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Le Temps, 7 octobre 2010

Histoire : James Cook, explorateur moderne

par Etienne DUBUIS


James Cook portant la tenue de cérémonie de la Royal Navy, avec sa propre carte du Pacifique sud étalée devant lui

« Personne n’a étendu les frontières de notre connaissance à un tel degré, en si peu de temps. » Cet hommage, rendu par le naturaliste allemand Georg Forster, s’adresse à un explorateur peu connu en Suisse mais adulé outre-Manche : l’Anglais James Cook, auteur de trois expéditions de plusieurs années dans le Pacifique, de l’Australie au détroit de Béring, et de Tahiti à Hawaï, entre 1768 et 1780. Après Bonn et Vienne, Berne lui consacre dès jeudi 7 octobre 2010, dans son Musée historique, une magnifique exposition.

La deuxième expédition de James Cook devant une flotte de près de 160 pirogues de guerre, réunies pour préparer l’attaque d’une île voisine


Magnifique et rare. Nombre des 400 objets présentés viennent de l’étranger, notamment de Grande-Bretagne et d’Australie. Et quelques-uns sont si précieux et fragiles qu’ils ne quittent pratiquement jamais leurs musées d’origine. Berne doit le privilège de les accueillir à sa collection de tableaux du peintre anglais d’origine bernoise John Webber, compagnon d’aventure du grand explorateur lors de son troisième voyage dans les mers du Sud et illustrateur talentueux de ce dernier périple. L’exposition présente de manière égale les deux parties en présence, les explorateurs britanniques et les peuples autochtones du plus grand océan du monde. Des premiers, elle montre bien entendu toutes sortes d’instruments de navigation (comme un sextant, pour déterminer la latitude, et un chronomètre de marine, pour la longitude). Mais elle décrit aussi longuement la vie quotidienne des équipages. Les cargaisons de fromage, de biscottes et de bétail, les tonneaux d’eau, de vin et de choucroute (efficace contre le scorbut) disent les interminables périples en mer. Un inquiétant « chat à neuf queues », un fouet composé de neuf lanières, raconte la violence des relations à bord, et la rigueur avec laquelle étaient traités les gestes d’insubordination, les vols, l’ivresse.

Poedua, la fille du chef Orio de Raiatea, une des îles de la Société près de Tahiti. Par John Webber, peintre d’origine bernoise de la troisième expédition de James Cook

Des peuples autochtones, l’exposition présente des objets d’un autre monde : majestueuses capes de plumes rouges et jaunes des îles Hawaï, costume de deuil de Tahiti, haches cérémonielles du canal de la Reine-Charlotte, massues de Polynésie, armures à lamelles de bois d’Alaska. Trône même un talisman de Nouvelle-Zélande, une pièce exceptionnelle puisqu’elle n’était jamais censée sortir du giron des familles locales. Celle-là a été pourtant acquise par James Cook, qui l’a offerte à son roi George III. Les relations entre les deux parties ont beaucoup varié. Abîme culturel il y a eu, comme le rappelle au début de l’exposition le face-à-face de la Bible personnelle de James Cook et d’une tête de divinité en plumes, en noix et en dents de chien. Mais les contacts ont pu être très bons, comme aux îles Tonga, où les explorateurs ont été conviés plus souvent qu’à leur tour à des danses et à des fêtes. Ici et là, cependant, la rencontre a tourné à la confrontation, suite à des malentendus, à des maladresses, à des vols. James Cook a lui-même trouvé la mort à Hawaï dans des circonstances confuses, alors qu’il tentait de prendre un roi local en otage.

Bol à kava, une boisson légèrement enivrante consommée principalement lors des cérémonies religieuses et culturelles. Hawaï

Les trois expéditions ont été organisées par la Royal Society dans la meilleure tradition de recherche scientifique du siècle des Lumières. Elles ont embarqué certains des meilleurs savants et peintres de l’époque dans un souci sincère d’accroître les connaissances. Mais elles ont été parallèlement soutenues par les autorités civiles et militaires anglaises dans un tout autre but : celui d’étendre l’emprise de Londres dans le Pacifique, à une époque où la France avec ses propres navigateurs, ses Bougainville et ses La Pérouse, nourrissait la même ambition. James Cook témoigne des incertitudes qui entourent ce genre d’expéditions. Il n’a atteint aucun des objectifs prioritaires qui lui avaient été fixés, à savoir la recherche d’un continent austral à coloniser et celle d’un passage maritime au nord du continent américain. Mais il a fortement contribué à l’avancement de la géographie (il était lui-même un excellent cartographe) et des sciences naturelles. En homme des Lumières, il a par ailleurs annoncé l’ethnologie moderne, en affichant un grand respect pour les cultures non européennes, en rupture totale avec les conquistadores de la Renaissance. « Ces gens me paraissent plus heureux que nous », a-t-il même avoué au spectacle des aborigènes. Quelques années plus tard pourtant, la colonisation anglaise de l’Australie commençait...

Etienne DUBUIS

Les deux vaisseaux Resolution et Discovery de la troisième expédition de James Cook dans une baie de l’île de Huahine, près de Tahiti

Image divine ornée de plumes dans laquelle les dieux sont censés s’incarner pendant quelques temps. Hawaï

La mort de James Cook à Hawaï en 1779. L’explorateur a été tué dans une échauffourée, alors qu’il essayait de prendre un chef de tribu en otage

Liens liés a l'article.La mort du capitaine James Cook à Hawaï

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source