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lundi 24 avril 2017
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AFP, 24 janvier 2011

Informations internationales : Human Rights Watch dénonce la diplomatie molle de l’ONU et de l’Union européenne


Omar Al-Bashir

L’ONU et l’Union européenne font une grave erreur en misant sur la persuasion en coulisses et non sur la condamnation publique pour amener les régimes répressifs comme celui de la Chine à cesser de violer les droits de l’Homme, a estimé, lundi 24 janvier 2011, Human Rights Watch dans son rapport annuel.

Than Shwe


L’organisation non gouvernementale qui a son siège à New York braque les projecteurs sur "l’échec des pays censés être les champions" de ces droits, prévient son directeur général, Kenneth Roth, dans son introduction au document de 600 pages. Aux yeux de M. Roth, l’erreur fondamentale du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, et de bien des pays siégeant à la Commission des droits de l’Homme, est de faire passer "dialogue et coopération" avant toute pression publique sur les Etats fautifs. M. Ban a, selon lui, le tort de "surévaluer sa capacité de persuasion par le biais de contacts personnels avec des gens comme le président soudanais, Omar Al-Béchir, le chef de la junte militaire birmane, Than Shwe, et le président sri-lankais, Mahinda Rajapaksa". Et, souligne-t-il, "l’Union européenne semble avoir particulièrement adhéré à cette idée", sa Haute représentante pour les Affaires étrangères Catherine Ashton, "exprimant de manière répétée sa préférence pour une "diplomatie tranquille", quelles que soient les circonstances". Ce qui explique pourquoi le directeur général de Human Rights Watch a choisi Bruxelles pour présenter le rapport à la presse, lundi 24 janvier 2011. M. Roth reproche notamment à l’Union européenne une "approche obséquieuse" à l’égard de l’Ouzbékistan -dont le président Islam Karimov effectue justement lundi une visite à Bruxelles- et du Turkménistan. Si l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni sont jugés complaisants à l’égard de Pékin, l’attitude diplomatique controversée de Paris pendant la crise en Tunisie n’est pas évoquée, la période sous revue s’arrêtant à novembre 2010.

Islam Karimov

L’Union européenne et l’ONU ne sont cependant pas les seules visées, puisque M. Roth critique aussi les Etats-Unis, pour s’être abstenus d’intervenir "avec énergie auprès par exemple de la Chine, de l’Inde et de l’Indonésie" quand le besoin s’en faisait sentir. Il ironise sur le président Barack Obama qui se retrouve ainsi "parfois privé de sa fameuse éloquence". Il conclue à "la lâcheté quasi universelle face à la détérioration des libertés civiles en Chine".

Hu Jintao en compagnie de Barack Obama

Parmi la centaine de pays passés en revue, le régime nord-coréen se signale par son système de goulag -le goualliso- où quelque 200000 personnes seraient détenues dans des conditions atroces. L’impunité pour les auteurs de viols de masse affecte toujours à des degrés divers des Etats africains, tels que la Côte d’Ivoire et le Tchad, la palme (près de 8000 cas au premier semestre 2010) revenant à la République démocratique du Congo. En Colombie, de nouvelles bandes paramilitaires exercent la terreur. "L’octroi du Prix Nobel de la Paix au dissident Liu Xiaobo a constitué "un grand moment pour le mouvement des droits de l’Homme en Chine", note Human Rights Watch. Mais "les réformes légales adoptées par Pékin sur l’irrecevabilité des preuves obtenues sous la torture sont restées lettre morte en pratique". Si la Russie a fait preuve, quant à elle, de "plus d’ouverture à la coopération internationale sur les droits de l’Homme", "le climat général dans le pays à cet égard est demeuré profondément négatif", relève l’ONG. Les Etats-Unis sont notamment épinglés pour être les seuls à avoir dans leurs prisons "2574 personnes mineures au moment des faits, purgeant une peine à perpétuité". En Europe, "la plus grande minorité, les Roms, a continué de subir discriminations, exclusion et pauvreté extrême", observe Human Rights Watch, qui mentionne les expulsions de Roms roumains et bulgares par la France.

Agence France Presse

Kenneth Roth

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