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21 juin 2010

BD : Jean-Michel Charlier

par Gilles RATIER


Une illustration de Barbe Rouge dessiné par Victor Hubinon

Jean-Michel Charlier est sans doute le scénariste le plus prolifique de la bande dessinée francophone. Excellent conteur, il savait captiver ses lecteurs de la première à la dernière page de ses histoires. Les contraintes de l’époque exigeaient que le héros d’une bande dessinée soit doté d’une psychologie de boy scout, et la plupart des personnages principaux de Jean-Michel Charlier n’y échappaient pas. Par contre, il développait la psychologie des personnages secondaires, en proie au doute, tentés par la trahison, puis se ressaisissant. Comme il travaillait à plusieurs scénarios simultanément, pour des séries différentes, il arrivait à Jean-Michel Charlier d’imaginer des variations sur une même idée. Ainsi, par exemple, dans une aventure de Buck Danny, un avion est abattu par méprise par des pirates de l’air qui en visaient un autre chargé d’or. Dans une aventure de Tanguy et Laverdure, l’avion abattu par méprise a été confondu avec celui qui devait transporter un chef d’Etat africain. On retrouve également, dans les dialogues de Jean-Michel Charlier, des formules caractéristiques. Ainsi, le héros qui refait surface après une plongée, ou après s’être dissimulé sous l’eau, s’exclame invariablement : "Ouf ! J’ai cru que mes poumons allaient éclater !" Avant de se lancer dans une action téméraire, un personnage s’exclame : "C’est un vrai suicide !" Et après avoir réussi, il s’exclame : "C’est un vrai miracle !" Quant à l’humour de Jean-Michel Charlier, il est caractérisé par une grande consommation de tartes à la crème et autres gâteaux d’anniversaires volant dans la figure des personnages.

En décembre 1987, Gilles Ratier réalisait l’interview la plus complète de Jean-Michel Charlier. Cet entretien fut publié dans HOP ! quelques mois avant la disparition du scénariste, en juillet 1989.

Jean-Michel Charlier


Jeunesse et études

Jean-Michel Charlier :

- "Enfant, j’étais déjà très sensibilisé par les rares bandes dessinées qui passaient dans les quotidiens de l’époque. Il y avait surtout un personnage qui m’avait particulièrement intéressé : un petit bonhomme dont le nom en Belgique était Pitche. Je suppose que c’était une série américaine. Je m’amusais à dessiner pour mon propre compte des aventures de ce héros et l’un de mes oncles avait même envoyé une de ces bandes à La Libre Belgique, le journal qui publiait Pitche. Cela m’a valu de recevoir un grand personnage découpé, en carton, et d’avoir ma bande publiée dans ce quotidien, alors que je n’avais que six ou sept ans !"

Pitche d’Aleksas Stonkus

- "J’ai continué de dessiner à l’université, notamment dans des journaux estudiantins. Par la suite, alors que je poursuivais mes études, j’ai eu la possibilité de commencer à faire mes premières bandes dessinées dans Spirou. J’y illustrais un cours de pilotage et un cours de modélisme, sans avoir jamais mis, à cette époque-là, les pieds dans un avion. Je ne pensais pas du tout devenir pilote. Mon rêve était de devenir officier de marine. Malheureusement, c’était la guerre. J’ai donc dû opter pour une autre profession. Par haine des mathématiques, j’ai cherché la discipline universitaire où il y en avait le moins besoin, c’est-à-dire le droit. J’ai donc fait mes cinq années de droit, et, une fois mon diplôme de docteur en droit en poche, je me suis inscrit comme stagiaire dans le cabinet d’un très grand avocat de Liège. J’y ai séjourné très peu de temps, car je n’y étais pas à mon aise, et surtout car j’ai compris tout de suite que je ne ferais jamais carrière dans la profession juridique.

L’agence World Press

Jean-Michel Charlier trouve l’occasion, en 1944, de se faire embaucher par Georges Troisfontaines, le patron d’une agence fournissant des dessins, des bandes dessinées, des rubriques et même de la publicité au groupe Dupuis qui édite en particulier l’hebdomadaire Spirou et des albums de BD. Cela met le pied à l’étrier à Jean-Michel Charlier, mais comme dessinateur seulement. En 1946, les aviateurs américains sont au sommet d’une gloire sans nuage. Georges Troisfontaines persuade Victor Hubinon, alors dessinateur inconnu, de réaliser une bande dessinée ayant pour héros des as de l’aviation yankee. Admirable vendeur de tout et n’importe quoi, Georges Troisfontaines était en revanche nettement moins doué pour le scénario. Après avoir expédié un an de guerre du Pacifique en treize pages bourrées d’invraisemblances, Georges Troisfontaines se décide à appeler à la rescousse Jean-Michel Charlier, qui avait déjà collaboré avec Victor Hubinon pour réaliser un court récit, L’agonie du Bismarck, publié, en 1945, dans Spirou. Jean-Michel Charlier, qui dessine également les avions, parvient à donner à cette série un peu d’envergure. Il tient à ce que celle-ci colle le plus possible à la réalité. Pour se faire, il glane ses informations dans les journaux des militaires américains stationnés à Liège, ainsi que dans les premiers livres des correspondants de guerre. Mais les photos et autres documents techniques se faisant rares, de nombreuses imperfections subsisteront dans un premier temps. Par la suite, la précision technique de la série leur créera quelques soucis avec la Sécurité Militaire qui voyait d’un mauvais œil la publication à grande échelle des dernières innovations militaires. Les plus fidèles lecteurs de la série, les pilotes de chasse, alimenteront la série d’anecdotes tout au cours de sa publication. Si les deux premiers volumes ne dépassent pas leur vocation première de fresque historique de la bataille de la mer de Corail et de la bataille de Midway, le troisième prend la guerre comme toile de fond aux aventures de l’aviateur de papier. C’est d’ailleurs à cette occasion que Buck Danny s’entoure de Jerry Tumbler et de Sonny Tuckson, ses deux équipiers qui le suivront désormais dans toutes ses aventures.

La première planche des aventures de Buck Danny. Georges Troisfontaines a écrit le scénario des treize premières planches, après quoi il s’est retrouvé à sec d’idées et a confié la suite de l’histoire à Jean-Michel Charlier

- "Troisfontaines avait réussi à obtenir des éditions Dupuis une place absolument prépondérante dans la fourniture de bandes dessinées à Spirou. Tout naturellement, il m’a demandé d’assumer, au sein de la World Press, l’agence qu’il avait créée, les fonctions de directeur artistique, de directeur éditorial, tout ce qu’on voulait. C’est là que j’ai eu la chance de pouvoir rencontrer énormément de dessinateurs de l’époque, et entre autre, d’embaucher René Goscinny et Albert Uderzo. C’était une expérience évidemment très enrichissante qui m’a permis de connaître à peu près tous les gens qui comptaient dans la bande dessinée de ce temps là !"

Jean-Michel Charlier, Eddy Paape et Georges Troisfontaines, en 1955

Tâcheron du scénario ?

- "En ce qui me concerne, j’ai un grand problème : je suis un véritable tâcheron du scénario. Je peux difficilement écrire plus de dix pages d’un seul jet. Passé ce stade, je n’ai plus la moindre idée. Il faut que je passe à une autre série, jusqu’à ce que je sois de nouveau à sec, et c’est petit à petit que me reviennent de nouvelles idées pour la première histoire que j’ai abandonnée. Je recommence alors pour dix pages et je vais comme cela jusqu’à la fin. Quelle que soit la série, j’ai toujours utilisé les ficelles du métier. Un de mes amis disait même que ce n’était plus des ficelles, mais des câbles ! Et c’est absolument vrai. C’est ainsi que cela marche. Je ne vois pas pourquoi je le nierais. Je crois que ce qui est important, c’est la façon dont je les réutilise. La sauce fait généralement passer le plat de résistance, même si on a l’impression d’en manger tous les jours. Pour écrire un scénario, je pars toujours d’un fait réel. Cela m’oblige à constituer une considérable documentation que je dépouille. C’est aussi bien des articles de journaux que des bouquins, ou que des photos. En fait, tout est là. L’essentiel est de trouver le point de départ à partir duquel je vais pouvoir concevoir un certain nombre de rebondissements et péripéties. Pour le reste, c’est un travail classique, en ce sens qu’un scénario de bande dessinée s’écrit à peu près comme un scénario de cinéma. Si vous ne faites que de la création, et si vous avez évidemment suffisamment de points de départ ou d’imagination pour pouvoir tenir le choc, c’est seulement un problème de temps qui vous empêchera de mener de front dix ou douze bandes dessinées. Personnellement, il y en a au moins cinq ou six que je voudrais créer ou reprendre. Mais je n’en aurais jamais le temps, ce qui fait que régulièrement, je refile un sujet à un copain. Si je ne faisais pas autre chose aujourd’hui, je voudrais reprendre Marc Dacier, Jacques Le Gall, Guy Lebleu et Los Gringos, et créer de nouvelles séries d’aventures : Moyen-âge, sport, espionnage, science-fiction... Je me délasse beaucoup en créant et j’ai vraiment beaucoup de plaisir à raconter des histoires. Mon premier client, quand je raconte une histoire, c’est moi. Il faut que cela m’amuse d’abord. Sinon, si cela me m’amuse pas, j’abandonne. Il y a peut-être un art du scénario qui est l’art du découpage, mais c’est un don tout à fait inné, que l’on a ou pas. Il y aussi un art de ménager des rebondissements, de raconter une histoire. Pour être un bon scénariste, il faut être un bon conteur, et je crois que ce n’est pas facile. C’est peut-être la raison pour laquelle il y a assez peu de scénaristes. C’est une profession qui ne suscite guère d’enthousiasme. Je reçois pourtant, de façon continue, des projets que m’envoient de jeunes auteurs. Beaucoup ont un incontestable talent, avec des maladresses, ce qui est tout à fait normal. Je crois qu’aucun éditeur, aujourd’hui, n’accepterait les premiers scénarios de Buck Danny, voire même de Blueberry. J’ai eu la chance de pouvoir faire mes classes à une époque où on avait encore le temps de les faire. "

Une scène de Jacques Le Gall illustrée par Mitacq

Conteur d’histoires

- "Je me définis simplement comme un conteur. Il y a les conteurs arabes, les conteurs à la veillée, ceux qui faisaient le tour des fermes et que l’on payait pour raconter des histoires que les gens écoutaient religieusement. C’est exactement comme cela que je me considère. Je pense être aussi dans la continuité des grands feuilletonistes du temps passé : Eugène Sue, Paul Féval, Ponson du Terrail, Alexandre Dumas, Michel Zévaco, Emile Gaboriau... En fait, la bande dessinée est directement la suite de ces feuilletons qui drainaient alors énormément de lecteurs. La seule différence réside dans le fait que les gens n’ayant plus le temps de lire, on a transposé cela en images. Pour moi, la BD, ce n’est que ça. Tous ceux qui ont voulu en faire autre chose, en faisant passer à travers des messages, ont toujours fait fausse route. Je ne dis pas qu’on ne puisse pas le faire à l’occasion, mais à mon avis, mettre Karl Marx ou l’histoire de la philosophie en bande dessinée, c’est une énorme foutaise."

Le début de L’agonie du Bismark, première collaboration entre Jean-Michel Charlier et Victor Hubinon

La création de Buck Danny

- "Buck Danny a été créé d’une façon assez spéciale. J’avais envie de faire une série beaucoup plus longue que L’agonie du Bismark, et de fiction. J’avais trouvé, dans les poubelles de l’armée américaine, à Liège, une partie des aventures des « Tigres Volants ». C’est de là qu’est née l’idée de Buck Danny. En fait, la série a été commencée, pour les treize premières planches, par Georges Troisfontaines. Au bout de ces treize planches, il a décroché et m’a demandé de reprendre cette série, que, de toutes façons, j’avais conçue !"

Le début de la seconde aventure de Buck Danny. A l’époque, Jean-Michel Charlier dessinait les navires et les avions, tandis que Victor Hubinon dessinait les personnages

Pilote d’avion

- "Au départ, je n’avais aucune envie particulière de piloter un avion. Mais je me suis rendu compte très vite que l’on ne pouvait pas raconter une histoire d’aviation si l’on ne pilotait pas soi-même. De là l’envie, pour Hubinon et pour moi, de passer nos deux premiers brevets de pilote : c’est-à-dire les brevets de tourisme. Une fois ces brevets passés, nous nous sommes aperçus que nous étions vraiment pris par la passion du pilotage. Malheureusement, nous n’avions plus d’argent pour assouvir cette passion et notre seule façon de pouvoir y arriver était de passer le brevet de pilote professionnel. Là, on nous payait pour voler et en plus nous pouvions voler à peu près comme nous voulions. Mais au départ, ce n’est pas la vocation de pilote qui a primé sur celle d’auteur de bande dessinée. C’est le contraire. C’est la bande dessinée qui m’a amené à l’aviation. Beaucoup plus tard, en 1950, j’ai été embauché par la Sabena, à l’époque de la guerre de Corée. À cette époque-là, tout le monde estimait que la guerre de Corée n’était jamais que le début de la Troisième Guerre mondiale. Toutes les armées de l’air gardaient leurs pilotes. Or, traditionnellement, c’était parmi les pilotes de l’armée de l’air que les compagnies aériennes opéraient leurs recrutements. La Sabena n’arrivait plus à engager un pilote belge au sein des forces aériennes belges. Elle en était réduite à embaucher des sud-africains, des néo-zélandais, etc... Puis elle s’est aperçue qu’il existait, en Belgique, quelques pilotes professionnels qui n’étaient jamais passés par l’armée. C’est là que l’on m’a proposé d’entrer au service de la Sabena où je suis resté à peu près un an. On l’avait proposé aussi à Hubinon, mais lui a décliné l’offre."

Scénariste, un nouveau métier

- "Mon travail de scénariste a pris le pas sur mon travail de dessinateur grâce à Jijé : Joseph Gillain. Alors que je continuais pieusement de dessiner les avions et les bateaux de Buck Danny, les bateaux de Surcouf, les décors, etc, il m’a dit : « tu sais, toi, tu ne feras jamais qu’un dessinateur médiocre. Par contre, ton truc, c’est d’écrire » ! Je me souviens avoir été traumatisé, à l’époque, car financièrement, pour moi, ce n’était plus du tout la même chose ! Je me trouvais réduit à la portion congrue, puisque je ne touchais plus qu’un tiers du prix des planches. D’autre part, j’avais été très vexé, évidemment, de voir mes talents de dessinateur méconnus. Cela dit, je me suis très vite rendu compte que Jijé avait parfaitement raison. Finalement, je lui ai toujours été reconnaissant d’avoir eu l’honnêteté de me dire cela et de m’orienter vers la voie du scénario."

Joseph Gillain

Jean-Michel Charlier et la censure

- "S’il y a peu d’héroïnes, dans mes bandes dessinées, je crois que cela subsiste de la période d’avant 1968. À cette époque-là, la BD était littéralement censurée. Elle était censurée a posteriori et de façon tout à fait arbitraire par une commission dite de surveillance de la presse des jeunes. Cela voulait bien dire ce que cela voulait dire. Cette commission avait la possibilité d’interdire un journal purement et simplement, si quelque chose la gênait dans son contenu. Elle avait rédigé une espèce de code qui définissait, mais vraiment dans les moindres détails, tout ce qu’on pouvait faire ou ne pas faire. Le héros ne pouvait jamais triompher par sa seule force physique. Il fallait qu’il utilise aussi son intelligence. Un méchant ne pouvait jamais mourir sans s’être repenti. Il n’était évidemment pas question de se moquer des autorités constituées. L’opulence de la poitrine des dames et la profondeur de leur décolleté était mesuré au centimètre près. Pour vous donner une idée du point jusqu’où les choses allaient, c’est qu’il était absolument interdit de montrer un personnage tué ou blessé par une arme blanche ou même par un revolver. Cela n’était toléré que dans le western, parce qu’on estimait que c’était un genre folklorique. Mais encore fallait-il que la case dans laquelle le personnage tirait, et la case dans laquelle son adversaire tombait soient deux cases très différentes. La commission expliquait très sérieusement que la séparation entre les deux cases empêchait le lecteur de faire une liaison directe entre ces deux actions. Imaginez ce que cela pouvait donner au niveau des héroïnes ! Les seules que l’on pouvait mettre en scène étaient des bonnes sœurs ou les mères de famille, ou encore des filles complètement asexuées et sans aucun intérêt. Tout le reste était interdit. C’est la raison pour laquelle Hergé, qui était cependant un joyeux drille, je peux vous l’assurer, n’a jamais dessiné comme personnage féminin que des caricatures. Il m’en est resté quelque chose, et par la force des choses, j’ai continué comme ça. Il y a aussi une autre raison. Il est très difficile de faire vivre parallèlement à un héros masculin, une héroïne. Très vite, vous ne savez plus comment la faire participer aux événements que vit le héros. Je vais vous citer comme exemple les treize premiers épisodes des Chevaliers du Ciel à la télévision. J’avais fiancé Tanguy à une fille qui était la secrétaire de son colonel sur la base. J’ai mis cette malheureuse fille dans toutes les situations où elle pouvait intervenir de façon plausible. Au bout des treize émissions, je ne pouvais absolument plus trouver une seule nouvelle possibilité. Comme ils étaient fiancés, cela ne pouvait durer éternellement. Il aurait fallu que je les fasse se marier. Imaginez le héros rentrant tous les soirs chez bobonne pour manger la soupe. Ça fout tout en l’air ! Moralité, j’ai dû tuer cette héroïne entre la première et la seconde série. J’ai fait expliquer par Tanguy qu’elle était morte dans un accident de voiture. Voilà pourquoi une héroïne est très difficile à traîner dans une bande dessinée. Mais enfin, si l’on y regarde de plus près, en ce qui me concerne, je crois que j’ai mis en scène plus d’héroïnes que l’on pourrait le croire : Chihuahua Pearl, Clairette, Rosine, Lady X..."

Une scène de Clairette illustrée par Albert Uderzo

Une impressionnante production

- "Il y a quelques années, j’ai tenté de comptabiliser ma production, et je me suis aperçu avec un peu d’effroi que j’avais commis, à cette époque-là, plus de cinq cents épisodes de mes différentes histoires et de mes différents héros. À l’heure actuelle, cela doit avoir grimpé assez considérablement, d’autant plus que j’ai une très mauvaise mémoire. Je serais incapable de vous citer la liste de tous les albums de Buck Danny dans l’ordre. La preuve, je ne me rappelle pas toujours ce que j’ai déjà produit. Même à l’intérieur de certaines de mes histoires, il m’arrive d’oublier complètement ce qui s’est passé dans les précédents épisodes. Cela me joue quelquefois des tours, car je crois être visité par un éclair de génie en ayant trouvé un bon rebondissement ou une excellente histoire à écrire, et je m’aperçois quelque temps après que je les ai déjà utilisés. C’est très ennuyeux, car je suis obligé à ce moment-là de détruire tout ce que j’ai écrit et de recommencer tout autre chose. Bien sûr je pourrais, de temps en temps, relire mes histoires, mais j’ai les plus grandes difficultés à lire la bande dessinée. J’en lis quand même quelques-unes, même si c’est loin d’être une forme littéraire que j’apprécie personnellement. Je lis et aime beaucoup les BD de Bourgeon et Bilal. Ma difficulté à lire la BD vient de ce que je me lasse très vite des découpages. Mes propres bandes me sont insupportables à relire, d’où les innombrables erreurs que j’ai pu faire d’un épisode à l’autre. Par contre, j’adore la lecture classique. Je suis un consommateur important de bouquins, notamment de bouquins d’histoire. J’adore le cinéma, le théâtre, les voyages même en dehors de mon travail. Et ma fois, comme tout le monde peut le voir, j’aime assez la bonne chère et les bons vins. Mais ma principale détente, c’est le travail. Cela peut paraître paradoxal, mais quand je tourne des émissions de télévision, à l’étranger notamment, je me trouve dans des paysages très divers et c’est un véritable plaisir."

Autoportrait de Victor Hubinon

Goscinny, Charlier et Uderzo se rebiffent

- "Dans les années 1950, il n’existait aucune protection pour les auteurs. Les éditeurs étaient vraiment les rois. Ils possédaient un véritable pouvoir de droit divin. Un éditeur pouvait mettre un dessinateur à la porte, simplement parce qu’il était malade, sans avoir à rendre de comptes à personne. Il pouvait faire dessiner sa série par quelqu’un d’autre, sans lui payer la moindre redevance. L’éditeur était vraiment le maître absolu. Cela nous a amené, à un moment donné, René Goscinny, Albert Uderzo et moi, à essayer de monter une sorte de syndicat des dessinateurs de bande dessinée pour obtenir, au moins, que cette profession soit régularisée et que les gens qui l’exercent aient, quand même, quelques garanties. Malheureusement, nous avions convoqué une assemblée de dessinateurs à Bruxelles. Nous avions tous ensemble signé une espèce de charte. Le soir même, deux dessinateurs signataires de cette charte nous dénonçaient à nos éditeurs respectifs comme de dangereux meneurs. Cela nous a valu, le lendemain, d’être jetés à la porte de toutes nos maisons d’édition, comme des malpropres. Nous sommes restés inscrits pendant près de deux ans sur la liste noire des éditeurs et nous ne trouvions absolument plus de travail. Pourtant, les revendications que nous présentions à cette époque étaient vraiment très modestes, par rapport à ce que nous avons obtenu aujourd’hui. Aujourd’hui, on a reconnu aux dessinateurs de BD le statut de dessinateurs de presse, et c’est tant mieux. Ils jouissent d’un tas d’avantages. Même les pigistes sont protégés. Dans les années 1950, ce n’était même pas envisageable."

Albert Uderzo, Jean-Michel Charlier et René Goscinny, en 1959

Les années de galère

- "Nous nous retrouvions donc, tous les trois, sur le pavé. Nous avons alors décidé de rester ensemble et d’unir nos misères. Et je dis bien nos misères. Ne pouvant plus travailler d’aucune façon dans la bande dessinée, il nous a fallu exercer pratiquement tous les métiers. Moi, j’ai fait du démarchage, du porte-à-porte, j’ai tiré la raclette pour des gens qui faisaient de la sérigraphie. À un moment donné, j’ai eu la chance de décrocher le poste de chargé des relations publiques de la chambre syndicale de la margarinerie française. J’organisais la visite de rois africains à Paris. Cela ne correspondait absolument pas à notre vocation, et cela ne payait pas tellement. Je me souviens que je venais à Paris avec juste de quoi me payer un ticket de métro aller et retour, sans savoir comment je mangerais à midi. C’était vraiment une période très noire pour tous les trois. Mais nous sommes restés ensemble. Cela a été notre grande chance. Nous avions fondé une agence à tout faire qui s’appelait Edifrance et dans le cadre de cette agence, nous avons fait tous ces métiers étranges que je vous évoquais précédemment. Dès cette lointaine époque, j’étais persuadé qu’un jour ou l’autre il faudrait trouver une solution de remplacement au support classique de la bande dessinée. Dans les années 1956, je crois, nous avions conçu un supplément destiné aux journaux quotidiens. Dans cette période où plus aucun éditeur ne nous employait, et sans doute un peu par revanche à leur égard, nous avions réuni, pour réaliser ce supplément BD, une équipe absolument extraordinaire. Cette équipe comptait à la fois Goscinny, Uderzo, Morris, Franquin, Peyo, Jijé, Will, Dimitri, Sempé et bien d’autres. Malheureusement, pour des raisons purement économiques et absolument ridicules, ce supplément n’a pas pu marcher. À l’époque, contrairement à ce qui se passe aujourd’hui, les kiosquiers, dans les points de vente de journaux, refusaient de faire gratuitement le geste qui consistait à prendre sur une pile le quotidien et à encarter le supplément. Ils nous demandaient vingt centimes pour accomplir ce geste, ce qui mettait complètement par terre tous nos savants calculs financiers. Dommage, car je pense que l’on aurait pu faire quelque chose d’extraordinaire dès ces années-là."

Le N° 0 de Pilote

La naissance de Pilote

- "Radio Luxembourg était la plus importante station de radio, à une époque où Europe 1 n’existait pas encore et où surtout la télévision n’avait encore connu aucun développement appréciable. Cette station a eu envie de créer un journal de jeunes qui soit un peu le complément de ses émissions pour la jeunesse qui passaient tous les jeudis après-midi. Ils ont cherché une équipe capable de réaliser ce journal, et ils nous ont trouvés. Nous étions disponibles. Ils nous ont proposé de créer Pilote, et c’est ce que nous avons fait. Pour ce qui est du titre, il a été trouvé par celui qui était le premier rédacteur en chef : François Clauteaux. Ce n’était ni un dessinateur, ni un homme de BD, puisqu’il était publicitaire. Après avoir tout d’abord pensé à un titre qui était Champion, il a finalement choisi Pilote. Le lancement du premier numéro a été quelque chose d’assez extraordinaire. Je ne crois pas que, depuis, semblable événement se soit reproduit au niveau des médias. Pendant toute la journée de la sortie de Pilote, Radio Luxembourg a fait référence à Pilote dans toutes ses émissions, y compris pendant les journaux parlés, et ceci de l’aurore à la nuit. C’était absolument extraordinaire. Il ne se passait pas dix minutes sans que les différents animateurs de la station parlent de Pilote. À midi, il y avait une véritable émeute rue Bayard, parce que nous avions prévu une opération promotion là-bas. Bref, le soir de la sortie de Pilote, nous avions vendu les 300000 exemplaires qui avaient été tirés du journal."

Le N° 1 de Pilote

Pilote, le journal d’une génération

- "Pilote est probablement le seul journal de bande dessinée qui ait été fait, tout au moins pendant toute une période, comme un grand journal. C’est-à-dire qu’il y avait, chaque semaine, une véritable conférence de rédaction à laquelle participaient tous les auteurs, tous les dessinateurs qui faisaient Pilote. Chacun était prié d’apporter des idées que l’on discutait ensemble, que l’on mettait au point ensemble. Et cela se prolongeait, pendant le dîner, par toutes sortes de gaudrioles et créait un extraordinaire esprit de camaraderie. Chacun avait vraiment le sentiment de participer à la vie du journal ! C’était vraiment une rédaction de journal, et je ne crois pas qu’il y ait un seul journal au monde qui puisse se faire autrement. Malheureusement, ce qui est advenu, comme dans tous les autres journaux de bande dessinée, c’est qu’il n’y avait plus qu’un simple rédacteur en chef, simple fonctionnaire, qui recevait les planches qu’apportaient les dessinateurs. D’ailleurs, dans le jargon d’un dessinateur, on « rendait » ses planches, on « touchait » le chèque correspondant, on s’en allait et on n’avait plus aucun contact avec le journal. Je crois que c’est de là qu’est né le drame de la presse des jeunes tel qu’on le vit actuellement. C’était totalement différent de Pilote où l’on passait toute une après-midi ensemble."

Le N° 34 de Pilote

1968 : la révolte

- "Pilote a connu beaucoup d’avatars, au cours de sa carrière. Pour moi, la grande charnière fut 1968. Nous avons été contestés par certains des dessinateurs du journal, parmi les plus jeunes. Goscinny, notamment, a été traîné dans la boue par ces gens-là. Il en a gardé beaucoup d’amertume et avait commencé à les mettre à la porte. Je suis intervenu pour qu’il les reprenne. Ce qu’il a fait. Mais à partir de ce moment-là, il décida de marquer ses distances vis-à-vis de tous les dessinateurs. Il m’avait même nettement dit qu’il entendait bien que j’en fasse autant, pour ne pas trahir notre vieille amitié. Et par vieille amitié pour lui, je me suis rangé à ses côtés. C’est alors que nous avons engagé un rédacteur en chef technique qui s’appelait Gérard Pradal. C’était un garçon charmant, mais qui avait un caractère d’adjudant, encore qu’il ait fait son service dans la marine. La situation à Pilote a commencé à se dégrader à partir de ce moment-là. L’ambiance ayant totalement changé, on a vu une série de dessinateurs se détacher petit à petit du journal."

Le N° 440 de Pilote

Divergence d’idées avec Goscinny

- "Il y a eu, à mon avis, un autre tournant malheureux dans l’histoire de Pilote. Goscinny, qui avait beaucoup travaillé aux États-Unis avec l’équipe de Mad, rêvait de faire de Pilote le Mad français. Personnellement, je n’étais pas du tout d’accord, car cela impliquait de vieillir le journal et d’en sortir toutes les séries d’aventures : Tanguy et Laverdure, Blueberry, Barbe-Rouge, Guy Lebleu notamment. Goscinny voulait remplacer tout ce qui constituait la matière même du journal par des bandes de gags. Mon avis n’a pas prévalu et c’est là que j’ai quitté la rédaction en chef de Pilote. Je pensais effectivement que l’option prise était une erreur. J’avais alors proposé que l’on crée un second journal qui soit, pour les plus âgés, la suite normale de Pilote. Les lecteurs seraient alors passés de Pilote à ce journal pour pré-adultes. Malheureusement, Dargaud n’avait pas les moyens financiers de lancer un nouveau journal, et on a donc préféré changer complètement Pilote. Cela fut le début de la dégringolade, puisque très vite, Pilote a dû devenir mensuel. Puis la formule a continué de se dégrader, jusqu’à aujourd’hui où Pilote n’est plus rien."

Pilote mensuel en 1974

De l’avenir de la presse BD

- "Je reste persuadé qu’une énorme fraction de lecteurs potentiels existe toujours pour des journaux de bande dessinée. La plupart des journaux qui ont été créés depuis l’époque de Pilote, et surtout depuis 1968, se sont tous orientés vers une presse beaucoup plus adulte, avec des formules beaucoup plus violentes, beaucoup plus érotiques. Ils ont tous tapé sur le même créneau de lecteurs qui représente à tout casser 250000 à 300000 personnes. En fait, ils n’ont fait que se partager ce potentiel relativement réduit. Tous les éditeurs ont complètement négligé l’énorme potentiel que représentait le lecteur plus jeune. Je crois qu’il est parfaitement possible de refaire de grands journaux de bande dessinée, mais plus du tout dans les formules anciennes, parce qu’elles coûtent beaucoup trop cher à l’époque actuelle. Ce n’est plus jouable. Il faudrait un budget de l’ordre de 10 ou 20 millions pour avoir une chance de remettre sur pied un grand journal de BD. Mais ce n’est même pas là l’essentiel. L’essentiel est de trouver une formule aussi moderne et aussi nouvelle que pouvait être celle de Pilote à l’époque où nous l’avons lancé, tout en tenant compte évidemment de ce que notre époque a pu apporter comme changements. La télévision est devenue un phénomène essentiel dans la vie des jeunes. Il faudrait donc intégrer toute une série de choses dans un nouveau journal. Cela ne me paraît pas utopique qu’une radio ou qu’une chaîne de télévision puisse lancer un tel journal. Il est étonnant d’ailleurs qu’aucun de ces médias n’y ait pensé. J’estime que cela vient peut-être du fait que les émissions dites pour la jeunesse réalisées à l’heure actuelle par les différents médias, s’adressent en général à des téléspectateurs beaucoup plus jeunes. D’autre part, il faut bien dire qu’elles sont dans l’ensemble assez médiocres. La presse BD classique est morte et on ne la ressuscitera pas, même avec beaucoup d’argent. Il faut donc trouver de nouveaux moyens plus adaptés à notre époque. Pour moi, une des solutions consiste en des journaux sponsorisés, c’est-à-dire des journaux dont tous les frais seraient couverts par la participation des sponsors. Ils patronneraient les histoires ou prendraient une participation dans les frais de fabrication du journal. Ensuite il y a deux possibilités : ou bien ce journal, entièrement payé, est proposé gratuitement aux éditeurs de quotidiens qui en font un supplément du mercredi, ou bien ce journal a une vie entièrement autonome. Il doit être alors distribué d’une part par les sponsors, et d’autre part par des chaînes de supermarchés et de grandes surfaces."

Une planche de Barbe Rouge illustrée par Victor Hubinon

Buck Danny et Michel Tanguy

- "Les aventures de Tanguy et celles de Buck Danny sont tout à fait différentes. Les pilotes français, surtout à cette époque, n’évoluaient pas du tout à la même échelle que les pilotes américains. Les pilotes français restaient plus ou moins concentrés sur l’Europe et sur la France. Buck Danny, lui, opérait essentiellement sur des théâtres extérieurs : mers du Sud, Pacifique et États-Unis, bien sûr. Cela fait deux types d’aventures totalement différentes. On m’a souvent fait le reproche de montrer des militaires totalement carrés et rigides dans leur conception des choses, mais c’est parce que c’est la réalité. Il n’est absolument pas concevable, dans aucune armée de l’air du monde, qu’un pilote puisse être autre chose qu’une machine qui est faite pour tuer. Un pilote qui hésite dix ou même trois secondes avant de tirer est un pilote mort, parce que le type en face de lui tirera. Et cela est vrai pour les aviations de tous les pays. On peut le déplorer ou s’en féliciter, mais c’est un fait absolument évident. Tous les pilotes de chasse, à l’heure actuelle, sont conditionnés de la même façon. Il ne faut pas oublier qu’en plus, ils ont entre les mains des machines qui coûtent des milliards, et qu’il n’est pas question de perdre la machine parce qu’on a eu une seconde d’hésitation. En ce qui me concerne, je n’aurais pas été vrai si je n’avais pas montré les pilotes tels qu’ils sont. Je suis monté une seule fois à bord d’un Mirage. C’était à l’époque où se tournaient les premiers Chevaliers du Ciel à Dijon. Pour pouvoir voler dans un Mirage, il faut d’abord subir une visite médicale très poussée, ainsi qu’un véritable entraînement en cas d’éjection qui peut se faire dans tous les sens possibles. Le pilote vous dit une seule fois : « éjectez-vous ! » et si vous ne le faites pas aussitôt, il ne s’en préoccupe plus. Ce n’est pas aussi évident que cela puisse paraître, car il y a des tas de consignes à respecter : se mettre les pieds dans les étriers pour éviter d’être écartelé, etc... C’est extrêmement important d’être exact, dans le moindre détail, en ce qui concerne les avions dont on parle. Même s’il n’est pas totalement connaisseur, le lecteur ne se trompe pas. Il faut se référer à des tas de photos, à des souvenirs de pilotes, à des plans techniques. Je me suis aussi beaucoup documenté sur des bases aériennes aux USA et en France."

Une scène de Tanguy et Laverdure illustrée par Albert Uderzo

Blueberry

- "En 1960, j’ai fait un reportage à la base aérienne d’Edwards, dans le Nevada, où sont testés tous les appareils, tous les prototypes de l’aviation américaine. J’ai eu envie, parce que c’était vraiment la porte à côté, de faire un tour dans l’Ouest. J’ai été littéralement ébloui ! Moi qui n’avais jamais envisagé de ma vie de faire une BD western, j’en suis revenu avec l’irrépressible envie, précisément, d’en écrire un. Il se trouvait que plusieurs années auparavant, Jean Giraud était venu me trouver en me demandant si je ne voulais pas lui écrire un scénario de western. Je lui avais répondu que ce n’était vraiment pas mon truc et que je n’avais pas envie de me lancer là-dedans. Revenant de ce voyage, je cherchais un dessinateur. Ce fut lui, et nous avons commencé Blueberry. C’est vrai, la véritable série que j’ai faite un peu en réaction contre mes autres séries militaires, c’est Blueberry. Il n’y pas une seule histoire de Blueberry qui ne soit pas directement inspirée de faits réels. Il y a toujours un point de départ strictement historique dans toutes mes histoires. Dans Blueberry, de nombreux personnages secondaires ont réellement existés. Ils traversent cette série avec leur vrai nom et dans le rôle qu’ils ont effectivement joués dans la vie. Blueberry est une série un peu spéciale, puisque contrairement à mes autres histoires, c’est une série que j’ai conçue dans son ensemble, sur une durée de plusieurs dizaines d’albums. Dès le début, d’une façon peu détaillée évidemment, mais avec beaucoup de précisions, je savais très exactement ce qui allait se dérouler, d’album en album, dans le récit de la vie de Blueberry. C’est tout à fait particulier par rapport à mes autres séries, mais pour le reste, c’est une série comme les autres. J’ai évidemment beaucoup de plaisir à l’écrire, mais elle ne me pose ni plus ni moins de problèmes que les autres."

Une scène de Blueberry illustrée par Jean Giraud

Los Gringos

- "La révolution mexicaine est le western le plus fabuleux de tous les temps. Il y a des choses qui se sont passées qui sont délirantes. Aucun scénariste n’oserait inventer ces péripéties. C’est ce qui m’a donné l’idée de faire Los Gringos. Malheureusement le dessinateur est tombé malade. Par la suite, le manque de support de publication et le fait que je sois toujours très occupé ont remis à plus tard le troisième épisode. Mais je compte reprendre ces personnages qui n’ont pas été exploités à leur juste valeur."

Une scène de Los Gringos illustrée par Victor de La Fuente

Rapports avec ses dessinateurs

- "Les dessinateurs avec lesquels je travaille interviennent très peu dans la conception des scénarios. Bien entendu, je leur soumets ces histoires, mais il est très rare qu’ils me demandent le moindre changement. Ce qui s’est produit un certain nombre de fois, c’est que Jean Giraud par exemple, me demande de prolonger un rôle, parce que le personnage lui plaît, alors que je l’avais conçu uniquement comme un rôle secondaire n’intervenant que très peu de temps. Le cas le plus caractéristique est celui de Mac Clure qui ne devait apparaître que pendant quatre ou cinq planches maximum. Giraud lui trouvait un physique tout à fait particulier et m’a fait part de son ennui de ne plus le voir revenir. Du coup Mac Clure est présent dans tous les épisodes de Blueberry. Il m’arrive d’intervenir dans le travail des dessinateurs, surtout pour bien leur expliquer ce que je désire qu’ils montrent dans telle ou telle case. J’accompagne ma description, qui est elle-même très détaillée, d’un croquis que je fais moi-même. Ce n’est pas du tout pour empiéter sur leur rôle de metteur en scène, car il faut leur laisser toute possibilité d’interpréter les choses comme ils les sentent. C’est simplement pour leur indiquer ce qu’ils ne doivent pas omettre de faire figurer dans le dessin. Mais ça ne lie pas les dessinateurs qui conçoivent ensuite leurs dessins comme ils le veulent. C’est généralement meilleur que ce que je peux moi-même avoir imaginé. Avec des dessinateurs plus jeunes qui commençaient à dessiner une série derrière un prédécesseur, il m’est arrivé d’intervenir et de leur demander de recommencer certains dessins. Il m’est arrivé, même vis à vis de Jean Giraud, de lui demander de recommencer une couverture que je n’estimais pas bonne. Mais cela s’est toujours passé très amicalement. Bien sûr, je leur reconnais évidemment le droit de critiquer mes scénarios et de me demander des changements s’ils les estiment nécessaires."

Jean Giraud

Éditeur ou créateur ?

- "Je n’ai jamais envisagé la possibilité d’être éditeur. L’expérience m’a appris que l’on est un gestionnaire ou un créateur mais que l’on n’est pas les deux. Car si vous créez, vous gérez mal, et si vous gérez, vous n’avez plus le temps de créer. J’ai fait cette expérience chez Dargaud et, après des années de ce petit jeu là, je me suis aperçu qu’en fait je passais mon temps à m’occuper des problèmes de papiers, d’auteurs, de prix des planches. Finalement, les seuls jours où je pouvais travailler à mes propres séries, c’était le samedi et le dimanche, ce qui est absolument aberrant. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai toujours refusé, depuis, les postes de rédacteur en chef ou de directeur de publication que l’on m’a offerts."

Jean-Michel Charlier

Grand reporter

- "Il est assez facile de devenir grand reporter à partir du travail que l’on fait dans les bandes dessinées. Dans une BD, on est obligé d’imaginer une intrigue extrêmement fouillée et des rebondissements qui obligent un scénario très détaillé. Comme j’utilise des points de départ qui ont toujours existés dans la réalité, je me suis dit qu’après tout, ils pourraient bien servir également à des grandes enquêtes de télévision. C’est ainsi que je suis passé d’une activité à l’autre. Je suis arrivé à la télévision relativement tôt, à cause des Chevaliers du Ciel que l’on voulait adapter en feuilleton. La malchance a voulu que le premier projet élaboré soit abandonné par suite de la faillite de la firme de coproduction qui devait produire la série. Je suis resté sept ans à essayer de persuader la télévision de faire un grand feuilleton basé sur des aventures aériennes. Tous estimaient que c’était absolument impossible, vu le coût de l’opération. J’ai heureusement fini par trouver un producteur qui accepta de se lancer dans l’aventure. Nous avons réalisé la première série des Chevaliers du Ciel, et par la suite, j’ai fait toute une série d’autres feuilletons et téléfilms : Les diamants du président, La mer est grande, Le fou du désert... Jean-Louis Guillaud, avec qui j’avais réalisé les 39 premiers épisodes des Chevaliers du Ciel, m’a contacté alors qu’il prenait la direction de la troisième chaîne qui venait de se créer. Il m’a demandé si j’avais une idée de grands reportages, qu’il pourrait accueillir sur sa chaîne. À ce moment-là, personne ne voulait travailler pour lui, du fait de l’audience réduite de cette troisième chaîne et du fait des salaires de très loin inférieurs à ceux payés sur les deux autres chaînes. J’ai accepté, parce que j’avais très envie de faire cette série que nous avons appelé Les dossiers noirs. Ces reportages se poursuivent encore aujourd’hui, puisque j’ai terminé, pour FR3, une série de six heures sur l’espionnage. J’en avais fait, jusque-là, plus de trente : l’assassinat de Kennedy, de Martin Luther King, la cession du Katanga, la révolution mexicaine... Cela s’est prolongé, par la suite, sur TF1, avec cinq heures sur la mafia aussi bien en Sicile qu’aux États-Unis, puis huit heures sur l’histoire secrète du pétrole. Ce sont rarement des tournages faciles. En ce qui concerne la mafia, par exemple, j’ai essayé de forcer les portes du quartier général du grand patron de la mafia de la Nouvelle-Orléans. Je me suis fait mettre dehors, bien entendu. Ce que j’ignorais, c’est que le FBI filmait également tous les gens qui entraient et sortaient de ce quartier général. Ils m’ont demandé des comptes par la suite, voulant savoir ce que j’avais été faire chez Carlos Marcello, ce chef de la mafia. Pour les émissions sur Kennedy, j’ai été menacé de mort un certain nombre de fois, dont une fois dans ma chambre d’hôtel par un type armé d’un revolver qui voulait me faire arrêter mes investigations, ses patrons ayant estimé que j’avais été trop loin. Il y a aussi cette histoire de l’assassin de Pancho Villa que j’avais retrouvé au Mexique. Je l’avais ramené sur les lieux de l’assassinat et je voulais qu’il me le raconte. Mais il était tellement saoul, que lorsque j’ai ouvert la porte de la voiture, il s’est écroulé ivre mort dans le caniveau.

Rencontrer l’assassin de Pancho Villa, l’assassin présumé de Martin Luther King, le pilote d’essai de l’avion espion U2 ou celui qui était l’un des lieutenants favoris d’Al Capone, en soi c’est quelque chose d’assez extraordinaire. Sur mon dernier tournage pour FR3, les difficultés essentielles sont venues évidemment de ce que les centrales d’espionnage ou de contre-espionnage ne voulaient pas révéler leurs méthodes, leurs exploits, leurs échecs. J’ai eu la chance de retrouver un certain nombre d’authentiques espions. Ils ont pu, par exemple, me faire des démonstrations extrêmement convaincantes des différents systèmes employés pour chiffrer leurs messages. Ils m’ont expliqué comment ils prenaient des photos microscopiques en utilisant le capuchon d’un stylo à bille. Toutes sortes de procédés vraiment étonnants. Grâce à eux, j’ai découvert que la France est un pays où l’espionnage sévit d’une façon absolument insoupçonnée de nos concitoyens. Je ne vous citerai qu’une anecdote : jusqu’à ces dernières années, à l’époque des vendanges, venaient à chaque saison des jeunes filles des pays de l’Est sous le couvert d’un accord culturel quelconque. Parmi ces jeunes filles figuraient un certain nombre d’agents appartenant au KGB ou à des services secrets des pays de l’Est. Elles avaient pour mission de se faire épouser par un paysan du coin et, cela faisant, elles acquérissaient automatiquement la nationalité française. Cela leur valait, évidemment, de ne pas être inquiétées, d’autant que pendant les deux ou trois années qui suivaient leur mariage, elles ne bougeaient absolument pas, ce qui décourageaient toutes les enquêtes à leur sujet. Après ce laps de temps, elles expliquaient à leur conjoint qu’elles venaient de faire un petit héritage qui allaient leur permettre de quitter leur condition plus ou moins misérable pour pouvoir ouvrir un bistrot ou une épicerie qui, comme par hasard, se situait toujours face à un arsenal, à une centrale nucléaire, à une caserne ou à d’autres organisations similaires. Elles épiaient les conversations de comptoirs et au besoin, faisaient parler leurs clients de façon à recueillir un certain nombre de renseignements qui pourraient, au départ, paraître très élémentaires et peu importants. Mais lorsque, par exemple, dans un débit de boisson, un ouvrier de l’arsenal de Brest se plaint d’avoir fait des heures supplémentaires parce que le départ de tel sous-marin nucléaire en croisière a été avancé ou retardé de quelques jours, c’est un détail qui suffit à prévenir les sous-marins soviétiques qui guettent en permanence à la sortie de la rade de Brest, mais qui ne peuvent pas y rester longtemps sans se faire détecter. Cela leur permet de prendre position au moment précis où le sous-marin va sortir. Ce petit trafic de fausses vendangeuses a été interrompu voici quelques années. Mais, encore aujourd’hui, tout viticulteur français qui engage quelqu’un des pays de l’Est est frappé d’une amende de 20000 francs, plus mille francs par jour. Étonnant, mais vrai. Je pourrais continuer encore longtemps, mais je crois que cela serait fastidieux."

De nouvelles inspirations

- "Ces anecdotes sont tout à fait dignes de servir pour des bandes dessinées. Pour Los Gringos, j’ai utilisé les éléments glanés lors du tournage des deux émissions sur la révolution mexicaine. Mon collectage sur Naujocks, l’homme à tout faire des services secrets allemands, a alimenté un épisode de Jacques Legall. Cette histoire du lac de Toplitz où a été jetée, à la fin de la guerre, toute la fausse monnaie de ces services secrets. Tous les exemples ne me reviennent pas à l’esprit. Par contre, il est assez difficile de tirer directement une BD d’un Dossier noir. Cela s’apparenterait davantage à une très longue Histoire de l’Oncle Paul. Je ne sais pas si le rythme et le dynamisme que l’on pourrait donner à ce type de bande dessinée pourrait accrocher le lecteur autant d’une BD de fiction. J’ai en effet tiré quelques bouquins de certaines de mes émissions. Mais pas seul. Je les ai écrits avec des coauteurs : Jacques de Launay, Michel Montarron, Pierre Demaret, Jean Marcilly. En général, j’ai personnellement trouvé le résultat toujours médiocre. Il est absolument impossible de faire partager à un co-auteur qui débarque à froid et brusquement dans un sujet, tout ce qui a précédé la conception et la réalisation de ce sujet. De ce fait essentiel, le co-auteur est toujours un peu en dehors du concept, ce qui ne donne vraiment pas de bons résultats. Après mon départ de Pilote, on m’a souvent proposé des postes à responsabilités. Si j’ai accepté, avec des réserves, pour la bande dessinée, j’ai toujours refusé pour la télévision. Si j’y avais accepté un poste directionnel, à partir de ce moment-là, j’aurais été obligé d’entrer dans le système : c’est-à-dire me politiser plus ou moins. Dans un tel cas, vous êtes pratiquement obligé d’appartenir à un camp contre un autre. C’est une situation horriblement inconfortable. Je ne m’autorise pas le droit de juger le travail de confrères ou de collègues réalisateurs. C’est ce qui m’a permis de tenir sous tous les régimes. Pour citer un exemple, j’ai commencé mes histoires du pétrole avec un patron nettement à droite, Jean-Louis Guillaud. J’ai continué avec Haris qui était socialiste, et j’ai fini avec Berger qui était communiste. Tout cela s’est déroulé sans aucun problème, parce que je n’ai jamais mêlé le travail à la politique."

Kim Devil illustré par Gérald Forton

Le danger de la surproduction

- "Je pense qu’il est absolument essentiel que la relève dans la bande dessinée soit assurée. Tous les auteurs vieillissants produisent de moins en moins. C’était le cas de Hergé, c’est maintenant le cas d’Uderzo, de Franquin, et même de Jean Giraud. Il y a parmi les jeunes auteurs de futurs Giraud, Jijé ou Hubinon. Le véritable drame, dans la conjoncture actuelle, c’est cette effroyable saturation créée par les éditeurs qui ont produit n’importe comment beaucoup trop de bandes dessinées. Ni les libraires, ni les lecteurs ne parviennent à les absorber. On assiste à un phénomène d’épuration en ce sens que les distributeurs en arrivent à refuser toute une série de BD parce qu’ils estiment qu’elles ne se vendent pas en nombre suffisant. Ce nombre se situe déjà aux alentours de 20000 exemplaires. Ce n’est pas facile, pour un jeune dessinateur, de s’imposer tout de suite avec un premier album à un tel niveau de vente. Cela risque, hélas, de tuer dans l’œuf le talent de beaucoup de jeunes qui, sans cela, seraient promis à un brillant avenir. On ne peut que le déplorer, car il est souhaitable que la bande dessinée ne se sclérose pas en tournant toujours entre les mêmes vieux auteurs."

Une biographie de Jean Mermoz illustrée par Victor Hubinon

L’ineptie des jeunes auteurs

- "De même que je dénonce très souvent l’ineptie de la plupart des éditeurs qui ont, pour beaucoup, créé la situation difficile dans laquelle nous nous trouvons, je dénonce de la même façon, et je pèse mes mots, l’ineptie de beaucoup de jeunes auteurs. Je vois défiler des quantités d’albums de bande dessinée, et je suis frappé de voir que la plupart des jeunes dessinateurs ne connaissent pas leur métier. Ils ne savent pas ce que c’est que l’anatomie. Ils sont incapables de jouer avec le noir et le blanc. Ils n’ont aucune idée de ce qu’est la perspective. Ils n’approfondissent pas leurs connaissances dans les techniques de reproduction. Moyennant quoi, ils se lancent dans la BD, se ramassent, et se demandent pourquoi. Je pense que c’est un métier dans lequel il faut faire preuve d’humilité. Jusqu’à la fin de leur vie, aussi bien Jijé qu’Hubinon faisaient, pendant une ou deux heures tous les jours, des croquis ; exactement comme un pianiste, même célèbre, continue de faire des gammes pour garder une certaine virtuosité. Je ne connais aucun jeune dessinateur qui en fasse autant. Ils ont pourtant la chance de débarquer dans un métier qui a été déblayé déjà d’un bon nombre de problèmes matériels. Mais le fait d’avoir trouvé des éditeurs qui consentent à leur tirer un premier album les a ancrés dans l’idée qu’ils sont arrivés à un niveau génial. Ce qui, dans 80 % à 85 % des cas, n’est absolument pas vrai !"

Une biographie de Robert Surcouf illustrée par Victor Hubinon

Les éternelles ornières de la bande dessinée

- "En ce qui concerne le scénario, c’est différent. Vous n’avez pas le problème d’avoir à faire face à des obligations qui découlent simplement du graphisme. Ce qui me frappe, chez les jeunes scénaristes d’aujourd’hui, c’est un manque total d’imagination dans le choix de leur sujet. Pourtant, si vous ouvrez un journal, en le feuilletant, vous allez trouver dix points de départ pour une histoire totalement nouvelle se déroulant dans des décors avec des situations totalement neuves. Je peux faire l’expérience quand vous voudrez. Malheureusement, probablement parce qu’ils pensent que c’est un moyen d’arriver plus facilement, les jeunes auteurs retombent dans les éternelles ornières de la bande dessinée. Ils font du polar avec l’habituelle histoire du détective privé qui ressemble un peu à Humphrey Bogart. Ils font de la science-fiction avec l’originale histoire d’un équipage qui voyage de planète en planète dominées par l’empire du mal. C’est la même chose pour les bandes d’aviation, pour le western. Même dans un domaine limité comme le sport automobile, on a jamais réussi qu’à faire du sous-Jean Graton, avec exactement les mêmes recettes. Ce n’est pas comme cela que l’on peut espérer percer."

La reprise de Buck Danny après la mort de Victor Hubinon

- "J’ai eu la chance extraordinaire, après beaucoup d’essais, de tomber sur Francis Bergèse. Il avait commencé à dessiner parce que Buck Danny lui en avait donné la vocation. En plus, il avait la chance d’être pilote professionnel, ce qui est à peu près indispensable dans ce genre de série."

Francis Bergèse

La reprise de La Jeunesse de Blueberry

- "Jean Giraud s’est beaucoup penché sur les premiers essais de Colin Wilson. Il a supervisé la plupart de ses dessins. Ce dessinateur est tout à fait capable d’assurer la série, mais il est un peu paralysé par la renommée de Blueberry et la personnalité de Jean Giraud. En définitive, le plus clair de mon travail avec lui a été de lui permettre de n’être pas toujours en train de se demander comment Giraud aurait dessiné telle case à sa place. La Jeunesse de Blueberry ne prendra pas la place de la série avec Jean Giraud, lequel n’est absolument pas fatigué de la dessiner, comme la rumeur le prétend. C’est même lui qui m’en redemande. Il est d’autant moins enclin à laisser tomber qu’il s’est plus ou moins identifié à Blueberry. Par exemple, les tempes du héros sont devenues blanches en même temps que celles du dessinateur. D’autre part, il y a le film qui se profile à l’horizon. Ce film sur Blueberry avec Martin Kove est passé par d’innombrables avatars, dont la mainmise totale des Américains sur la série. Finalement, les choses sont rentrées dans l’ordre, dans la mesure où l’on me paye pour en écrire l’adaptation. Je peux considérer que cela devient enfin sérieux."

Le retour des Chevaliers du Ciel à la télévision

- "Pour ces nouveaux Chevaliers du Ciel, j’ai repris des anciens épisodes légèrement remis au goût du jour, et j’en ai écrit de nouveaux en collaboration avec Bernard Chabbert. Par contre, ce n’est pas moi qui mets en scène. Il faut être honnête. Je sais réaliser des reportages, mais je ne sais pas diriger des acteurs. Je suis moi-même très mauvais acteur. Je suis juste capable de jouer les figurants, alors comment voulez-vous que je sois un bon metteur en scène pour des scénarios de fiction ?"

Christian Marin et Jacques Santi dans les rôles d’Ernest Laverdure et Michel Tanguy

Définition de la bande dessinée

- "La BD est un art du divertissement. Je veux bien que ce soit le 7ème, le 8ème, ou le 9ème. Je ne sais pas. Mais enfin, un dessin, aussi beau soit-il, ne sera jamais la décoration du plafond de la Chapelle Sixtine. Il faut quand même remettre les choses à leur juste niveau. La bande dessinée doit rester une littérature de distraction, et c’est parce que qu’elle ne l’est pas restée qu’elle connaît, en partie, la crise qu’elle vit à l’heure actuelle. En tout cas, je continuerai toujours à travailler dans cette voie, en plus cela me permet de m’amuser beaucoup en faisant mon travail, ce qui explique que je sois encore si actif. À chaque fois que j’ai une nouvelle idée, j’ai tout de suite envie de la concrétiser par une bande dessinée, par un grand reportage, ou par un film pour la télévision. Je crois que c’est une façon de rester jeune jusqu’à un certain point. Ce qui fait que, tout en modérant quand même mes activités, car je commence à me sentir un peu fatigué, je pense que je continuerai à produire, si le ciel le veut bien, évidemment, et tant que la machine tiendra bon. J’espère seulement, comme disent les Américains, mourir un jour debout dans mes bottes."

Propos recueillis par Gilles RATIER

Jean-Michel Charlier en compagnie de Hergé, en janvier 1977

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source