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Le Temps, 23 décembre 2010

Côte d’Ivoire : Les expatriés plient bagage

par Angélique MOUNIER-KUHN


Un embouteillage à Abidjan, le 22 décembre 2010

« Mesure de sécurité », de « prudence », indique Paris. « Nouveaux affrontements et explosions de violence prévisibles », alerte de son côté Berlin. Alors que Guillaume Soro, le premier ministre d’Alassane Ouattara, le président légitimement élu le 28 novembre 2010, a enjoint, mercredi 22 décembre, la communauté internationale à recourir à « la force » pour bouter Laurent Gbagbo hors du pouvoir, les Occidentaux plient bagage en Côte d’Ivoire.

Côte d’Ivoire


La France et l’Allemagne ont appelé leurs ressortissants à prendre le large. Cette recommandation s’adresse à près 14000 Français -dont la moitié détient la double nationalité- et aux quelque 80 Allemands encore présents sur place. Stockholm a aussi invité les 24 Suédois recensés en terre ivoirienne à s’en aller. De son côté, l’ambassade de Suisse à Abidjan a adressé un message électronique aux ressortissants suisses recommandant « aux personnes dont la présence n’est pas indispensable sur place de quitter temporairement la Côte d’Ivoire jusqu’à ce que la situation se normalise ».

Des soldats de l’ONU à Abidjan, le 22 décembre 2010

S’agissant de l’interdiction de visa décrétée cette semaine par l’Union européenne et les Etats-Unis à l’encontre du président autoproclamé Laurent Gbagbo et de son entourage, le Département fédéral suisse des Affaires étrangères a fait savoir, mercredi 22 décembre 2010, que « la Suisse n’était pas obligée de reprendre les sanctions de l’Union européenne ». Berne indique néanmoins en « avoir pris connaissance » et évaluer l’opportunité de décider à son tour de mesures « à la lumière de la situation et des derniers développements ». Si les flux d’échanges commerciaux entre les deux pays sont modiques (40 millions de francs suisses en 2008), la Suisse est très présente en Côte d’Ivoire, dont elle est le deuxième investisseur étranger après la France (le troisième si l’on prend en compte les activités pétrolières offshore accaparées par les Britanniques). Nestlé, Holcim, SGS, ABB, MSC : tous les poids lourds industriels de la Confédération sont établis dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Ils y emploient des centaines de travailleurs locaux, seule la direction des affaires étant confiée à des expatriés. « Au total, une cinquantaine de familles suisses sont installées en Côte d’Ivoire », estime Nicolas Houard, le président de SwissCham CI, la chambre de commerce suisso-ivoirienne et administrateur de l’armateur MSC en Côte d’Ivoire. Il y vit depuis des années : « Nous faisons attention à notre sécurité, mais la situation n’a rien à voir avec 2002 [ndlr : coup d’Etat] ou 2004 [ndlr : Paris évacue ses ressortissants pourchassés par les Jeunes patriotes de Laurent Gbagbo]. C’est une affaire entre Ivoiriens. Les étrangers ne sont pas montrés du doigt ni agressés. S’ils partent, c’est uniquement parce que les gouvernements extérieurs le demandent. » Ces derniers « en font trop », voire « ils s’ingèrent de façon brutale comme la France », avance l’homme d’affaires, qui revendique sa neutralité dans la crise politique ivoirienne et affirme n’avoir aucune intention de retirer ses enfants de l’école ou de quitter le pays. « Nous veillons de manière récurrente à la sécurité de notre personnel. Pour l’instant, nous ne sommes pas en situation d’évacuation », assure pour sa part Jean-Luc de Buman, responsable de la communication à la SGS. La multinationale basée à Genève, qui emploie 450 personnes en Côte d’Ivoire, essentiellement autochtones et actives dans le contrôle technique de véhicules, l’agriculture ou le contrôle douanier, constate que son activité a « un peu ralenti » depuis le début de la crise politique, fin novembre 2010. Le chocolatier zurichois Barry Callebaut affirme pour sa part que les « frictions » n’ont pas vraiment affecté ses affaires, et dit se tenir prêt à rapatrier ses expatriés (moins d’une dizaine sur 450 employés) « si nécessaire ». Son concurrent américain Cargill a déjà exfiltré depuis plusieurs jours son personnel étranger, tout comme la compagnie française de téléphonie Orange. De son côté, Nestlé explique que « la plupart » de ses expatriés responsables de ses deux usines et son centre de recherche à Abidjan (plus de 1000 employés au total) a quitté le pays en raison des vacances de fin d’année ». Difficile en somme de dire, alors que les rumeurs les plus folles courent dans les rues d’Abidjan et que les SMS sont bloqués, si c’est la peur ou les vacances, arrivées à point nommé, qui poussent au départ. L’ambassade de Suisse indiquait, mercredi 22 décembre, être en contact avec 160 de ses ressortissants, la plupart résidant dans la capitale économique, contre 216 le 5 décembre, « signe qu’une partie (d’entre eux) a quitté temporairement le pays ».

Angélique MOUNIER-KUHN

Des soldats de l’ONU à Abidjan, le 22 décembre 2010

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