignac, ce qui était une excellente idée. Mais en analysant cette époque, je crois que le phénomène d’auto-censure était plus important que la censure imposée par Charles Dupuis. Mais il y a eu des censures, c’est vrai. Par exemple, quand Sirius imagina d’envoyer son héros, l’Epervier bleu, vers la lune (dans “La planète silencieuse” en 1952), on a dit : “Il raconte des bêtises à nos lecteurs. Vous allez cesser ça !” Et il a dû arrêter son histoire. Là, c’est un bon exemple de censure de l’éditeur."

-"Quand vous lancez, avec Delporte, l’aventure d’un supplément indépendant dans “Spirou”, “Le trombone illustré”, en 1977, vous parvenez rapidement à attirer des collaborations d’auteurs de votre génération, comme Sirius, catalogués “pour enfants”. On a alors l’impression que “Le trombone” fonctionne un peu comme un ballon d’oxygène pour tout le monde."

- "Oui, je me suis d’ailleurs permis, dans “Le trombone”, quelques dessins critiques sur le contenu de “Spirou”. Il y avait, par exemple, une rubrique de modélisme, avalisée par le rédacteur en chef de l’époque, Thierry Martens, qui mettait souvent à l’honneur des modèles d’avions nazis. Alors j’ai dessiné très ironiquement, sur une couverture du “Trombone”, un petit dessin avec un Messerschmit et un pilote qui faisait le salut hitlérien. Mais cet esprit critique qu’on retrouvait dans “Le Trombone” se déploie aujourd’hui dans le journal de Spirou. Et je sais que des séries comme “Le petit Spirou”, délibérément polissonnes, déplaisent souverainement à Charles Dupuis. Il déteste aussi “Pierre Tombal”. Personne n’aurait osé faire une série d’humour macabre comme celle-là quand Dupuis dirigeait le journal. Mais aujourd’hui, il y a une ambiance très différente, chez “Spirou”. On pourrait maintenant faire une série, même pour enfants, où l’amour est important."

-"La notion de bande dessinée “pour enfants” revient souvent, dans cet entretien. Or, quand on examine l’âge d’or de la bande dessinée belge, on constate que la force de toutes ces séries destinées a priori aux enfants réside dans leur pouvoir de séduction de toute une gamme de publics, même adultes. Alors que beaucoup de BD ciblées “pour adultes” tombent très souvent dans des “messages” très pesants."

- "Je crois que ces bandes dessinées-là sont destinées à un public forcément plus réduit, mais qu’il y a une production extrêmement valable. Il y a des bandes dessinées françaises dites “pour adultes” que j’approuve totalement. Mais j’approuverais aussi totalement si quelqu’un me disait : “je veux faire une bande dessinée pour les enfants”. Je lui dirais : “Excellente idée ! Que veux-tu faire ?” Et on en discuterait. Mais aujourd’hui, il y a le fait que tous les problèmes de société apparaissent beaucoup plus à la surface, et que beaucoup d’auteurs et de dessinateurs éprouvent le besoin de traiter de ces problèmes dans leur travail. Moi, quand j’ai commencé Gaston, je n’ai pas eu cette faculté critique. J’ai beaucoup plus travaillé de façon instinctive. La principale question que je me posais, c’était : “qu’est-ce qui va faire rire mes lecteurs ?” Mais si l’on évoque les dessinateurs de ma génération, je pense qu’Hergé nous a montré à tous qu’on pouvait réussir de très bonnes bandes dessinées. Et il est certain qu’Hergé était quelqu’un qui réfléchissait beaucoup. Ses scénarios sont souvent des mécaniques remarquablement calculées, étudiées. Et Hergé sait faire un dessin qui peut être beau. Mais je crois que son travail fut moins instinctif."

-"Vous résumez là, me semble-t-il, la différence fondamentale entre le “Tintin” de la grande époque et le “Spirou” de la grande époque. Le premier était plus académique, plus maîtrisé, tandis que le dessin de
Spirou, c’est l’instinct à l’état pur."

- "C’est certain. Cela dit, il y a des coïncidences amusantes. J’étais bien plus jeune qu’Hergé, mais je suis passé par le même collège (Le Collège Saint-Boniface). Nous sommes nés dans le même quartier de Bruxelles et nous y avons habité. Et Hergé a eu une influence sur moi. Ses scénarios m’apparaissaient comme le modèle de l’aventure en bandes dessinées. Et j’ai à mon tour essayé de faire de l’aventure. Mais avec mon instinct, je l’ai fait d’une manière totalement différente. Il y a peut-être des réminiscences d’Hergé, mais je n’ai jamais essayé de le copier. Mais il y a d’autres dessinateurs qui m’ont beaucoup excité aussi, et un style se construit sur une somme d’influences."

-"Depuis que le dessinateur hollandais Joost Swarte a lancé l’expression “ligne claire”..."

- "Je dis toujours, avec une pointe de méchanceté : “j’aime bien la ligne claire... mais celle d’Hergé !”"

-"C’est une expression que certains utilisent pour caractériser la tendance “Tintin”. Or quand on regarde la tendance “Spirou”, elle est certes plus instinctive, mais elle cherche aussi à privilégier la lisibilité, la clarté maximale."

- "Oh, personnellement, dans “Gaston”, je dois reconnaître que j’ai commis certains péchés, parce que j’ai compliqué très fort mon dessin. J’ai dû me battre très souvent contre cette tendance. Même dans “Spirou”, il m’est arrivé de me complaire dans des décors trop touffus. Evidemment, c’est parfois nécessaire. Si vous faites un gag de Gaston qui met en scène un capharnaüm effroyable dans son bureau, il faut le dessiner et y mettre le temps. Mais la difficulté de l’exercice consiste à construire un truc compliqué, à montrer que c’est compliqué, tout en facilitant la lecture de celui qui regarde la planche et qui veut comprendre clairement ce qu’il s’y passe. Si un détail dans le dessin arrête le lecteur parce qu’il ne le trouve pas clair, l’entreprise est ratée. J’ai eu un jour l’idée folle -une idée sans doute née de mon caractère de dessinateur patient- “Et si on faisait une bande dessinée dont le héros soit une foule ?”. Je ne l’ai évidemment pas fait, mais il y a tout de même une ébauche de cette idée dans une aventure de Spirou, “Le voyageur du Mésozoïque”, lorsque toute la population de Champignac panique devant le dinosaure. J’ai animé cette foule, mais ce n’est pas très lisible. Peyo, dont j’admire la lisibilité, a souvent fait des dessins où il se passe beaucoup de choses, mais il n’avait pas le vice que j’ai de vouloir en faire trop, parfois."

Une scène du Voyageur du Mésozoïque

-"En fin de compte, est-ce que rechercher à préserver la vie d’un dessin et en même temps travailler sa lisibilité est parfois antinomique ?"

- "Oui, c’est antinomique, quand il s’agit d’exprimer avec clarté une complication excessive. Dans “Gaston”, je l’ai parfois réussi, moins dans “Spirou”. On ne réussit pas tout, hein !"

-"Revenons à cette notion essentielle d’“instinct”. Lorsqu’on est son propre scénariste, est-ce qu’on essaye de choyer son côté dessinateur et d’insérer dans le gag des éléments qu’on a envie de dessiner ?"

- "Ah oui ! Tout ça se tient très fort. Par exemple, dans “Spirou”, j’ai dessiné une scène de match de football. Je ne suis pas un supporter assidu de foot, mais il m’arrive d’en regarder à la télévision, et quand le match est bon, il peut y avoir de très beaux moments. Et à une époque, je me suis dit : “Tiens, on ne dessine guère du football en bande dessinée, moi, j’aimerais tellement en dessiner une petite scène.” Je l’ai fait et ça m’a terriblement amusé. Et j’ai aussi compris pourquoi on en dessinait si peu. A l’avant-plan, vous devez traduire les mouvements des joueurs. A l’arrière-plan, il y a les tribunes avec les publicités et les milliers de supporters. Et quand vous dessinez le goal, vous devez vous taper la meute des photographes planqués derrière. Cela suppose un gros travail qu’il faut faire en s’amusant, certes, mais aussi avec sérieux, sans paresse. Il ne faut pas tricher, il faut que l’ambiance y soit, parce que le gamin qui vous lit et qui regarde comme vous les matchs de foot à la télé, doit sentir cet univers restitué dans vos planches."

Une planche des Voleurs du Marsupilami

-"Y a-t-il un univers pour lequel, en tant que dessinateur, vous auriez une allergie totale ?"

- "Ah oui ! On a ses forces et ses faiblesses. Et instinctivement, je crois qu’on évite certaines choses. Par exemple, ça m’amuse beaucoup de faire certains décors, mais j’ai des faiblesses dans ce domaine. Je ne crois pas que je pourrais faire les décors d’une série réaliste. Et même
en style caricatural, il y a des trucs très difficiles à faire. Les machines, par exemple. Ca peut être amusant à dessiner mais il faut très fort se documenter au préalable."

-"Est-ce encore ce côté instinctif qui explique que vous vous êtes retenu de déléguer Gaston à d’autres dessinateurs, contrairement à d’autres personnages (le Marsupilami dessiné aujourd’hui par Batem, sans parler de Spirou et Fantasio.) ?"

- "Je ne sais pas. Mais s’il fallait, en vieillissant, préparer ses dernières volontés, je dirais vraiment “ne faites jamais dessiner Gaston par quelqu’un d’autre !” Je n’aimerais pas du tout faire dessiner Gaston, même par un très bon dessinateur. Evidemment, on pourrait imaginer un dessinateur qui partirait de mon style pour faire mieux, peut-être. Ainsi, il y a un gars étonnant qui fait ces histoires de moto..."

-"Le dessinateur de “Joe Bar Team”, qui vous pompe abondamment ?"

- "Il pompe, mais c’est un talent, hein ! On m’a souvent dit : “c’est un plagiat”, mais pour moi, ce n’est pas du tout un plagiat. Il faut se rendre compte que beaucoup de dessinateurs de qualité sont partis du style d’un autre pour ensuite trouver leur style propre. Le plus bel exemple, c’est Moebius. Jean Giraud s’est basé sur le “Jerry Spring” de Jijé pour faire ses premières bandes de Blueberry. Or, c’est devenu un des meilleurs dessinateurs au monde, selon moi. On se demande vraiment où sont ses limites. Je crois que je ne les trouverai jamais, et lui non plus. Je ne considère donc pas du tout l’auteur de “Joe Bar Team” comme un plagiaire. Pas du tout ! Je me suis amusé à le rencontrer. On s’est très bien entendu, et il va peut-être continuer quelque chose avec moi. Mais je ne veux pas trahir des secrets, d’autant plus qu’il éprouve des réticences sur cette reprise. Mais je crois que ce phénomène a existé dans tous les arts graphiques. Il y a toujours eu des ateliers avec des élèves qui commencent par faire gentiment ce que leur patron leur demande, et qui, s’ils ont un talent, se révèlent et surpassent même leur maître. Tout est possible, et cela arrive."

-"Permettez-moi de ne pas totalement partager votre point de vue, car j’ai le sentiment que vous avez parfois été plagié de façon très nette."

- "Ah, mais attention, je parle volontiers de l’auteur de “Joe Bar Team”, mais je ne parlerais pas de certains autres dans les mêmes termes !"

-"Justement, vous avez été plagié avec, me semble-t-il, l’assentiment de votre éditeur puisque ces plagiats se déroulaient souvent dans les pages du journal “Spirou”. N’est-il pas alors extrêmement désagréable de voir que votre propre maison génère des “sous-Franquin”, comme elle a généré des “sous-Peyo” ?"

- "C’est désagréable à plusieurs points de vue, parce qu’il est arrivé qu’on donne comme exemple à un jeune dessinateur : “regardez ce que fait Untel. Voilà ce qu’il faut faire !” Or, une influence peut déjà poindre naturellement chez un jeune dessinateur. Si, en plus, on lui donne ce genre de conseils, peut-être que cela va l’influencer encore plus. Et c’est ennuyeux, parce que certains jeunes s’imaginent que c’est avec l’accord du dessinateur en question qu’on leur impose ce style. Ces pressions pour copier un style existant ont plusieurs raisons d’être. L’une d’elles, c’est qu’imposer un nouveau style de dessin dans un journal de bande dessinée pour enfants est une démarche risquée, parce qu’il faut du temps pour accoutumer le public. Ou alors, il faut tout de suite viser un autre public que le public enfantin. Je me souviens, par exemple, de l’arrivée d’un Reiser dans les pages de “Charlie Hebdo”. Son graphisme ne plaisait qu’à un public d’adultes avertis. Ca a plu au bout d’un certain temps. Toutes ses qualités ne sont apparues qu’avec le temps. Et moi-même, aujourd’hui, quand je découvre certaines séries dans l’actuel hebdomadaire de “Spirou”, leur dessin n’est pas nécessairement mauvais, mais ce dessin, pour moi, ne me fait pas lire la bande dessinée en question. C’est peut-être lié à mon âge et au fait que je vieillis, mais j’éprouve un manque total de goût pour cette façon de présenter une aventure en bande dessinée."

-"Vous évoquez le fait de prendre de l’âge, un phénomène qui a amené pas mal de confrères de votre génération à prendre pas mal de recul par rapport au travail quotidien à la planche à dessin. En ce qui vous concerne, vos admirateurs savent que vous dessinez encore -ils ont pu voir la masse de crayonnés que vous avez produits pour les dessins animés des “Tifous”- mais sur le plan éditorial, vous vous êtes fait très discret. Et le quinzième album de Gaston, quoique contenant des planches inédites, n’est pas constitué de matériel récent."

- "Vous avez cité “Les Tifous”. Je crois que cette aventure a marqué la fin de Gaston. Sur proposition d’un ami suisse, j’ai commencé ce travail sans savoir qu’il prendrait un temps aussi considérable. Cela a fini par prendre tout mon temps, parce qu’on est arrivé, sans l’avoir prévu, à un dessin animé. Or, ne disposant pas ici d’équipes d’animation comme celles dont ils disposent à Hollywood, je me suis retrouvé devant la tâche énorme de devoir préparer plus de 70 épisodes de quelques minutes. Bref, c’est devenu un tel travail que j’ai dû abandonner Gaston. Par conséquent, j’ai perdu le rythme de la planche et quand j’ai repris un petit peu, j’ai eu beaucoup de mal. J’ai continué à trouver des gags, mais j’ai éprouvé des problèmes à les dessiner entièrement. Il y a un rythme qui s’est perdu, et que je regrette, parce que j’aurais aimé faire mille gags de Gaston. Et j’aurais aussi aimé ne pas mentir comme j’ai menti longtemps en me disant : “Si, si, l’année prochaine, il y aura un album de Gaston !” Je mentais de bonne foi, mais je mentais."

-"Ce que le lecteur doit comprendre, c’est que la discipline de la planche est d’une rare exigence. Entre faire du croquis libre et du dessin cadré avec des bulles, il y a un investissement très différent."

- "En fait, je crois que j’ai toujours une certaine discipline. Je pourrais trouver, demain, un gag de Gaston, le mettre en page dans ma tête et même faire des croquis préparatoires. Mais, je le répète, j’aurais des problèmes pour terminer la planche. Je ne sais pas exactement pourquoi. C’est une habitude que j’ai perdue. Mais l’instinct de concevoir une planche de bande dessinée, je l’ai toujours et facilement."

-"Au cours de cet entretien, j’ai délibérément très peu évoqué l’aspect économique voire mercantile de la bande dessinée. Mais il y a un phénomène frappant. Vous et vos confrères de “l’âge d’or” avez fait de la bande dessinée pour enfants sans vous prendre au sérieux. Or, on constate aujourd’hui que vos dessins atteignent des cotes faramineuses sur les marchés spécialisés. Un des exemples les plus significatifs est sans doute cette planche de “Spirou et Fantasio” (de l’épisode “Les pirates du silence”) partie à 700000 francs belges dans une vente aux enchères à Liège. Que vous inspire cette évolution ?"

- "D’abord, n’oublions pas les cotes atteintes par Hergé. Pour des originaux de “Tintin”, on a parlé de plusieurs millions, lors de ventes vraiment incroyables. En réalité, il y a tout un petit commerce qui s’est constitué, soit avec des planches que les dessinateurs ont données quand ils étaient jeunes et qu’ils ne prenaient pas ça tellement au sérieux, soit avec des dessins qui ne sont pas revenus de chez les éditeurs. Car il faut rappeler qu’au début, certains d’entre nous étaient assez négligents. Nous ne réclamions pas assez régulièrement nos originaux chez l’éditeur qui ne nous les renvoyait pas systématiquement après usage, faute de service ad hoc. Enfin, il y a un phénomène beaucoup plus déplaisant : celui des planches volées. Moi, quelqu’un, ici, m’a volé cinquante originaux de Gaston. Cinquante demi-planches, soit un an de gags de Gaston publiés dans “Spirou”. Il est certain que le gars qui s’est emparé de ça, s’il est intelligent, doit les vendre lentement. Quant à la cote qu’atteignent ces planches, cela ne m’inspire pas grand-chose. On n’en est pas honteux, hein ! Mais on n’en est pas fier non plus."

-"Et le fait d’être exposé en bonne et due forme dans des musées, au Centre Belge de la BD ou à Angoulème... Comment réagissez-vous par rapport à une certaine “statufication” de la bande dessinée ?"

- "Ca, je crois que c’est bon pour la bande dessinée. Parce que, quand on a commencé, la bande dessinée était vraiment méprisée. En France encore plus qu’en Belgique, vu la tradition littéraire française. Ce manque de considération avait de fâcheuses conséquences. Jijé, véritable pilier de “Spirou” pendant la guerre, était incroyablement mal payé. Tandis que maintenant, on prend la bande dessinée très au sérieux. Elle envahit la ville, les stations de métro, etc. Je ne dis pas que c’est exagéré, mais pour certaines bandes dessinées, c’est leur faire certainement beaucoup d’honneur. Mais soit ! Exposer des gags de “Modeste et Pompon”, pourquoi pas, si cela plaît au public. Moi, ça ne me dérange pas, bien au contraire. Mais je trouve que la vedette d’une bande dessinée, c’est le héros, ce n’est pas le dessinateur. Je n’ai pas une tendance à faire la star. La star, ma foi, c’est Gaston !"

-"Gaston est aussi une star pour vos petits-enfants ?"

- "Ah oui ! Ils sont très contents d’avoir un “papou” qui fait de la bande dessinée. Ils sont deux : un garçon de neuf ans et une petite fille de dix ans et demi. Le garçon est un grand amateur de “Gaston”. Il me raconte les gags et il connaît certains dialogues par coeur. Et il cherche de nouveaux gags de “Gaston” et il me les dit. Il m’a déjà inventé une cinquantaine de gags. Et ça se perfectionne petit à petit. Un jour, il en trouvera de très bons, j’en suis sûr ! Avec mes petits-enfants, j’ai été amené à leur lire mes propres albums pour les endormir. Et pas seulement les miens. Je leur ai lu du “Schtroumpf”, du Macherot... Je vis vraiment, encore aujourd’hui, dans un univers de bande dessinée."

Propos recueillis par Hugues DAYEZ

La première planche du Repaire de la murène

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source