retour article original

lundi 27 février 2017
Vous êtes ici Accueil Corruption Corruption en Suisse
Tribune de Genève, 19 mai 2004

Corruption : L’ancien directeur du Service des espaces verts (SEVE) de la ville de Genève accusé de gestion déloyale

par Bertrand STÄMPFLI


Vue de Genève

Des employés victimes de pressions physiques et psychologiques. Des fleurs offertes à des personnalités de la République, des partis politiques, des associations. Des fonctionnaires oublieux du droit administratif. Rémy Pagani, du Syndicat des services publics de Genève (SSP), a rendu public, hier, le courrier récemment adressé aux magistrats de la Ville de Genève.

Rémy Pagani


Mandaté par les employés du Service des espaces verts et de l’environnement (SEVE), le syndicaliste dénonce de nouveaux dysfonctionnements supposés dans cette administration et le climat délétère qui perdurerait malgré le départ de Roger Beer. Certains employés du SEVE, qui témoignaient hier sous couvert d’anonymat, estiment en effet que leur ancien directeur continue d’exercer des pressions sur eux par personnes interposées. Ils demandent aujourd’hui au magistrat Manuel Tornare de clarifier une situation encore floue et de valider par une note de service claire les décisions qu’il a récemment prises. Le conseiller administratif les rassure en rappelant qu’il a diligenté les enquêtes nécessaires à faire éclater la vérité. Et assure qu’il prendra les décisions qui s’imposent si l’intéressé devait être reconnu coupable de malversations.

Roger Beer

Roger Beer, le retour ?

C’est qu’au SEVE, les plus folles rumeurs courent sur un éventuel retour de Roger Beer... Relevé de ses fonctions le 12 décembre 2003, l’ancien directeur du SEVE a pourtant été déplacé au Conservatoire et jardin botaniques, passant ainsi de l’autorité du magistrat Manuel Tornare à celle de Patrice Mugny. Mais certains employés craignent que Roger Beer puisse un jour revenir à la tête d’une superstructure fédérant les deux entités. Selon eux, c’est cette perspective qui vaudrait à certains fonctionnaires de rester fidèle à leur ancien directeur.

Vue du Jardin botanique, à Genève

"J’en tombe par terre !", s’insurge Roger Beer. Ce dernier nie formellement exercer encore une quelconque influence au sein du SEVE.

Rémy Pagani a toutefois rendu publics, hier, des échanges de courriers administratifs entre Philippe Aegerter, directeur par intérim du SEVE, et l’un des cadres de ce service. Cet architecte-paysagiste a écopé, en mars 2004, d’un avertissement pour avoir ignoré les procédures d’appel d’offres. L’administration a annulé in extremis un bon de commande par lequel ce dernier souhaitait commander vingt chênes (quercus palustris) pour la somme de 187919 francs à l’entreprise Jacquet SA. Après organisation d’un appel d’offres en bonne et due forme, le marché a finalement été attribué à l’entreprise Boccard SA pour un coût total de moins de 50000 francs. Dans la lettre d’avertissement envoyé au fonctionnaire incriminé, Philippe Aegerter estime que cet architecte a agi "uniquement sous l’insistance de M. Roger Beer, ancien chef de service." Une accusation contre laquelle l’employé sanctionné n’a pas recouru.

Philippe Aegerter en compagnie de Roger Beer

Cadeaux à gogo

Chez Jacquet SA, on se défend de tout arrangement illicite avec l’ancien directeur du SEVE. Interrogé sur cette affaire, Eric Jacquet précise que les arbres visés par cette commande avaient une quarantaine d’années et grandis en terre genevoise, où ils avaient été plantés à la demande du SEVE. Pour lui, l’écart de prix peut se justifier par le fait que les produits, sans doute d’origine étrangère, n’étaient pas d’une qualité comparable. A moins qu’ils n’aient été vendus à une valeur inférieure à leur prix de revient.

Le Jardin anglais, à Genève

"De très nombreuses décorations florales ont été offertes, sans imputations comptables, en infraction au règlement de la Ville de Genève", écrit encore le syndicaliste Rémy Pagani. Il rend publique une liste de personnes physiques et morales ayant bénéficié des largesses du SEVE. Diverses personnalités politiques apparaissent dans cet inventaire à la Prévert. Le SSP dénonce surtout la quantité de fleurs fournies gracieusement au Parti radical et à l’Association des Vieux-Grenadiers. Gérald Hettich, président des Vieux-Grenadiers, n’a pas souhaité faire de commentaire. Au Parti radical, la nouvelle équipe aux affaires se dit dans l’impossibilité de confirmer ou d’infirmer ces accusations. François Longchamp, leur nouveau président, estime toutefois que "les agissements dénoncés, s’ils sont confirmés par une enquête indépendante, doivent être sanctionnés avec fermeté".

Rémy Pagani a fait une dénonciation pénale de ces faits auprès du procureur général. Il attend qu’une enquête policière soit diligentée.

Bertrand STÄMPFLI

Lire ,dans cette même rubrique, l’article de François Baertschi : Corruption : Tous les coups sont-ils permis pour détruire un ennemi politique ?

François Longchamp

Si vous souhaitez soutenir l’activité du site web interet-general.info, vos dons sont les bienvenus sur le compte de la Banque cantonale de Genève No Z 3267.34.01 Clearing bancaire (CB) : 788 IBAN CH48 0078 8001 Z326 7340 1

Compte de chèque postal : 12-1-2

Veuillez libeller les chèques au nom de : interet-general.info

AUTEURS 

  • Bertrand STÄMPFLI

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source