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AFP, 26 décembre 2010

Côte d’Ivoire : Laurent Gbagbo prend les immigrés en otages

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Vue de l’hôtel du Golfe, QG d’Alassane Ouattara, à Abidjan, le 24 décembre 2010

Menacé d’un recours à la force par l’Afrique de l’Ouest, le gouvernement de Laurent Gbagbo a dénoncé, samedi 25 décembre 2010, un complot « inacceptable » du « bloc occidental dirigé par la France » et mis en garde contre un risque de guerre civile en Côte d’Ivoire où vivent des millions d’immigrés.

Côte d’Ivoire


La crise dans ce pays née de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010 a connu un tournant depuis que la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a menacé, vendredi 24 décembre, en sommet à Abuja, au Nigeria, d’user de la « force légitime » si Gbagbo ne cédait pas le pouvoir à son rival, Alassane Ouattara, reconnu président par la communauté internationale, ONU en tête. Une mission de la CEDEAO, composée des présidents béninois Boni Yayi, cap-verdien Pedro Pires et sierra-léonais Ernest Koroma, est attendue, mardi 28 décembre, à Abidjan. C’est la première fois que Laurent Gbagbo, qui a ignoré jusque-là ultimatum et sanctions, est directement sous la menace d’une opération militaire. « Inacceptable », a tonné le porte-parole du gouvernement Gbagbo, Ahoua Don Mello, fustigeant « un complot du bloc occidental dirigé par la France ». Assurant à l’AFP ne pas croire « du tout » à une opération militaire, M. Don Mello a évoqué un risque de « guerre civile » si ce projet était mis à exécution. « Tous les pays (d’Afrique de l’Ouest) ont des ressortissants en Côte d’Ivoire. Ils savent que s’ils attaquent la Côte d’Ivoire de l’extérieur, ça va se transformer en guerre civile à l’intérieur », a-t-il insisté. « Est-ce que le Burkina Faso est prêt à accepter trois millions de Burkinabè de retour » de Côte d’Ivoire dans leur pays d’origine, a-t-il interrogé, prédisant que les pays de la CEDEAO « ne s’attaqueront pas eux-mêmes ». « Le peuple de Côte d’Ivoire va se mobiliser » face aux pressions qui « excitent son patriotisme », a-t-il encore juré. L’un des avocats les plus enflammés de Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé, chef des « Jeunes patriotes », a mobilisé ces derniers jours ses partisans, à Abidjan, en vue du « combat » pour la « souveraineté » ivoirienne. Il prévoit une grande manifestation, mercredi 29 décembre, dans la capitale économique. Environ 14000 Ivoiriens ont déjà fui vers le Liberia voisin en près d’un mois, pour échapper aux violences, et certains ont été empêchés par des éléments des Forces nouvelles (ex-rébellion alliée à Alassane Ouattara) de traverser la frontière, ont indiqué, samedi 25 décembre, les Nations Unies.

Charles Blé Goudé

En plus d’un recours à la force, l’organisation régionale a également menacé de poursuites internationales les responsables des récentes violences, qui ont fait 173 morts selon l’ONU entre le 16 et le 21 décembre. Le ministre de l’Intérieur de Laurent Gbagbo, Emile Guiriéoulou, a démenti, samedi 25 décembre, ce chiffre. « Le bilan, nous l’avons donné, il est connu. Il n’est pas bon d’exagérer des choses parce qu’on cherche un but politique à atteindre », a-t-il dit. Le 20 décembre, il avait indiqué que 25 personnes avaient été tuées, dont 14 au sein des forces de l’ordre.

Laurent Gbagbo

Coincé dans un hôtel de luxe d’Abidjan, soumis à un blocus des forces fidèles à Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara était sorti, vendredi 24 décembre, d’un silence de plusieurs semaines pour appeler solennellement les militaires favorables à M. Gbagbo à lui obéir et à protéger la population contre les « atrocités » commises notamment par « des mercenaires et des miliciens étrangers ». Si l’armée lui fait toujours défaut, Alassane Ouattara a marqué un point, jeudi 23 décembre, quand l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a décidé de lui accorder le contrôle des comptes ivoiriens à la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Le gouvernement de Laurent Gbagbo a rejeté une décision « illégale » qui pourrait s’avérer lourde de conséquences pour lui, même si les salaires des fonctionnaires de décembre ont commencé à être payés cette semaine. Le pape, Benoît 16, a appelé, samedi 25 décembre, dans son message traditionnel de Noël, à « une paix durable » en Côte d’Ivoire, où la fête avait un goût amer. Le pays avait pourtant espéré, à la faveur de l’élection présidentielle, clore une décennie de crises précisément ouverte le jour de Noël 1999, avec le premier coup d’Etat de l’histoire du pays.

Agence France Presse

Alassane Dramane Ouattara

Commentaire

Laurent Gbagbo menace de d’orchestrer des agressions contre les immigrés qui séjournent en Côte d’Ivoire, lesquels sont donc considérés comme des otages. On relèvera que toute la stratégie de Laurent Gbagbo consiste à prétendre incarner la souveraineté ivoirienne. Autrement dit, selon lui, sa cause serait celle du pays. En réalité, sa cause n’est que celle d’un despote qui a mis le pays en coupe réglée à son profit personnel et au profit de son clan, et qui refuse d’amettre sa défaite à l’élection présidentielle. Elle est devenue la cause d’un criminel qui a orchestré des assassinats et une campagne de terreur contre les partisans d’Alassane Ouattara, le président légitime.

Tout ceci ne fait que souligner la nécessité de mettre hors d’état de nuire Laurent Gbagbo et son gang. Ces gens doivent être arrêtés et traduits devant la Cour pénale internationale. Quant au risque de guerre civile, ce n’est certainement pas une attitude passive ou de molles protestations face aux agissements de Laurent Gbagbo qui le diminueront, bien au contraire. Laurent Gbagbo agitera systématiquement la menace d’une guerre civile à l’appui de n’importe laquelle de ses exigences et s’efforcera de toute façon de susciter un climat de guerre civile en Côte d’Ivoire. Il y a donc lieu d’organiser au plus vite une opération coup de poing pour s’emparer simultanément de Laurent Gbagbo et de sa clique, ainsi que des dirigeants de l’armée et de la police qui le soutiennent parce qu’il les a achetés. Là où il y avait un risque de guerre civile, on ne risquera plus que quelques jours d’émeutes. Ces émeutes cesseront lorsque les agitateurs constateront que Laurent Gbagbo n’est plus en mesure de distribuer des places et des pots-de-vin. Tout son entourage d’opportunistes le laissera alors froidement tomber et tentera de s’enfuir avec le pactole qu’il a réussi à amasser sous son régime.

Frank BRUNNER

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