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lundi 27 mars 2017
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AFP, 17 novembre 2010

Corruption : Charles Millon confirme l’existence de rétrocommissions dans l’affaire des sous-marins vendus au Pakistan


Renaud Van Ruymbeke

Nouveau rebondissement dans l’affaire de Karachi : l’ex-ministre de la Défense, Charles Millon, a confirmé, lundi 15 novembre 2010, devant le juge Renaud Van Ruymbeke, l’existence de rétrocommissions versées jusqu’en 1995 en marge d’un contrat de vente au Pakistan de sous-marins français, selon l’AFP et Le Nouvel Observateur.

Pakistan


Charles Millon avait déjà expliqué, en juin 2010, à Paris-Match, qu’il avait bloqué le versement de commissions "pouvant donner lieu à des rétrocommissions". La justice soupçonne que l’attentat commis, en 2002, à Karachi contre des personnels de la direction des constructions navale (DCN), qui avait fait 14 morts, pourrait être lié à l’arrêt du versement de ces commissions aux intermédiaires saoudiens et pakistanais ayant aidé la France à obtenir ce contrat. Selon Le Nouvel Observateur, Charles Millon aurait déclaré, lors de son audition : "Le président de la République [Jacques Chirac] m’a dit [...] qu’il souhaitait une moralisation de la vie publique et politique et qu’il y avait trop de bruit autour des contrats d’armement dû à l’existence de rétrocommissions. Il m’a donc demandé de faire procéder à une vérification sur tous les contrats." L’information vient corroborer les conclusions d’un rapport effectué par un ancien agent de la direction de la surveillance du territoire (DST), qui jugeait lui aussi que l’arrêt du versement de ces commissions avait conduit à l’attentat de Karachi. Or, les autorités françaises n’ont jamais divulgué les conclusions de ce rapport, effectué en 2002, et qui n’a été rendu public qu’en 2008. Durant toutes ces années, la piste suivie par les enquêteurs était celle d’un attentat commandité par Al-Qaïda.

Charles Millon

Un silence qui pourrait s’expliquer par l’autre volet, politique, de l’affaire : le soupçon que les intermédiaires aient reversé une partie de leurs commissions, notamment pour financer la campagne d’Edouard Balladur en 1995, campagne codirigée par Nicolas Sarkozy. Un dépôt d’argent liquide de 10 millions de francs avait été effectué sur le compte de campagne du candidat à la présidentielle. Selon l’équipe d’Edouard Balladur, il s’agissait de sommes correspondant à la vente d’articles publicitaires en marge de la campagne. Une explication pour le moins vague. Les comptes de campagne avaient pourtant été validés par le Conseil constitutionnel. La justice réclame de pouvoir examiner les délibérations des "sages" à cette époque. Mercredi 17 novembre 2010, Jean-Louis Debré, actuel président du Conseil, a une nouvelle fois refusé de confier ces archives aux juges, arguant du "secret des délibérés".

Agence France Presse

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