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Le Temps, 11 décembre 2010

Guinée : Les défis du modèle

par Nicolas DUFOUR


Des soldats, à Conakry, le 18 novembre 2010

Elle est devenue le modèle du moment, par contraste avec le dangereux enlisement que connaît la Côte d’Ivoire. La Guinée a un nouveau président depuis la proclamation des résultats définitifs du deuxième tour de l’élection présidentielle, qui a eu lieu le 7 novembre 2010. Pourtant favori au premier tour, Cellou Dalein Diallo a reconnu sa défaite face à Alpha Condé, après que la Cour suprême a invalidé, le 5 décembre, les derniers recours. Et ce, alors que la situation se révélait tendue au sortir du second tour.

Guinée


Du Burkina Faso, Le Pays tire sans hésiter le parallèle entre les scrutins des deux pays : « [...] Au narcissisme, à l’égocentrisme et au jusqu’au-boutisme qui caractérisent la plupart des candidats perdants sous les tropiques africains et qui conduisent leur pays dans le chaos, Cellou Dalein a plutôt préféré écouter la voix de la sagesse. [Il] refuse par là même, de rejoindre le lot de ces politiciens sans scrupule, prêts à mettre leur pays à feu et à sang pour accéder au trône ou pour le conserver. Diallo nous offre, en tout cas, l’occasion d’affirmer qu’entre lui et Laurent Gbagbo de la Côte d’Ivoire, qui s’est fait investir après un hold-up électoral des plus indéniables de l’histoire, c’est le jour et la nuit. Certes, son adversaire politique, Alpha Condé, a remporté la victoire. Mais il reste entendu que cette victoire, on la doit à eux deux. » Mercredi 8 décembre, Le Monde évoquait également sur une page la « percée démocratique » guinéenne. Ce ne fut pas sans douleurs. A Conakry, le quotidien La République, relayé par Guineenews, regrette d’abord que « la Guinée se soit donnée en spectacle au reste du monde en se livrant à des affrontements intercommunautaires odieux et honteux. [...] Les autorités de la transition, le Premier ministre en tête ont laissé pourrir la situation. Par moment, pour ne dire le plus souvent, nos gouvernants et notamment Jean Marie Doré [le Premier ministre] ont soufflé sur les braises de la division. Il faut reconnaître que les faits et gestes du Premier ministre ont été pour la plupart emprunts d’irresponsabilité. [...] A l’évidence les autorités étatiques sont responsables du péril qui guette la Guinée. »

Une station d’essence à Conakry, le 18 novembre 2010

Péril peut-être, défis, sans conteste. L’opposant historique -« un engagé pour changer la Guinée » écrivait Le Temps- a de quoi retrousser ses manches. Une tribune d’Africaguinée donne le ton : « [...] Dans l’euphorie de sa victoire sur Cellou Dalein Diallo, Kôrô Alpha [Alpha Condé] risque de prescrire une mauvaise ordonnance au patient « Guinée » qui souffre de 52 années de dictature et de pauvreté. Hélas entre le monde de l’opposition et celui du pouvoir il y a un gouffre et notre « Prési » risque de laisser des plumes. » Entre autres, les risques d’un gouvernement d’unité nationale, voulu par le nouveau président : « En misant sur la représentativité pour choisir ses ministres, Kôro Alpha risque de récompenser les « oubliés » du pouvoir, sans pour autant miser sur la compétence de ses ministres ! Alors que la Guinée est un immense chantier, nos futurs ministres vont se ronger les ongles, avec des portefeuilles bidons, sans fournir de résultats. » Le chef d’Etat devra « choisir des secteurs prioritaires pour « bien travailler », au lieu de bâcler tout en même temps », « renforcer l’autorité de l’Etat par des lois saines et équitables », ou encore « éviter d’ouvrir la boîte de pandores : celle des audits », allusion à une réforme de la fonction publique aussi récurrente qu’ensevelie sous les rapports.

Alpha Condé

« La récréation est-elle terminée, en Guinée ? », demande un billet de Radio Kakan. Selon le commentateur, « le nouveau gouverneur qui sera installé aura la lourde responsabilité de s’attaquer à des domaines sensibles de la vie de la nation guinéenne [...]. Entre autres [...] l’économie nationale, la justice, la sécurité, les transports urbains et interurbains, l’agriculture, la pèche, l’élevage, l’environnement, etc. Dans le domaine de l’économie, qui demeure le point névralgique du bien être de tous les Guinéens, [le pouvoir doit] permettre à la Guinée de se doter d’un plan d’action vigoureux susceptible d’éviter l’inflation galopante qui gangrène au jour d’aujourd’hui nos structures financières ainsi que de production et de développement. » « Dans une Guinée depuis longtemps partitionnée par des divisions ethniques, il n’aura pas la tâche facile », relève Afriqueactu, mentionnant les tensions communautaires ainsi que, par exemple, les craintes des milieux économiques, qui soutenaient plutôt son adversaire. « A 72 ans, Alpha Condé, l’opposant emblématique, sera dans l’histoire de l’Afrique le premier président démocratiquement élu de son pays. Pourvu qu’au-delà des nobles intentions, il travaille ferme à relever l’économie du pays et à donner du travail aux siens qui ont hâte d’oublier les nettoyages ethniques de Sekou Touré [le premier président, de 1958 à 1984] et plus récemment la barbarie du capitaine Dadis Camara [officier autoproclamé président en 2008, après la mort de Lansana Conté, résidant à présent au Burkina Faso]. Notez qu’une bonne partie des intellectuels et de la population active vit aujourd’hui en exil, disséminé à travers le monde », conclut cette analyse. Défis considérables, mais qui partent d’une base démocratique désormais consolidée. Une première assise.

Nicolas DUFOUR

Des policiers, à Conakry, le 1er décembre 2010

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