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AFP, 16 décembre 2010

Côte d’Ivoire : Manifestation dispersée dans le sang à Abidjan


Des partisans d’Alassane Ouattara manifestent, à Abidjan, le 16 décembre 2010

Au moins quatre personnes ont été tuées par balles, jeudi 16 décembre 2010, à Abidjan, lors d’une tentative de marche sur la télévision d’Etat ivoirienne à l’appel d’Alassane Ouattara, dont des éléments armés affrontaient violemment les forces fidèles à Laurent Gbagbo, l’autre président proclamé.

Côte d’Ivoire


M. Ouattara a été désigné vainqueur de l’élection présidentielle par la commission électorale, mais le Conseil constitutionnel, acquis au sortant, a invalidé ces résultats et proclamé la victoire de M. Gbagbo. La communauté internationale a quasi-unaniment reconnu la victoire de M. Ouattara, le 28 novembre 2010, et appelé Laurent Gbagbo à céder le pouvoir. L’objectif des forces pro-Ouattara est de faire lever un barrage qui leur barre la route vers la radio-télévision RTI où le Premier ministre de M. Ouattara, le chef des Forces nouvelles, Guillaume Soro, veut se rendre avec ses ministres et ses partisans pour y installer un nouveau directeur général. La marche sur la RTI, pilier du régime de Laurent Gbagbo, est un enjeu majeur de la lutte entre les deux présidents. Devant l’affrontement prévisible, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, a prévenu qu’il "engagerait des poursuites" contre quiconque serait responsable de violences meurtrières, dans un entretien à la télévision France 24. L’armée, fidèle à M. Gbagbo, a averti qu’elle tiendrait l’ONU, qui selon elle soutient la marche, responsables d’éventuelles violences.

Les cadavres de victimes de la répression, à Abidjan, le 16 décembre 2010

Plus tôt dans la matinée, au moins quatre personnes ont été tuées lorsque les Forces de défense et de sécurité ont dispersé des manifestants dans des quartiers populaires. Toujours dans la matinée, des journalistes de l’AFP ont pu voir trois jeunes étendus à terre, inertes dans le quartier d’Abobo, bastion de M. Ouattara. Entre 300 et 400 jeunes pro-Ouattara venaient d’être dispersés par les forces de l’ordre. Près de l’hôtel servant de QG à M. Ouattara, des membres de l’ex-rébellion des Forces nouvelles (FN) échangeaient, en milieu de journée, des tirs nourris avec des éléments des Forces de défense et de sécurité (FDS), loyales à M. Gbagbo. A Adjamé, un photographe de l’AFP a vu les corps de trois personnes tuées par balles. Des témoins ont affirmé qu’elles ont été tuées par les Forces de défense et de sécurité alors que des manifestants cherchaient à se rendre à la télévision dans le quartier voisin de Cocody. A Koumassi, un journaliste de l’AFP a vu la Croix-Rouge emporter le corps d’une victime également tuée par balle. Le camp Ouattara a évoqué un bilan plus lourd, sans qu’il soit possible dans l’immédiat de recouper ces informations. Autour de la RTI, le périmètre a été hermétiquement bouclé par des dizaines de militaires, policiers et gendarmes. Des véhicules blindés, canon pointé vers l’extérieur, ont pris position aux deux extrémités de la grande artère qui longe le bâtiment, gardé par des membres des Forces de défense et de sécurité armés de mitraillettes. Tout comme la France, une vingtaine d’ONG -parmi lesquelles la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et Human Rights Watch (HRW)- ont lancé un appel au calme aux deux camps. Ces ONG estiment à "plusieurs dizaines" le nombre de morts dans le pays depuis le scrutin. Le Parlement européen a adopté, jeudi 16 décembre 2010, une résolution pour demander à la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, de prendre de "nouvelles initiatives" pour soutenir Alassane Ouattara. Le chef de l’ONU, Ban Ki-moon, dit pour sa part craindre un "retour à la guerre civile" dans ce pays coupé en deux depuis le putsch manqué de 2002. C’est dans ce climat que le président de la Commission de l’Union africaine, Jean Ping, pourrait se rendre, d’ici vendredi 17 décembre 2010, à Abidjan, pour tenter d’éteindre le feu et relancer une médiation.

Agence France Presse

Les cadavres de victimes de la répression, à Abidjan, le 16 décembre 2010

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