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jeudi 23 février 2017
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Le Monde, 11 juin 2004

Etats-Unis : Pour la presse, "leur logique est celle de régimes criminels"


Depuis que les notes des conseillers juridiques du gouvernement des Etats-Unis ont filtré dans la presse, les quotidiens américains dénoncent, parfois en termes très durs, l’existence et les termes du débat sur l’usage de la torture au plus haut niveau de l’exécutif.


"Il n’y a aucune justification, légale ou morale, aux jugements faits par des responsables politiques nommés par M. Bush aux ministères de la justice et de la défense", écrivait ainsi le Washington Post, dans un éditorial du 9 juin 2004. "Leur logique est celle des régimes criminels, des dictatures qui, dans le monde, autorisent la torture au nom de la "sécurité nationale". Depuis des décennies, le gouvernement américain a mené des campagnes diplomatiques contre de tels gouvernements hors la loi -des juntes militaires d’Argentine et du Chili aux autocraties actuelles de pays islamiques comme l’Algérie et l’Ouzbekistan- selon lesquels la torture est justifiée pour lutter contre le terrorisme. Le fait que des responsables américains ont officiellement avalisé des principes qui furent ceux d’Augusto Pinochet couvrent de honte la démocratie américaine -même s’il est vrai, comme le soutient l’administration, que ces théories n’ont pas été mises en pratique. Même sur le papier, le raisonnement de l’administration fournira une excuse toute prête pour que des dictateurs, particulièrement ceux alliés à l’administration Bush, continuent de torturer et de tuer des détenus."

Que ces rapports placent au plus haut niveau de l’Etat la responsabilité de ce qui s’est passé à Abou Ghraib est souligné par tous. Le même jour, le New York Times écrivait, dans un éditorial : "Chaque nouvelle révélation rend plus évident que l’inhumanité à Abou Ghraib provient d’une culture moralement douteuse d’opportunisme légal et d’un mépris pour le comportement normal favorisé au plus haut niveau de l’administration." Pour le Los Angeles Times, les notes parues dans la presse emploient "les mots de gouvernants hors de contrôle désireux de mettre au rebut les valeurs les plus fondamentales de cette nation".

Les journaux reprochent aussi aux responsables de l’administration leur refus de faire toute la lumière sur les consignes et les directives qu’ils ont effectivement données aux forces sur le terrain. "Le ministre de la justice, John Ashcroft, a assuré à la commission des lois du Sénat que M. Bush n’avait pas ordonné la torture, écrit le New York Times.

Ces explications seraient plus rassurantes si la définition de l’administration de ce qui est légal n’était pas si glissante et si le Pentagone, le ministère de la justice et la Maison Blanche acceptaient de rendre publics les documents à l’appui de leurs explications. (...) Nous ne savons pas à quel niveau de la chaîne de commandement l’autorisation de maltraiter les prisonniers a été donnée, et nous ne le saurons peut-être jamais, parce que l’armée enquête sur elle-même et que le Pentagone donne des réponses évasives à la commission de la défense du Sénat." Mais, conclut le quotidien new-yorkais, "ce que nous avons vu (...) montre clairement que M. Bush a donné le ton de cette épouvantable situation en apposant une fausse étiquette "guerre contre le terrorisme" sur l’invasion de l’Irak".

Le Monde

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