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AFP, 9 juin 2004

Egypte : Le Caire et Ryad mènent la fronde contre le projet américain pour le Moyen-Orient


Scène de rue au Caire

LE CAIRE (AFP) - L’Egypte et l’Arabie saoudite ont pris la tête d’une fronde arabe contre le projet américain de Grand Moyen-Orient (GMO), qui sera défendu, mercredi 9 juin 2004, en leur absence, par le président américain George W. Bush devant ses hôtes du G8 réunis au sommet de Sea Island en Georgie.

Scène de rue au Caire


Selon Le Caire, les deux pays, ainsi que la Tunisie, président en exercice de la Ligue arabe, ont décliné une invitation du président Bush de se rendre à ce sommet. L’invitation a été acceptée en revanche par les dirigeants de l’Afghanistan, de l’Algérie, de Bahrein, de Jordanie et du Yémen.

L’Egypte et l’Arabie saoudite estiment être les principales cibles du projet GMO qui, dans l’esprit de ses concepteurs, s’étendrait du Pakistan, à la Mauritanie, en passant par l’Iran, l’Irak, la Syrie, le Liban ou encore le Maghreb. Le président égyptien Hosni Moubarak et le prince héritier saoudien Abdallah, l’homme fort de l’Arabie saoudite, avaient, dès février 2004, marqué leur opposition au projet américain qui, selon eux, risque de dissoudre le monde arabe dans un vaste ensemble aux intérêts divergents.

Scène de rue au Caire

Les deux capitales, qui se sont concertées à plusieurs reprises sur le sujet depuis le lancement de l’initiative américaine, ont affirmé qu’elles récusaient "les ordonnances de l’étranger", prenant soin toutefois de ne pas rejeter le principe de réformes démocratiques conduites de l’intérieur par les pays arabes, chacun à son rythme et selon ses besoins. Elles estiment que des réformes précipitées pourraient provoquer la déstabilisation des sociétés arabes, conservatrices en majorité, paver la voie aux islamistes, et conforter l’image que se fait l’Occident de "la culture islamique, une culture d’extrémisme et de violence", selon le président Moubarak.

Ryad aussi bien que Le Caire sont très préoccupés par la recrudescence du terrorisme, en particulier en Irak depuis la chute du président Saddam Hussein. L’Arabie Saoudite a déjà payé un prix fort pour le "chaos" irakien, tandis que Le Caire a mis tout en oeuvre sur le plan de la sécurité pour s’en préserver.

Photo prise sur la télévision saoudienne Al-Ekhbaria de policiers saoudiens sur les lieux où un Américan a été tué, à Ryad, le 8 juin 2004

Les deux pays estiment en outre que le projet américain ne fait pas une grande place au conflit israélo-palestinien qui, selon eux, est le principal facteur de déstabilisation dans la région.

Le ministre égyptien des Affaires étrangères Ahmed Maher a estimé que l’Alliance atlantique (OTAN) n’avait pas de rôle à jouer dans les réformes politiques au Proche-Orient, comme le prévoit pourtant l’initiative américaine.

Ahmed Maher

La Ligue arabe, lors de son sommet de Tunis, fin mai 2004, avait exprimé de vives réserves sur le projet GMO, mais n’a pu aller jusqu’à la création d’un "mécanisme de suivi" commun, proposé par les Egyptiens, pour faire pendant aux mécanismes qui doivent être proposés par les Etats-Unis pour promouvoir leur projet.

L’Egypte, qui affirme avoir amorcé des réformes en profondeur depuis plusieurs années, a allumé plusieurs contre-feux pour tenter de faire pièce à la pression américaine, en laissant à ses intellectuels la bride sur le cou pour parler de réformes. Le président Moubarak a lui même parrainé, en mars 2004, à Alexandrie, une conférence d’associations non gouvernementales arabes, à laquelle ont participé 165 personnalités politiques et intellectuelles de diverses obédiences politiques, représentant 18 pays arabes.

Mohamed Hosni Moubarak

Le promoteur de ce rassemblement sans précédent, Ismaïl Serageldin, directeur de la Bibliothèque d’Alexandrie, estime que la "réforme dans le monde arabe est devenue une question vitale, car, dans un monde en mouvement et en rapide transformation, il ne peut y avoir de place pour l’immobilisme". Le "document d’Alexandrie", qui a clôturé les débats, réclame l’abrogation de l’état d’urgence et des tribunaux d’exception dans les pays arabes, l’organisation d’élections libres et régulières, la libération des prisonniers d’opinion, ainsi qu’une plus grande participation de la femme à la vie publique et le renforcement des associations de la société civile.

Agence France Presse

Vue d’Alexandrie

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