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samedi 27 mai 2017
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Reuters, 20 novembre 2010

Corruption : Affrontement Elysée-Villepin dans l’enquête sur l’affaire de l’attentat de Karachi

par Thierry LEVEQUE et Jean-Baptiste VEY


Dominique de Villepin

Dominique de Villepin a renforcé, vendredi 19 novembre 2010, les soupçons judiciaires de corruption pesant sur la campagne présidentielle d’Edouard Balladur, en 1995, suscitant une vive réaction de l’Elysée. Ce dossier pourrait être lié à l’attentat-suicide qui tua, en 2002, à Karachi, au Pakistan, 15 personnes dont 11 Français qui travaillaient à la construction de sous-marins vendus par la France en 1994.

Pakistan


Dominique de Villepin, secrétaire général de l’Elysée en 1995, a donné du crédit, sur TF1, à la piste de la corruption, et annoncé qu’il avait demandé à être entendu par le juge d’instruction Renaud Van Ruymbeke. Dominique de Villepin, qui fut Premier ministre de 2005 à 2007 et qui est aujourd’hui un rival politique de Nicolas Sarkozy, a confirmé que Jacques Chirac avait demandé, en 1995, de mettre fin aux "contrats qui pouvaient donner lieu à rétro-commissions". Cela a été fait concernant les sous-marins du Pakistan car, a dit Dominique de Villepin, une enquête avait suscité de forts soupçons sur un retour frauduleux en France d’une partie des quelque 84 millions d’euros de commissions légales convenues. "Il y avait des commissions qui revenaient vers la France vers des personnalités politiques ou non politiques qui, elles, étaient totalement illégales", a dit Dominique de Villepin. Il n’a pas cité de noms. L’argent, selon une piste suivie par la justice, pourrait avoir servi à la campagne présidentielle d’Edouard Balladur, en 1995, dont Nicolas Sarkozy était le porte-parole. Un rapport de police luxembourgeois versé au dossier judiciaire montre que des structures ont été constituées, au Luxembourg, au moment du contrat pakistanais, avec l’aval de Nicolas Sarkozy en qualité de ministre du Budget et celui d’Edouard Balladur, Premier ministre. Il s’agissait de payer les commissions au Pakistan, mais aussi, pensent les enquêteurs, d’organiser le retour illégal d’une partie des fonds en France. L’affaire s’est enrichie d’une nouvelle déposition chez le juge Van Ruymbeke, jeudi 18 novembre 2010, qui a accrédité l’existence d’un lien avec l’attentat et ont débouché sur une nouvelle plainte des victimes. Le nouveau témoin, Michel Mazens, un haut fonctionnaire chargé, en 1995, de négocier les contrats d’armements, a confirmé au juge que Jacques Chirac avait bien fait cesser les paiements liés aux sous-marins pakistanais. Michel Mazens dit aussi être allé voir un dirigeant de la branche commerciale de la Direction des constructions navales (DCN), Dominique Castellan, pour l’informer de la décision d’arrêt des paiements sur le Pakistan. "Il a réagi en me disant que, pour lui, c’était compliqué, car c’était faire courir des risques à ses personnels", a dit Michel Mazens, selon le procès-verbal d’audition auquel Reuters a eu accès. Me Olivier Morice, avocat des familles de victimes, dit voir dans cet élément le fait que l’Etat français savait pouvoir s’exposer à des représailles, ce que Dominique de Villepin a contesté sur TF1. Une nouvelle plainte pour mise en danger d’autrui et homicides involontaires va donc être déposée et elle visera Dominique de Villepin, Jacques Chirac et les anciens dirigeants de la Direction des constructions navales, dit Me Morice.

Olivier Morice

Pour la première fois, l’Elysée a réagi dans un long communiqué qui dénonce des "insinuations" et qualifie de "rumeur malveillante" la piste mettant en cause Edouard Balladur, dont Nicolas Sarkozy fut un des principaux soutiens. Dans un communiqué, Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, a répondu à Dominique de Villepin, condamnant "ceux qui n’ont d’autre préoccupation que d’impliquer le chef de l’Etat, par une succession d’insinuations, dans une affaire qui ne le concerne en rien". Le bras droit de Nicolas Sarkozy dénonce "des allégations calomnieuses, parfois présentées comme de prétendues certitudes, portées contre la personne ou l’action de Nicolas Sarkozy et qui ne reposent cependant sur aucun commencement de preuve". L’Elysée conteste toute entrave à l’enquête, assure que Nicolas Sarkozy n’a rien à voir avec les commissions du Pakistan ou le marché en question, et promet que les demandes de levée de secret-défense seront étudiées "au cas par cas".

Thierry LEVEQUE et Jean-Baptiste VEY

Nicolas Sarkozy en compagnie d’Edouard Balladur

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