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AFP, 11 janvier 2011

Informations internationales : L’inquiétante volatilité des prix des matières premières agricoles


Vue du New York Stock Exchange

Le rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation de l’ONU tire le signal d’alarme sur la hausse des prix des denrées alimentaires. "Les stocks ont été regarnis en 2008 et en 2009, mais l’écart entre la réalité de ces stocks et l’évolution des prix sur les marchés est parfois considérable. En ce sens, nous vivons aujourd’hui le début d’une crise alimentaire similaire à celle de 2008", s’inquiète, mardi 11 janvier 2011, Olivier de Schutter, dans Les Echos, en référence à l’explosion des prix alimentaires de 2008, qui avait provoqué des émeutes de la faim dans une trentaine de pays dans le monde. Selon lui, "quatre-vingts pays environ sont en situation de déficit alimentaire. Une hausse très dangereuse pour ces pays. C’est pourquoi il ne faut pas répéter les erreurs commises il y a trois ans", avertit-il.

Scène de marché à Hefei, en Chine


L’indice mesurant les évolutions de prix d’un panier de céréales, oléagineux, produits laitiers, viande et sucre est au plus haut depuis sa création, en 1990, annoncé la semaine dernière la FAO, l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture. "Aujourd’hui comme en 2008, il n’y a pas de problème de pénurie. Mais, lorsque des informations sur des incendies en Russie, une canicule en Ukraine, des pluies trop fortes au Canada ou autres s’accumulent, certains opérateurs de marché préfèrent ne pas vendre tout de suite, tandis que les acheteurs cherchent à acheter autant que possible. Si tout le monde fait ça, les prix augmentent", résume M. de Schutter. Il propose d’encourager les pays à reconstituer des stocks alimentaires pour "lisser les prix". "Si les réserves sont gérées avec les organisations paysannes, cela protégera producteurs et consommateurs contre des prix très volatils", avance Olivier de Schutter. Il appelle également à imposer davantage de transparence sur les opérations de gré à gré sur les marchés des dérivés où, selon lui, "92 % des opérations se déroulent dans l’opacité. Les zones les plus menacées par une crise alimentaire sont les pays du Sahel "parce qu’ils sont en situation de déficit alimentaire", assure le rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation de l’ONU. L’augmentation du prix des matières premières agricoles fragilise aussi des pays pauvres comme le Mozambique, "qui ont peu de réserves de devises", ajoute Olivier de Schutter. Des pays d’Asie centrale, comme l’Afghanistan et la Mongolie, sont aussi dans une situation "très fragile". La Corée du Nord n’est pas non plus épargnée, assure le responsable onusien.

Un entrepôt de riz à Taguig, aux Philippines

Mardi 11 janvier 2011, le ministre français de l’Agriculture, Bruno Le Maire, a plaidé pour un "encadrement et une limitation de la spéculation" sur les matières premières agricoles, ainsi que pour une meilleure coordination entre Etats. "La question de la volatilité des prix agricoles n’est pas accessoire, c’est un sujet qui nous concerne tous", a-t-il déclaré. Il a par ailleurs assuré qu’il n’était "pas question de limiter les exportations françaises de blé", après avoir évoqué une telle possibilité en cas de nouvelle dégradation des stocks nationaux. Le ministre a souligné que pour l’heure les réserves françaises de céréales étaient suffisantes. La Russie ayant cessé toutes ses exportations en juillet 2010 pour cause de sécheresse, les prix du blé ont doublé en trois semaines, indique le ministre. Le prix de la tonne de blé tourne autour de 220 euros aujourd’hui, contre 100 euros début juillet 2009, et il "sera peut-être à 300 euros" bientôt.

Agence France Presse

Scène de marché à Alger, en Algérie

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