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jeudi 22 juin 2017
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Rue 89, 4 décembre 2010

Côte d’Ivoire : Le coup d’Etat de Laurent Gbagbo

par Pierre HASKI


Scène d’émeute à Abidjan, le 4 décembre 2010

Laurent Gbagbo joue le tout pour le tout : déclaré vaincu par les Nations Unies et l’Union européenne, le Président sortant de la Côte d’Ivoire a prêté serment, samedi 4 décembre 2010, pour un nouveau mandat, comme si de rien n’était. Pourtant, l’impasse reste totale et dangereuse.

Côte d’Ivoire


Non sans ironie, alors que la commission électorale le déclarait vaincu, Laurent Gbagbo a déclaré en prêtant serment : « Que le peuple me retire sa confiance et que je subisse la rigueur des lois si je trahis mon serment. » En quelques jours, Laurent Gbagbo a en effet amorcé un véritable passage en force, après que la commission électorale indépendante (CEI) a déclaré son rival, l’ancien Premier ministre Alassane Ouattara, vainqueur du deuxième tour de l’élection présidentielle ivoirienne qui s’est déroulé dimanche 28 novembre 2010. Aussitôt après, le Conseil constitutionnel a invalidé le résultat proclamé par la commission électorale indépendante puis annoncé que, selon lui, Laurent Gbagbo était le vainqueur.

Laurent Gbagbo

Depuis jeudi 2 décembre 2010, la Côte d’Ivoire a donc deux présidents : l’un soutenu par la commission électorale dont les conclusions ont été soutenues par la communauté internationale, très impliquée dans la préparation et la supervision du scrutin, et même par l’actuel Premier ministre, Guillaume Soro, qui a annoncé sa démission ; l’autre qui s’accroche au pouvoir et tente de jouer l’inertie et la force derrière une façade légale très fragile. Signe de ce double pouvoir qui se met en place, Guillaume Soro, qui était jusque-là premier ministre de Gbagbo, a présenté sa démission à Alassane Ouattara, qui l’a reconduit au poste de premier ministre.

Guillaume Soro Kigbafori

Ce bras de fer se déroule sur fond de violence croissante. Au moins deux personnes ont été tuées, au cours de la nuit, à Abidjan, en dépit du couvre-feu. Selon RFI, les incidents se sont déroulés à Port Boué, non loin de l’aéroport et de la base militaire française qui abrite un millier d’hommes. Les forces de défense et de sécurité ivoiriennes ont ouvert le feu pour des raisons encore inconnues. Selon plusieurs sources, il y a eu des tirs à l’arme lourde et deux personnes sont mortes dans des circonstances encore floues. De nouveaux incidents étaient signalés, samedi 4 décembre 2010 au matin.

Des rebelles à Bouaké, le 4 décembre 2010

Il paraît peu probable qu’Alassane Ouattara et ses partisans, confortés par l’attitude de la communauté internationale, acceptent sans résister le coup de force de Laurent Gbagbo. Alassane Ouattara a déclaré qu’il allait procéder à sa propre cérémonie d’investiture, faisant pendant à celle de Gbagbo samedi 4 décembre 2010. D’autant que ce dernier n’a semble-t-il fait aucun geste de conciliation vis-à-vis de son rival, ni avant ni pendant cette cérémonie d’investiture, et procède comme si la légalité était incontestablement de son côté. Une double partie à haut risque est donc engagée : l’une à l’intérieur du pays, à peine sorti d’une quasi guerre civile et d’une division nord-sud qui pourrait ressurgir dans une nouvelle flambée de violence ; l’autre à l’international, avec le risque d’un isolement complet de la Côte d’Ivoire, qui ne manquera pas d’avoir un coût économique important. La France, principal partenaire de la Côte d’Ivoire, n’était pas représentée à la cérémonie d’investitute et Nicolas Sarkozy a appelé Laurent Gbagbo à accepter sa défaite.
Dans cette équation, il reste deux inconnues : l’attitude des forces de défense et de sécurité, dont la loyauté va être mise à rude épreuve, et qui pourraient être tentées de jouer les arbitres si la crise se prolonge ; l’attitude du reste de l’Afrique, particulièrement dans la sous région ouest-africaine, dont les dirigeants vont être partagés entre la traditionnelle solidarité entre autocrates au mince verni démocratique, et donc un soutien tacite à Gbagbo, et le respect de la légalité et l’alignement sur l’attitude des Nations unies, qui affaibliraient sérieusement le maître d’Abidjan. Samedi, l’Union africaine (UA) a prévenu qu’elle prendrait des mesures contre ceux qui tenteraient de s’opposer à la proclamation de la victoire de Ouattara.
Ajoutons-y le dilemme du Parti socialiste français, hier proche de Laurent Gbagbo, membre comme lui de l’Internationale socialiste, et qui a commencé à renouer avec lui ces dernières semaines, après une période de glaciation.

Pierre HASKI

Alassane Dramane Ouattara

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