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lundi 26 juin 2017
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AFP, 12 août 2010

Afrique du Sud : Les médias sont inquiets pour la liberté de la presse


Vue de Pretoria

Les journalistes sud-africains dénoncent une volonté d’entraver la liberté de la presse de la part des autorités, tentées de créer un tribunal d’appel des médias et de voter une loi sur la protection de l’information.

Afrique du Sud


En 1994, l’Afrique du Sud a mis un point d’honneur, à la fin du régime ségrégationniste blanc, à garantir dans sa Constitution l’indépendance de ses journaux, et le pays figure aujourd’hui dans le haut du classement mondial sur la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières, soit 33e sur 175 pays. Dans ce contexte, les projets de loi sur l’information et de tribunal des médias ont provoqué un tollé au sein de la profession et même de la Cosatu, puissante confédération syndicale proche du gouvernement. « Les inquiétudes soulevées par le tribunal rappellent celles subies par les médias durant les heures sombres de l’apartheid. Nous ne voulons pas revenir à cette époque », a souligné le médiateur de la République, Joe Thloloe, en référence à la censure instaurée sous ce régime. Le tribunal des médias, en discussion au sein du Congrès national africain (ANC, au pouvoir), rendrait les journalistes responsables devant la loi. Les médias « ont besoin de bien s’auto-gouverner car ils dépassent parfois les limites en termes de droit », a justifié, mercredi 11 août 2010, le président, Jacob Zuma, à la télévision publique, après la révélation dans la presse de la naissance de son enfant illégitime ou encore de l’achat de voitures de luxe au sein de son gouvernement. Pour tenter de calmer la colère montante, une première rencontre a eu lieu, mardi 10 août, entre l’ANC et les rédacteurs en chef au sujet de ce tribunal.

Jacob Zuma

Quant au projet de loi sur l’information, en discussions au Parlement, l’accueil de la profession a été tout aussi froid. Une fois le texte approuvé, publier des informations confidentielles sur la sécurité nationale serait passible de vingt-cinq ans de prison. « Si le projet de loi sur la protection de l’information est voté, cela va rendre le journalisme d’investigation illégal », a estimé l’ancienne journaliste Helen Zille, leader du principal parti d’opposition l’Alliance démocratique (DA). Les scandales tels que le gigantesque contrat d’armement signé, en 1999, au plus haut niveau de l’Etat, n’auraient jamais éclaté avec une telle loi, notent les critiques. Dans cette affaire, Shabir Shaik, le conseiller financier de Jacob Zuma, alors vice-président du pays, a été condamné à quinze ans de prison pour avoir sollicité des pots-de-vin auprès de filiales du groupe français d’armement Thales. Les accusations de corruption à l’encontre de M. Zuma ont finalement été levées un mois avant son élection, en 2009. Outre les groupes de presse, des organisations civiles et même certains responsables de l’ANC se sont élevés contre les projets des autorités. L’Institut international de la presse (IPI) a appelé, jeudi 12 août 2010, le président Zuma à modifier ou retirer ces deux projets qu’il juge « dangereux » pour la liberté de la presse. « Il n’y a aucune intention ou plan de la part du gouvernement de museler les médias de quelque façon que ce soit », a tenu à rassurer le porte-parole du gouvernement, Themba Maseko, lors d’une conférence de presse. Si la loi sur l’information et le tribunal d’appel des médias venaient à voir le jour, les journalistes envisagent d’avoir recours à la justice, a prévenu le président du Forum des rédacteurs nationaux, Mondli Makhanya, devant un panel de reporters réunis à Johannesburg. « Il y a une Constitution qui garantit la liberté de la presse dans notre pays », a-t-il rappelé.

Agence France Presse

Mondli Makhanya

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source