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AFP, 6 janvier 2011

Algérie : Multiplication des manifestations contre la pauvreté


Des policiers anti-émeute à Oran, le 6 janvier 2011

La jeunesse est de nouveau descendue, jeudi 6 janvier 2011, dans les rues de l’Algérie, pour protester avec violence contre la vie chère, le manque de logements et le chômage dans ce pays riche en hydrocarbures, selon des témoins et la presse.

Algérie


Contrairement aux émeutes de 1988 survenues alors que les caisses de l’Etat algérien étaient vides, le gouvernement a annoncé fièrement que le pays disposait de 155 milliards de dollars de réserves en devises à la fin décembre 2010 et que ses recettes en hydrocarbures avaient atteint 55,7 milliards de dollars. Actuellement, 75 % des Algériens ont moins de 30 ans et plus de 20 % des jeunes sont chômeurs, selon le Fonds monétaire international. A l’aube de son troisième mandat, en 2009, le président, Abdelaziz Bouteflika, s’était engagé à construire un million d’appartements manquants depuis le séisme de 2003 et le triplement de la population (35,6 millions d’habitants) depuis l’indépendance en 1962. 10000 habitations ont été livrées, en 2010, à Alger. Des manifestations éclatent depuis des mois, par petits groupes, un peu partout dans le pays, pour dénoncer l’absence de logements sociaux, les passe-droits et la corruption. Dans le même temps, des bidonvilles illégaux sont rasés. Cette situation les fait fuir vers l’Europe. Faute de visas, ils partent en haute mer au risque de leur vie et, toutes les semaines, les tentatives de dizaines d’entre eux échouent.

Scène d’émeute à Alger, le 6 janvier 2011

Mercredi 5 janvier 2011, le ministre du Commerce, Mustapha Benbada, affirmait que l’"Etat continuera à subventionner les produits" de première nécessité. En plein Alger, jeudi 6 janvier, en milieu d’après-midi, la quasi-totalité des commerces avaient baissé leurs rideaux, bien plus tôt qu’à l’accoutumée en veille de week-end. Une boutique de chaussures de luxe de la rue très prisée de Didouche Mourad a même vidé son commerce : "on ferme en attendant de voir ce qui va se passer", a lancé un employé. Des centaines de jeunes des communes entourant la ville de Boumerdès, mais aussi à Béjaia, ont bloqué les principales routes régionales pour crier leur colère, a rapporté le journal El-Watan en ligne, selon lequel les autorités y ont envoyé "d’importants convois de forces anti-émeutes". Dans la nuit de mercredi 5 janvier à jeudi 6 janvier, à Bab el Oued, un quartier populaire du vieux centre d’Alger, des dizaines de jeunes qui ont attaqué le commissariat local à coups de pierres. Ils ont également saccagé et incendié nombre de magasins dont celui du concessionnaire de Renault réduisant en carcasses une dizaine de véhicules, a constaté un photographe de l’AFP. Que ce soit à Alger, mais aussi dans des villes aussi lointaines qu’Oran, le modus operandi a été le même. L’Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA) a reconnu que "l’augmentation des prix relevée ces derniers jours est forte, car il s’agit de hausses de 20 % voire de 30 %". Selon l’UGCAA, les prix notamment du sucre et de l’huile ont "fortement" augmenté début janvier.

Scène d’émeute à Alger, le 6 janvier 2011

Mohammed Saib Musette, sociologue du Centre de recherches de l’économie appliquée au développement (CREAD), tire la sonnette d’alarme. "Je crains que la situation s’embrase", a-t-il souligné à l’AFP, alors que le pays est en Etat d’urgence depuis la décennie noire anti-islamiste des années 1990. "Il y a un effet de contagion, notamment quand on pense à ce qui se passe avec la Tunisie" (où des manifestations violentes depuis décembre ont fait quatre morts), selon M. Musette, même si "la situation n’est pas semblable". "Il y a plus de libertés ici", compare-t-il, et "l’Algérie est un pays très riche", grâce à ses hydrocarbures.

Agence France Presse

Un émeutier arrêté par des policiers, à Alger, le 6 janvier 2011

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