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lundi 27 février 2017
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Rue 89, 22 décembre 2010

Corruption : En France, un voleur de mobylette risque plus qu’un député fraudeur

par Pierre HASKI


Vue de l’hémicycle de l’Assemblée nationale, à Paris

Triste spectacle, mardi 21 décembre 2010, à l’Assemblée nationale, où les élus du peuple ont décidé -comme l’a parfaitement résumé le député apparenté socialiste René Dosière- qu’« un voleur de mobylette risque désormais plus qu’un député fraudeur ! ». Il faut dire que la coincidence était fâcheuse pour la majorité, entre l’adoption de la loi Loppsi2, un fourre-tout sécuritaire en droite ligne avec le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy, et la valse-hésitation et le compromis indigne de l’UMP sur la peine encourue par les élus qui mentiraient sur leur déclaration de patrimoine.

France


La Loppsi, une nouvelle couche sécuritaire inutile
L’adoption de la Loppsi2 était attendue, et, comme le fait systématiquement Nicolas Sarkozy depuis des années, tant au ministère de l’Intérieur qu’à l’Elysée, cette loi rajoute de la sévérité et de la complexité là où existent déjà de nombreuses lois qui ne parviennent parfois même pas à être mises en oeuvre. Peu importe, l’heure est à l’affichage sécuritaire, et les élus UMP soumis à la surenchère du Front national pourront s’abriter derrière ce catalogue d’une centaine de mesures pour montrer qu’ils « en ont », pour reprendre l’expression de Dominique Paillé, le conseiller de l’Elysée, à propos de Nicolas Sarkozy et des retraites. Au passage, ils auront autorisé l’identification d’une personne par ses empreintes génétiques, le développement de la vidéosurveillance, le renforcement des polices municipales, l’instauration de peines planchers en direction des auteurs de violences aggravées qui ne concernaient jusqu’ici que les multirécidivistes, ou encore le durcissement des sanctions en matière de délits routiers... Et même le retour de la « double peine » pour les étrangers reconnus coupables de crimes, revenant sur un progrès réalisé par Nicolas Sarkozy alors qu’il était à l’intérieur, au risque de se retrouver en contradiction avec la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. La gauche et les associations se sont opposées à cette loi, et ont promis de revenir en arrière, si la gauche remporte les élections de 2012.

Jean-François Copé

Mais ce vote déjà passablement controversé, qui doit encore être confirmé au Sénat, serait mieux passé si l’UMP n’avait vécu, en parallèle, un psychodrame aux allures de faute politique, le premier faux pas du nouveau tandem à la tête du parti majoritaire, le « patron » Jean-François Copé, malencontreusement en vacances à Cuba au moment du drame, et Christian Jacob, son successeur à la tête du groupe parlementaire, laissé seul à la manoeuvre. Jean-François Copé et Christian Jacob ont en effet poussé un amendement visant à s’opposer à la création d’une incrimination pénale spécifique pour les députés faisant de fausses déclarations de patrimoine, une mesure pourtant consensuelle à droite comme à gauche. A l’arrivée, devant le tollé, ils ont retiré leur amendement, mais, dans un indigne compromis, les députés ont adopté une disposition selon laquelle tout député qui aura omis « sciemment » de déclarer son patrimoine, ou en aura fourni une évaluation « mensongère », pourra être puni de 30000 euros d’amende et, même de la privation de ses droits civiques, mais pas de la peine de prison prévue initialement dans le texte. Une concession faite à Christian Jacob. Avec leur initiative, Jean-François Copé et Christian Jacob ont fait voler en éclat le consensus autour de cette question, y compris dans leur propre camp, puisque François Fillon, le premier ministre, dont on sait qu’il était favorable à l’incrimination, s’est courageusement abstenu de participer à la réunion du groupe parlementaire pour ne pas se mêler de la querelle. Mais il fallait entendre l’ancien patron de l’UMP, Xavier Bertrand, récemment poussé hors de la présidence de l’UMP par Jean-François Copé, juger cette initiative « incompréhensible », tout comme les élus du Nouveau Centre qui l’ont jugée « inadmissible ». Le patron des députés NC François Sauvadet, a vu le piège en s’exclamant : « Je ne comprends pas que l’on adresse aujourd’hui ce signal à l’opinion publique ! » Et c’est à René Dosière qu’est revenu le meilleur résumé de la journée peu glorieuse de l’Assemblée dominée par l’UMP : « Le signal envoyé, le jour du vote de la loi sur la sécurité (Loppsi 2), c’est qu’un voleur de mobylette risque plus qu’un député fraudeur ! » La « République exemplaire » de Nicolas Sarkozy en aura pris un coup de plus, mardi 21 décembre 2010, avec une majorité qui ne sait plus où donner de la tête, affolée par la (re)montée du Front national et donnant dans la surenchère sécuritaire, tout en alimentant le « tous pourris » cher au FN et repris en choeur par Marine Le Pen, en minimisant le risque pour les élus menteurs.

Pierre HASKI

Christian Jacob

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