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mercredi 22 février 2017
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Reuters, 1er juillet 2010

Corruption : Silvio Berlusconi veut inscrire son immunité dans la Constitution

par Philip PULLELLA, Antonella CINELLI, Emilio PARODI, Pierre SERISIER et Gilles TREQUESSER


Vue de Rome

Toujours menacé de poursuites judiciaires, le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, tente à nouveau d’élargir le champ de son immunité en faisant adopter une loi constitutionnelle vivement dénoncée par l’opposition.

Italia


Poursuivi d’une part pour corruption et d’autre part pour fraude fiscale dans des procès qui ont été suspendus, Silvio Berlusconi accuse régulièrement les magistrats d’être des sympathisants de gauche et de vouloir le détruire pour des motifs politiques. Dans la première procédure, l’homme d’affaires est accusé de malversations comptables dans l’acquisition de droits télévisés par son groupe audiovisuel Mediaset. Dans la seconde, il est accusé de corruption de l’avocat britannique David Mills, auteur d’un faux témoignage, en 1997, pour protéger les intérêts du magnat italien. Silvio Berlusconi doit en outre faire face à une fronde des magistrats opposés à son budget d’austérité de 25 milliards d’euros qui prévoit des réductions de salaires des fonctionnaires. Les juges ont observé, jeudi 1er juillet 2010, une grève nationale qui a empêché le fonctionnement de très nombreux tribunaux en Italie.

Silvio Berlusconi

En octobre 2009, la Cour suprême avait déclaré inconstitutionnelle une loi protégeant le chef du gouvernement, au motif que ce texte contrevenait à l’égalité des citoyens devant le droit. Pour remédier à ce problème, le gouvernement a adopté, en avril 2010, un nouveau texte législatif, instaurant pour dix-huit mois un "empêchement légitime" de Silvio Berlusconi d’assister aux deux procès dont il fait l’objet depuis son entrée en fonction, en 2008. Le magnat des médias est tranquille jusqu’en septembre 2011, mais il souhaite désormais que cette protection soit étendue jusqu’à la fin de son mandat, en avril 2013. Cette disposition qui devra prendre la forme d’une loi constitutionnelle reviendrait à accorder au président du Conseil les mêmes privilèges immunitaires que ceux dont bénéficie le chef de l’Etat. Le texte portant réforme de la Constitution doit être présenté à la commission parlementaire de la justice, la semaine prochaine, a annoncé, mercredi 30 juin 2010 au soir, le président de cette commission. "Nous passons d’une activité criminelle mafieuse à une activité criminelle parlementaire", a estimé Antonio Di Pietro, ancien magistrat anti-corruption qui dirige le petit parti d’opposition, Italie des Valeurs. "C’est comme l’évolution des espèces. Faire des lois pour sauver sa peau", a jugé Antonio Di Pietro. "J’espère que c’est une blague", a commenté Andrea Orlando, député du Parti démocratique, principale formation de l’opposition. "Il s’agit d’une nouvelle tentative de détourner les institutions à des fins personnelles en bafouant la justice", a-t-il ajouté.

Philip PULLELLA, Antonella CINELLI, Emilio PARODI, Pierre SERISIER et Gilles TREQUESSER

Antonio Di Pietro

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