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Le Temps, 28 décembre 2010

Côte d’Ivoire : Une pénurie de vivres s’ajoute aux tensions politiques

par Ram ETWAREEA


Un blindé de l’ONU patrouille à Abidjan, le 27 décembre 2010

Un mois après l’éclatement de la crise politique entre Alassane Ouattara, vainqueur désigné du second tour de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010, et le président sortant, Laurent Gbagbo, qui ne veut pas reconnaître sa défaite, Abidjan connaît une pénurie de vivres. Couvre-feu, enlèvements, violences et barrages routiers ont fini par dissuader les camionneurs de transporter les produits de consommation courante dans la capitale économique ivoirienne. Résultat : les marchés ne sont plus approvisionnés, les prix flambent et, selon plusieurs journaux, les populations dans les zones urbaines éprouvent des difficultés à s’alimenter. Pour ne rien arranger, Abidjan connaît une pénurie de gaz butane en bonbonne et le charbon de bois est aussi devenu introuvable.

Côte d’Ivoire


Un interlocuteur ivoirien contacté par téléphone affirme que ce n’est pas la production agricole qui fait défaut. Celle-ci provient surtout du nord du pays hostile à Laurent Gbagbo. Mais les camionneurs de cette région rechignent à faire le déplacement, par peur des violences, mais aussi à cause des tracasseries aux multiples barrages installés à l’approche de la capitale économique par les forces armées fidèles au président sortant. « Par conséquent, l’inflation repart de plus belle, déplore notre interlocuteur. Le litre d’huile coûte plus cher à Abidjan qu’en Suisse. Le sucre produit en Côte d’Ivoire est introuvable au pays, mais est disponible à prix cassés dans les pays voisins. » La télévision ivoirienne DjibiTV estime que « cette situation prend des proportions inquiétantes et s’étend à l’ensemble du pays. Face à cela, tout le monde s’interroge : mais où est passé le sucre ? » Laurent Gbagbo, qui contrôle toujours l’appareil gouvernemental et surtout qui ne sous-estime pas les conséquences d’un mécontentement généralisé, n’est pas resté les bras croisés. A la fin de la semaine dernière, quatre de ses « ministres » ont convoqué la Fédération nationale des coopératives du vivrier et constaté que « la flambée des prix n’était pas liée à la production et que les camionneurs refusaient de prendre des risques ». Selon Fraternité Matin, quotidien proche du clan Gbagbo, ils ont voté une résolution selon laquelle des moyens de transport devaient être mis à disposition des agriculteurs. Selon un autre interlocuteur ivoirien, le « gouvernement » veut importer de la viande du Ghana, ce qui permet d’éviter la dépendance vis-à-vis du nord acquis à Alassane Ouattara. Pour ce qui est du gaz butane, le « ministre » du Commerce a dépêché des inspecteurs des prix pour lutter contre le marché noir. Ces derniers ont constaté que le produit était disponible, mais que son prix avait doublé. Ils ont à ce jour ordonné l’arrestation de 35 revendeurs qui avait profité de la situation de pénurie. Le « président » Gbagbo a réussi un autre tour de force, à la fin de la semaine dernière, afin d’étouffer tout mécontentement au sein des forces armées et de la fonction publique qui ont reçu leur salaire pour le mois de décembre 2010. Mais rien n’indique que cela sera le cas en janvier 2011.

Un blindé de l’ONU à Abidjan, le 27 décembre 2010

C’est dans cette ambiance que l’appel à la grève générale pour lundi 27 décembre 2010, lancé par le camp Ouattara afin de faire partir Laurent Gbagbo par la pression populaire, n’a pas été suivi à Abidjan. L’AFP a constaté que les activités -taxis, marchands ambulants et commerce- avaient repris après le week-end de Noël. Le pays vit aussi dans l’attente de l’arrivée, mardi 28 décembre, d’une délégation de trois chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Leur mission : exhorter Laurent Gbagbo à renoncer au pouvoir ou faire face à une action militaire. En attendant, quelque 14000 Ivoiriens, selon l’ONU, ont préféré se réfugier au Liberia voisin.

Ram ETWAREEA

Un blindé de l’ONU est suivi par des gendarmes de Laurent Gbagbo, à Abidjan, le 27 décembre 2010

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