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mardi 27 juin 2017
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La seconde guerre mondiale en photos 9

L’invasion de l’Union soviétique (1ère partie)

Opération Barbarossa


Une colonne allemande en Union soviétique

L’invasion de l’Union soviétique a débuté à l’aube du 22 juin 1941. L’attaque s’étendait sur un front allant de la mer Baltique à la mer Noire.

Les Allemands attaquaient avec 121 divisions et environ 3000 avions. Les forces blindées allemandes s’élevaient à 3500 Panzer, c’est-à-dire seulement 800 de plus que lors de l’invasion de l’Europe occidentale. Selon le télégramme du 30 juillet 1941, expédié par le dictateur soviétique Joseph Staline au président des Etats-Unis Franklin Roosevelt, le nombre total des tanks de l’Union soviétique s’élevait à 24000, dont plus de la moitié en Russie occidentale.

Bombardement d’un aérodrome soviétique, le 22 juin 1941


Facteurs fondamentaux

En Union soviétique, le résultat final dépendait moins de la stratégie et de la tactique, que de l’espace, la logistique et la mécanique. Certaines décisions opérationnelles ont eu une importance capitale, mais elles n’ont pas compté autant que l’infériorité mécanique conjuguée à des espaces trop vastes, et leur effet doit être estimé en relation avec ces facteurs fondamentaux.

Comme dans les invasions précédentes d’Adolf Hitler, tout reposait sur les forces mécanisées, bien que celles-ci n’aient représenté qu’une petite partie du total des forces. Les 19 divisions de Panzer disponibles constituaient à peine un dixième du nombre total des divisions allemandes et des pays satellites. Dans ce vaste résidu, 14 divisions seulement étaient motorisées et donc capables de suivre le rythme des avant-gardes blindées.

Un Panzer 3

Des blindés allemands en Union soviétique

Des fantassins allemands accompagnent un Panzer

En 1941, l’Allemagne possédait, en tout, 21 divisions de Panzer, contre 10 en 1940. Mais cette apparente multiplication par deux de ses forces blindées n’était qu’une illusion. Elle était surtout le résultat d’une répartition. Au cours de la campagne occidentale, le noyau de chaque division était constitué par une brigade blindée de 2 régiments comprenant chacun 160 Panzer. Avant l’invasion de l’Union soviétique, un régiment de Panzer a été retiré à chaque division et une nouvelle division a été formée autour de celui-ci.

Certains des meilleurs experts en blindés se sont élevés contre cette décision, relevant que son effet réel était de multiplier le nombre d’états-majors et de troupes auxiliaires non blindées au sein des prétendues forces blindées, sans changer pour autant la taille des forces blindées elles-mêmes, et donc en amoindrissant le punch de chaque division. Sur les 17000 hommes que comptaient ces unités, seulement 2600 seraient aujourd’hui considérés comme des « tankistes ».

Mais Adolf Hitler s’est montré inflexible. Devant l’étendue des espaces soviétiques, il voulait avoir l’impression de disposer d’un plus grand nombre de divisions blindées capables de frapper en profondeur, et il estimait que l’infériorité technique des Soviétiques compenserait la dilution de ses propres forces. Il pouvait également souligner le fait que, grâce à la production accrue des derniers modèles de Panzer 3 et Panzer 4, les deux tiers des effectifs blindés de chaque division consisteraient désormais en Panzer moyens, dotés de plus grands canons et d’un blindage deux fois plus épais ; alors que, pendant la campagne occidentale, les deux tiers étaient constitués par des Panzer légers. La puissance de frappe serait donc augmentée malgré la diminution de moitié des effectifs. C’était là un argument valable jusqu’à un certain point et à l’époque même.

Un soldat soviétique se rend aux Allemands à Brest-Litovsk

Des blindés allemands traversent une rivière à gué

La réduction du nombre des Panzer a cependant mis en lumière le défaut fondamental de la « division blindée » allemande : le gros de ses éléments était dépourvu de blindage et incapable de se déplacer en tout-terrain. Il était donc lié aux routes comme un train est lié aux voies ferrées.

Dans le modèle de force blindée proposé par Basil Liddell Hart à la fin de la première guerre mondiale, tous les véhicules -y compris ceux qui transportaient le ravitaillement- devaient être d’un type tout-terrain monté sur chenilles. Mais même dans l’armée allemande, qui était allée plus loin que toute autre dans l’application des théories de Basil Liddell Hart, ce système n’avait pas été adopté.

Dans la nouvelle division de Panzer de 1941, il y avait près de 300 véhicules à chenilles, pour un total de près de 3000 véhicules à roues dont la plupart étaient tributaires de la route. La surabondance de ces derniers avait été de peu d’importance au cours de la campagne occidentale, où un mauvais dispositif de défense s’est effondré d’un bout à l’autre et où les attaquants ont pu profiter d’un réseau de routes bien pavées pour exploiter leurs chances. Mais à l’Est, où les bonnes routes étaient rares, ce facteur a représenté, à la longue, un facteur décisif. Les Allemands ont payé ici le prix des vingt ans de retard qu’ils avaient en pratique sur la théorie adoptée pour remporter leurs succès.

La durée et l’ampleur de la réussite des Allemands ont été dues au retard encore plus grand du matériel de leurs adversaires. En effet, si les Soviétiques possédaient une vaste supériorité numérique en matière de tanks, le nombre total de leurs véhicules automobiles était si restreint que même leurs forces blindées ne disposaient pas d’un nombre suffisant de véhicules de transport motorisés. Ce fut un handicap vital pour manœuvrer face aux avances des Panzer allemands.

Des blindés et des soldats soviétiques sur le front, pendant l’été 1941

Un tank soviétique KV1

La « bataille des théories »

Certains des généraux allemands voulaient détruire les armées soviétiques au cours d’une bataille décisive sur le modèle orthodoxe de l’encerclement, qu’il faudrait mener à bien aussitôt que possible après avoir traversé la frontière. Ils étaient inquiets à l’idée de trop s’enfoncer en Union soviétique avant que le gros des armées adverses ait été battu. Pour assurer la réussite de leur plan, ils demandaient que les groupes de Panzer coopèrent dans la bataille avec les corps d’infanterie, en décrivant un mouvement de tenaille à partir de chaque aile et en venant achever l’encerclement des forces ennemies par l’arrière.

Les experts en blindés, avec le général Heinz Guderian à leur tête, étaient d’une opinion différente. Ils voulaient que les groupes de Panzer s’enfoncent aussi profondément et aussi vite que possible, en suivant la méthode qui s’était révélée si décisive en France. Le général Guderian estimait que son groupe de Panzer et celui du général Hoth ne devaient pas perdre une minute pour exploiter leur percée en direction de Moscou et devaient avoir au moins atteint le Dniepr avant de faire demi-tour. Plus vite ils atteindraient cette ligne et plus il y aurait de chances pour que la défense soviétique soit démantelée, comme l’avait été celle de la France. Le Dniepr devait jouer le même rôle d’enclume que la Manche en 1940. Selon le général Guderian, l’encerclement des forces soviétiques stationnées dans l’espace compris entre les deux avances de Panzer devait être confié aux corps d’infanterie, assistés par des détachements relativement restreints que les groupes de Panzer pourraient envoyer vers l’arrière tout en poursuivant leur course en avant.

Heinz Guderian

Sur décision d’Adolf Hitler, cette « bataille des théories » a été tranchée en faveur de l’orthodoxie. Malgré toute sa témérité, Adolf Hitler n’était pas assez audacieux pour jouer sa fortune sur la carte à laquelle il devait déjà ses succès précédents. Les spécialistes des Panzer se sont vus confier une meilleure place qu’en 1940, mais ils n’ont pas eu la possibilité de remplir leur rôle de la façon qu’ils jugeaient la plus appropriée.

Un soldat allemand sur le point de lancer une grenade

Le plan de l’opération Barbarossa

Le plan allemand a été élaboré de manière à provoquer un vaste encerclement destiné à enfermer dans un filet et à annihiler les principales forces soviétiques avant que le Dniepr n’ait été atteint. Pour augmenter les chances, le plan prévoyait, pour le front du maréchal von Bock, une manœuvre d’encerclement d’envergure réduite par les corps d’infanterie des 4ème et 9ème armées ; et une manœuvre de plus vaste envergure, à l’extérieur de la première, par les groupes d’armées de Panzer qui devaient s’enfoncer plus loin que l’infanterie avant de faire demi-tour.

Le centre de gravité de l’offensive allemande était au centre gauche. Pour cette mission décisive, son commandant, le maréchal von Bock, s’était vu confier la plus grande partie des forces blindées, 2 groupes d’armées de Panzer commandés par les généraux Guderian et Hoth ; alors que les autres Groupes d’armées n’en avaient n’en avaient qu’une chacun. Les groupes d’armées de Panzer comprenaient chacun 4 à 5 divisions de Panzer et 3 divisions motorisées.

Suite dans L’invasion de l’Union soviétique (2ème partie)

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source