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jeudi 23 mars 2017
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Reuters, AFP, Le Figaro, 25 décembre 2010

Côte d’Ivoire : La CEDEAO met Gbagbo en demeure de céder le pouvoir

par Camillus EBOH, Afolabi SOTUNDE et Nicole DUPONT


Manifestation contre les exactions des partisans de Laurent Gbagbo, à Abidjan, le 22 décembre 2010

La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a annoncé, jeudi 23 décembre 2010, l’envoi en Côte d’Ivoire d’un émissaire pour faire savoir au président sortant, Laurent Gbagbo, qu’il doit céder le pouvoir, faute de quoi il s’expose au recours à une "force légitime".

Côte d’Ivoire


A l’issue du second tour de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010, Laurent Gbagbo a été désigné vainqueur par le Conseil constitutionnel, contrairement aux résultats proclamés par la Commission électorale indépendante. La victoire d’Alassane Ouattara a été reconnue par les Nations Unies et par de nombreux gouvernements étrangers. Les Etats-Unis et l’Union européenne ont imposé des restrictions aux déplacements de Laurent Gbagbo et de son entourage, tandis que la Banque mondiale et la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest a gelé les fonds destinés à la Côte d’Ivoire pour tenter de l’amener à renoncer au pouvoir.

Des blindés devant le QG de l’ONU, à Abidjan, le 24 décembre 2010

"Au cas où M. Gbagbo ne cèderait pas à cette demande (de céder le pouvoir) de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, la communauté n’aura d’autre choix que de prendre d’autres mesures, notamment la force légitime", dit le communiqué de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest publié à l’issue d’un sommet extraordinaire à Abuja. "Le sommet a décidé de faire un dernier geste en direction de M. Gbagbo en l’exhortant à faire une sortie pacifique. A cet effet, l’autorité a décidé de dépêcher une délégation spéciale de haut niveau en Côte d’Ivoire". Il s’agit de la seconde réunion en un mois de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest dans la capitale nigériane pour discuter de la crise en Côte d’Ivoire. Le communiqué ne précise pas la composition de la délégation ni la date de sa visite en Côte d’Ivoire. La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest a averti qu’elle réunirait sans délai les chefs d’état-major des quinze pays membres pour préparer une éventuelle intervention au cas où Laurent Gbagbo ne s’inclinerait pas.

Camillus EBOH, Afolabi SOTUNDE et Nicole DUPONT

Vue de l’hôtel du Golfe, QG d’Alassane Ouattara, à Abidjan, le 24 décembre 2010

La CEDEAO en appelle à la justice internationale

Les Pays d’Afrique de l’Ouest ont menacé, vendredi 24 décembre 2010, de traîner devant la justice internationale les responsables des morts en Côte d’Ivoire lors des récentes violence, dans un communiqué à l’issue d’un sommet des chefs d’états de la région à Abuja. "La conférence regrette le niveau excessivement élevé des perte en vies humaines enregistrées depuis le 7 décembre et avertit les responsables de ces actes qu’ils feront l’objet de poursuites devant les tribunaux internationaux pour ces violations des droit humains, dans les délais les plus rapides", assure le communiqué final du sommet de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest.

Des blindés de l’ONU devant l’hôtel du Golfe, à Abidjan, le 24 décembre 2010

Alassane Ouattara en appelle à l’armée

L’ONU a affirmé, cette semaine, qu’entre « le 16 et le 21 décembre » 2010 elle avait reçu des informations « sur 173 meurtres », en dénonçant « l’usage excessif » de la force par le camp Gbagbo. Elle a mentionné la présence de mercenaires étrangers, en particulier libériens, en Côte d’Ivoire. Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Liberia, a confirmé la présence de combattants de son pays, les menaçant de poursuites en justice.

Un soldat de l’ONU garde l’hôtel du Golfe, à Abidjan, le 24 décembre 2010

Le chef d’Etat choisi par les Ivoiriens sort de son silence. Alassane Ouattara, président ivoirien reconnu par la communauté internationale, a appelé, vendredi 24 décembre 2010, l’armée fidèle à son rival, Laurent Gbagbo, à lui obéir et à protéger la population des « atrocités » commises par des éléments armés, parmi lesquels « des mercenaires et des miliciens étrangers ». « De graves violations des droits de l’Homme sont constatées partout », a ainsi lancé Alassane Ouattara dans une déclaration prononcée à l’occasion de Noël depuis l’hôtel d’Abidjan où il est retranché avec son gouvernement. « En tant que chef suprême des armées, je demande aux Forces de défense et de sécurité d’assurer leur mission républicaine de protection des populations contre les miliciens et mercenaires étrangers qui font couler le sang des Ivoiriens », a-t-il expliqué. Alassane Ouattara a affirmé que pendant le couvre-feu de près d’un mois (du 27 novembre au 21 décembre), « des personnes ont été enlevées et exécutées par des éléments de la Garde républicaine et du Cecos (forces spéciales), appuyés par des mercenaires et des miliciens étrangers ». Il a assuré « que la justice sera saisie pour faire la lumière sur ces actes odieux. Une Commission d’enquête nationale sera constituée », dont « les résultats seront rendus publics et les auteurs sanctionnés ». Il a rappelé avoir demandé la venue en Côte d’Ivoire d’une mission de la Cour pénale internationale (CPI) « dans les tout prochains jours ». Il s’est également adressé à Laurent Gbagbo, lui demandant « une dernière fois de se plier au choix des Ivoiriens en cédant le pouvoir immédiatement ». C’est la première fois qu’Alassane Ouattara s’exprime publiquement depuis début décembre. Jusqu’alors, c’est son premier ministre, Guillaume Soro, également chef de l’ex-rébellion des Forces nouvelles (FN), qui se trouvait en première ligne, multipliant les déclarations à la presse internationale. Jeudi 23 décembre, il a notamment expliqué que la seule solution pour sortir de la crise ivoirienne était « la force ».

Agence France Presse

Alassane Dramane Ouattara

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