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Reuters, 14 décembre 2010

Côte d’Ivoire : Alassane Ouattara en appelle à la rue

par Loucoumane COULIBALY, Marc DELTEIL et Gilles TREQUESSER


Scène de marché à Abidjan, le 13 décembre 2010

Le camp de l’ancien Premier ministre, Alassane Ouattara, jugé vainqueur du second tour de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010 par la communauté internationale, en a appelé, mardi 14 décembre, à la rue pour installer son champion au pouvoir.

Côte d’Ivoire


Le président sortant, Laurent Gbagbo, a refusé d’admettre sa défaite après dix ans de pouvoir, bien que les résultats de la Commission électorale indépendante donnant Alassane Ouattara vainqueur du second tour de l’élection présidentielle avec plus de 54 % des voix aient été certifiés par le représentant de l’Organisation des Nations Unies en Côte d’Ivoire. Arrivé en troisième position au premier tour de l’élection présidentielle, Konan Bédié s’est rallié au second tour à Alassane Ouattara, permettant sa large victoire. Laurent Gbagbo a été reconduit au pouvoir avec 51 % des suffrages par un Conseil constitutionnel à sa main. Il refuse de laisser la place au leader nordiste et de céder aux pressions internationales.

Laurent Gbagbo

Pour sortir de cette impasse au risque de provoquer des affrontements, le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), qui regroupe notamment les partisans d’Alassane Ouattara, a appelé "la population ivoirienne dans toutes ses composantes a engager maintenant sur tout le territoire national le combat pacifique et démocratique pour installer les autorités légitimes et légales de Côte d’Ivoire". Le RHDP demande aux jeunes, aux femmes, aux syndicats, à la société civile, aux organisations socio-professionnelles, aux travailleurs et aux fonctionnaires "d’accompagner massivement", jeudi 16 décembre 2010, le gouvernement nommé par Alassane Ouattara jusqu’au siège de la Radio-Télévision ivoirienne (RTI), aux mains des partisans de Laurent Gbagbo, "en vue d’y installer le nouveau directeur général". Le RHDP prévoit, le lendemain, une marche sur les bâtiments du gouvernement pour que celui qu’Alassane Ouattara a nommé et qui est dirigé par l’ancien chef rebelle, Guillaume Soro, puisse en prendre possession. Soro et Ouattara sont actuellement retranchés à l’hôtel du Golf, protégés par des casques bleus de l’ONU. Alassane Ouattara dispose du soutien de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédeao) et de l’Union africaine (UA), qui ont toutes deux suspendu l’appartenance de la Côte d’Ivoire tant que Laurent Gbagbo ne cédera pas le pouvoir, ainsi que de l’Union européenne, des Etats-Unis, qui la menacent aussi de sanctions, et du Conseil de sécurité des Nations Unies. Pour sa part, Laurent Gbagbo dispose du contrôle de l’armée, de la police et de ses miliciens du mouvement des Jeunes patriotes, aussi les risques d’affrontements sont-ils réels maintenant que le clan Ouattara s’est décidé à faire appel à la rue, même s’il présente son initiative comme "pacifique". Laurent Gbagbo s’est lui-même emparé du pouvoir, il y a dix ans, en recourant à la rue pour contraindre au départ l’ancien chef d’état-major, Robert Gueï, qui avait renversé deux ans plus tôt le président, Henri Konan Bédié, qui avait succédé, à sa mort, à Félix Houphouët-Boigny, premier président du pays.

Loucoumane COULIBALY, Marc DELTEIL et Gilles TREQUESSER

Alassane Dramane Ouattara

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