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Infosud, 16 novembre 2010

Côte d’Ivoire : Le spectre de la division refait surface

par Michel KOFFI


Des partisans du Rhdp manifestent, à Abidjan, le 8 novembre 2010

Alors que le second tour de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire doit débuter le 20 novembre 2010, déjà ressurgit une marée de maux qui met à mal la cohésion nationale : repli identitaire, appel aux regroupements ethniques ou régionaux...

Côte d’Ivoire


Pour rappel, mardi 9 novembre 2010, au cours d’une conférence de presse, le président sortant, Laurent Gbagbo, arrivé en tête du premier tour avec 38 % des voix, se voyait déjà gagnant, estimant avoir « confiné les autres (les opposants Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara, ndlr) dans ce qu’ils sont, c’est-à-dire des candidats tribaux et ethniques ». Et les attaques sont devenues de plus en plus agressives depuis que Henri Konan Bédié, écarté de la course à la présidence car arrivé troisième, a donné, la semaine dernière, la consigne à ses 25 % d’électeurs de reporter « massivement » leurs voix sur Alassane Ouattara au second tour. Ce qui permettrait numériquement à leur coalition au sein du Rassemblement des houphouétistes pour la paix et la démocratie (Rhdp) de remporter cette élection.

Laurent Gbagbo

Or aujourd’hui, les discours progressistes et les appels au calme du premier tour se sont taris. « Ivoiriens contre Etrangers » : telle est la rengaine qui gangrène de façon insidieuse les débats de cette élection, assénée par tous les moyens de communication à disposition. Désormais, chaque camp n’hésite plus à faire monter les enchères avec une propagande très dangereuse : circulation de films partisans retraçant les atrocités de la guerre ; diffusion de messages belliqueux sur les téléphones mobiles appelant à la confrontation, à coups de « Voter Ouattara, c’est donner une prime à la rébellion », ou de « Gbagbo-Ouattara, c’est la finale Côte d’Ivoire-Burkina-Faso ». Pascal Affi N’Guessan, porte-parole du candidat Laurent Gbagbo, brandit à tout-va la menace du « candidat de l’étranger » qui voudrait voler la Côte d’Ivoire, et appelle à « se méfier » d’Alassane Ouattara, à la nationalité prétendue douteuse. Et de rappeler aux électeurs de Henri Konan Bédié que c’est Laurent Gbagbo qui a fait revenir leur « grand frère » de l’exil auquel Alassane Ouattara l’avait contraint, en 1999, après sa prise de pouvoir. Et d’autres de se remémorer que c’est ce même Henri Konan Bédié qui, dans un livre, avait émis des doutes sur la nationalité ivoirienne d’Alassane Ouattara. Comme le souligne le journaliste et écrivain ivoirien Venance Konan, fin observateur de la vie politique du pays des Eléphants : « Bédié a ouvert la boîte de Pandore avec le concept d’ivoirité (pour se débarrasser d’Alassane Ouattara, ndlr). Mais c’est le même Bédié qui demande de la refermer aujourd’hui ».

Alassane Dramane Ouattara

Dans cette atmosphère délétère, les incitations à la haine ethnique et religieuse sont largement relayées, voire entretenues, par la presse écrite privée. Certes, les médias publics sont restés relativement neutres lors du premier tour, selon un rapport de Reporters sans frontières (RSF) publié mercredi 10 novembre 2010. Mais l’organisation, qui mène une mission d’observation des médias durant cette élection, pointe des « dérapages » qui ont parfois donné lieu à des couvertures « extrêmement partisanes » des quotidiens « Notre Voie » -propriété du parti de Laurent Gbagbo-, « Le Patriote » -très proche de l’ex-premier ministre Alassane Ouattara-, et « Le Nouveau réveil » -favorable à l’ex-président Henri Konan Bédié. A l’heure actuelle, tous les ingrédients pour un affrontement fratricide entre Ivoiriens sont donc en train de s’accumuler. Avec pour toile de fond les mêmes appels au repli identitaire qui ont déjà prévalu lors de la guerre civile de 2002-2003, faisant écho à un malaise social plus profond qui n’a jamais été réglé depuis une dizaine d’années.

Henri Konan Bédié

Pour Patrick N’Gouan, le président de la Convention de la société civile, c’est avant tout « la précarité qui a accentué les réflexes identitaires, intrinsèquement liés au besoin de sécurité morale et financière de la population ». Face au tribalisme exacerbé et à l’opposition ravivée entre chrétiens et musulmans, qui constituent une épée de Damoclès au-dessus de la tête du peuple ivoirien, il se demande « qui posera enfin les bases solides d’un contrat social pour la renaissance de la Côte d’Ivoire ». Pas sûr que cet enjeu crucial de l’élection présidentielle soit au centre des débats du second tour.

Michel KOFFI

Des partisans du Rhdp manifestent, à Abidjan, le 8 novembre 2010

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