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Reuters, 16 novembre 2010

Guinée : Alpha Condé remporte l’élection présidentielle

par Saliou SAMB et Jean-Loup FIEVET


Des partisans de Cellou Dalein Diallo bloquent une rue, à Conakry, le 15 novembre 2010

L’opposant historique Alpha Condé a remporté l’élection présidentielle en Guinée, avec 52,5 % des voix au second tour, a annoncé, lundi 15 novembre, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). Cette annonce met fin à un long suspense sur l’issue du duel qui a opposé, le 7 novembre 2010, Alpha Condé à l’ancien Premier ministre, Cellou Dalein Diallo, candidat de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UDFG).

Guinée


Cellou Dalein Diallo est issu de l’ethnie peule, majoritaire en Guinée, et Alpha Condé est un Malinké, la deuxième ethnie la plus importante du pays. Peuls et Malinkés se sont affrontés dans l’histoire de la Guinée bien avant l’indépendance en 1958, dans la douleur, de l’ancienne colonie française. Lors d’un discours datant de 1976, Sékou Touré, un Malinké surnommé "Le Grand Syli" (le Grand Eléphant, symbole du pays), avait accusé les Peuls au teint plus clair d’accaparer les richesses nationales et exhorté ses partisans à égorger "les saboteurs" de la société guinéenne. Alpha Condé, qui défendait les couleurs du Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG), est une figure historique de l’opposition dont le combat politique remonte à la fin des années 1950. Alpha Condé s’est opposé aux trois premiers présidents de la Guinée indépendante : le dictateur Sékou Touré, l’autocrate Lansana Conté et le capitaine Moussa Dadis Camara, éphémère chef de la junte militaire renversé en décembre 2009. L’élection présidentielle est censée mettre fin à deux années de pouvoir militaire dans un pays riche en ressources agricoles et minière, notamment en bauxite, dont la Guinée est le premier exportateur au monde. Alpha Condé, dont la carrière politique remonte à la fin des années 1950, a promis, lors de la campagne électorale, de revoir les contrats miniers de son pays, qui regorge de minerais de fer et de bauxite.

Alpha Condé

Le second tour de l’élection présidentielle s’est déroulé dans le calme et les observateurs n’ont relevé que quelques problèmes logistiques, même si Cellou Dalein Diallo a contesté par avance les résultats dans deux secteurs. Mais la campagne a été émaillé de violences et les analystes redoutaient une nouvelle flambée à l’annonce des résultats, dans un pays très clivé sur le plan ethnique. Les résultats provisoires rendus publics par la Commission électorale nationale indépendante doivent encore être avalisés par la Cour suprême. Les observateurs internationaux ont jugé le scrutin, censé parachever la transition vers un pouvoir civil, libre et équitable. Mais les partisans de Cellou Dalein Diallo ont évoqué des fraudes et des heurts ont éclaté, lundi 15 novembre, dans deux quartiers de Conakry -Bambeto et Koloma- considérés comme des bastions de l’ancien Premier ministre. Lundi 15 novembre 2010 au soir, les partisans en liesse d’Alpha Condé ont envahi les rues de la capitale pour célébrer la victoire de leur champion. "On a gagné !", scandait un partisan du vainqueur. "Condé a trop souffert, mais tout cela est maintenant terminé !".

Saliou SAMB et Jean-Loup FIEVET

Une famille malinké chassée de sa maison incendiée par des partisans de Cellou Dalein Diallo, à Conakry, le 15 novembre 2010

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  • Saliou SAMB et Jean-Loup FIEVET

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