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jeudi 23 mars 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Irak (6ème partie) : Du 16 mai 2004 au 15 juin 2004
Reuters, 9 juin 2004

Les Irakiens accueillent dans l’indifférence la résolution 1546 de l’ONU

par Michael GEORGY


BAGDAD (Reuters) - L’adoption à l’unanimité par le Conseil de sécurité d’une résolution mettant officiellement fin à l’occupation a été accueillie sans cris de joie à Bagdad, où sécurité et ravitaillement en produits de première nécessité restent les préoccupations principales des Irakiens.


"Est-ce que la résolution va nous rendre l’eau ou l’électricité ? J’en doute", déplore Eman Abdallah, une jeune femme de 30 ans, membre de la police irakienne. "De toute façon, souligne-t-elle , nous ne sommes impliqués dans aucune décision. Nous ne sommes que des pions."

Comme elle, nombreux sont ceux qui se sentent exclus d’un processus de transition qui reste selon eux largement entre les mains de Washington, bien qu’un gouvernement intérimaire, appelé à prendre ses fonctions le 30 juin 2004, ait été désigné la semaine dernière. Quant à la résolution elle-même, qui entérine le transfert des pouvoirs, beaucoup affirment ne pas s’être donné la peine de suivre les événements qui ont conduit à son adoption aux Nations Unies, une instance responsable à leurs yeux des sanctions imposées pendant 13 ans à l’Irak après l’invasion du Koweït, en août 1990. D’autres avouent simplement tout ignorer du texte.

"Quelle résolution ?", répond Lubna Hassan, interrogée devant le siège bagdadi de l’ONU, dévasté, en août 2003, par un attentat suicide qui fait 22 morts, dont Sergio Vieira de Mello, le représentant spécial du secrétaire général. "Quoi qu’il en soit, nous ne disposerons pas d’une pleine souveraineté", poursuit-elle, résumant un sentiment aussi répandu dans la capitale que dans le Sud à majorité chiite, théâtre de la sanglante insurrection des fidèles de l’imam radical Moktada al-Sadr.

"Nous allons nous entre-dévorer"

"Cette résolution ne mettra pas fin à la violence parce qu’elle n’accorde pas une totale souveraineté aux Irakiens", reprend en écho Abel Abdel Hachim, un universitaire de Kerbala, l’une des deux grandes villes saintes chiites du pays.

A l’autre bout du pays, les dirigeants kurdes s’alarment quant à eux du fait que l’autonomie des trois provinces du Nord, inscrite dans la constitution intérimaire adoptée en mars 2004, n’ait pas été rappelée dans le texte onusien. Les ministres kurdes se sont d’ailleurs dit prêts à quitter le gouvernement si leurs chefs de file le leur demandent. Ces derniers ont en outre menacé d’appeler au boycottage des élections prévues en 2005.

Beaucoup accueilleront en revanche avec satisfaction le fait que la résolution 1546 accorde au gouvernement intérimaire le droit de mettre un terme à la présence militaire des Etats-Unis.

Malgré tout le ressentiment qu’ils éprouvent à l’égard des Américains, les Irakiens jugent toutefois que leur départ pourrait se révéler beaucoup plus lourd de conséquences que leur maintien. "S’ils s’en vont, nous, Irakiens, allons nous entre-dévorer", affirme Allaoui Kassim, un jeune vendeur de pastèques qui dit avoir combattu les forces américaines et être prêt à recommencer.

Michael GEORGY

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