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samedi 19 août 2017
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Le Monde, 24 novembre 2010

Corruption : Des documents contredisent Nicolas Sarkozy

par Samuel LAURENT


Un sous-marin Agosta

L’affaire de Karachi agace le chef de l’Etat, qui l’a fait savoir, en des termes quelque peu outranciers, aux journalistes qui l’avaient accompagné, vendredi 19 novembre 2010, au sommet de l’OTAN, à Lisbonne. Nicolas Sarkozy clame qu’il est accusé à tort.

Pakistan


Voici ce qu’il a expliqué lors de cette réunion informelle : "J’ai jamais été ministre de la Défense. Je suis pas au courant des contrats de sous-marins négociés à l’époque avec un président qui s’appelle M. Mitterrand, un premier ministre qui s’appelle M. Balladur, avec un ministre de la Défense qui s’appelle M. Léotard. En tant que ministre du Budget, je n’ai jamais eu à en connaître, ni de près ni de loin, puisque même la procédure de validation (par le ministre du Budget sur proposition du directeur général des impôts) a été supprimée, en 1992, par M. Charasse. Octobre 1992, j’ai même pas eu à le faire." En clair, le chef de l’Etat explique qu’en tant que "simple" ministre du Budget, il n’avait pas à donner son autorisation pour le versement de commissions aux intermédiaires de la vente de sous-marins Agosta au Pakistan. Et qu’il n’était pas concerné par les ventes d’armes.

Nicolas Sarkozy

Une version que Mediapart a mis à mal, mercredi 24 novembre 2010. Le site reprend une série de documents, dont l’un démontre que Nicolas Sarkozy était au minimum informé de cette vente au Pakistan. Cette lettre, versée au dossier du juge d’instruction Marc Trévidic, qui enquête sur l’attentat qui a fait 14 morts à Karachi en 2002, émane de François Léotard, alors ministre de la Défense. La date de la missive n’est pas précsiée, mais semble, d’après le contexte, correspondre à fin 1994. Elle est adressée à Nicolas Sarkozy, ministre du Budget, et lui demande, sous le sceau du "confidentiel défense", d’accorder la garantie de l’Etat au contrat de vente des sous-marins. Un préalable indispensable à la vente d’armes qui permet au vendeur d’être assuré qu’il touchera le montant de la vente. Il est plus que probable que cette garantie ait été accordée, puisque la vente a eu lieu. Selon les dépositions de certains témoins, le contrat initial comprenait le détail des commissions versées aux intermédiaires pakistanais. Au point que Gérard-Philippe Menayas, alors directeur financier de la direction des constructions navales (DCN), s’est étonné, devant le juge Trévidic, que ce contrat aux "exigences hors normes" en matière de commissions soit accepté, alors qu’il avait, selon lui, "toutes les chances d’être refusé".

Marc Trevidic

Par ailleurs, comme le rapportait Le Parisien mardi 23 novembre 2010, le juge Van Ruymbeke, qui enquête sur le volet financier de l’affaire, a effectué une perquisition dans les locaux de la Direction générale des impôts, au sein du ministère du Budget, à Bercy. Il y a saisi des notes manuscrites, détaillant le montage complexe des commissions du contrat Agosta, qui passaient par plusieurs pays. Les notes préciseraient également un circuit de retour de certains fonds vers la France, ce qui validerait encore l’hypothèse de rétrocommissions illites. Plus étrange encore : ces notes, qui datent de la fin 2006, sont adressées à... Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur. On peut s’interroger sur les raisons qui ont pu pousser un futur candidat à la présidentielle à s’intéresser à une "vieille" affaire comme celle de ces ventes. Enfin, Le Nouvel Observateur rapporte, mercredi 24 novembre 2010, un autre élément à charge : en 1996, Jacques Chirac a demandé à la Direction des vérifications nationales et internationales (DVNI), qui dépend de la Direction générale des finances publiques, un rapport sur ces fameux contrats Agosta. La DVNI a dénoncé, dans son rapport, l’opacité des contrats, "déposés dans des coffres en Suisse", qui comportent un montant "exagéré" de commissions. Dominique de Villepin doit apporter, jeudi 25 novembre, son témoignage au juge Van Ruymbeke. Mardi 23 novembre 2010 au soir, sur Public Sénat, en bon connaisseur des rouages de la République, l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing a expliqué, que selon lui, il "existe une liste des rétrocommissions". "Elle existe cette liste des rétrocommissions, puisqu’on la protège avec le secret défense. Si elle n’existait pas, on n’aurait pas besoin de la protéger."

Samuel LAURENT

Renaud Van Ruymbeke

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