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AFP, 25 janvier 2011

Egypte : Les manifestants se déchaînent contre le raïs


Des manifestants prient, au Caire, le 25 janvier 2011

"Moubarak dégage" : sans précaution de langage, des milliers d’Egyptiens sont descendus, mardi 25 janvier 2011, dans les rues, pour exprimer leur ras-le-bol d’un régime devenu pour eux synonyme de pauvreté et de répression.

Egypte


Environ 15000 personnes ont manifesté dans plusieurs quartiers du Caire, notamment aux abords des bâtiments officiels du centre-ville, selon les services de sécurité. La police a utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau pour tenter de disperser les manifestants. Selon des spécialistes, ces manifestations anti-gouvernementales sont les plus importantes depuis les émeutes de 1977 provoquées par une hausse du prix du pain. Parmi la foule venue sur la grande place Tahrir, au centre du Caire, Ibrahim, un juriste âgé de 21 ans, ne mâche pas ses mots : "nous avons un régime corrompu qui veut poursuivre l’oppression sans fin". Ahmed, un avocat âgé de 28 ans, a lui aussi suivi avec passion la fuite sous la pression populaire du président tunisien, Zine El Abidine Ben Ali, après 23 ans de pouvoir, contre presque 30 pour Hosni Moubarak. "Nous devons aujourd’hui nous tenir debout comme des hommes, enfin", affirme-t-il. Mohamed, un technicien informatique, renchérit : "moi aussi, je suis venu parce qu’il faut renverser ce régime", assure-t-il. "Moubarak dégage, tu es injuste, tu nous affames, tu nous tortures dans tes commissariats, tu es un agent des Américains", lançait une mère de famille venue manifester dans le quartier de Mohandessine, dans l’ouest du Caire, un drapeau égyptien à la main. D’autres manifestants prenaient d’assaut les caméras des télévisions étrangères, avec le même mot à la bouche ou sur des pancartes : "dégage". Ailleurs, ce sont les slogans tunisiens qui ont fait mouche, comme "Pain, Liberté, Dignité".

Manifestation antigouvernementale, au Caire, le 25 janvier 2011

La foule est plutôt jeune, largement mobilisée au travers d’internet et des réseaux sociaux comme Facebook. Les messages sur téléphone ont aussi beaucoup contribué à la mobilisation. Ironie, la semaine dernière le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheit, avait cité le nombre élevé d’usagers du téléphone portable -60 millions, selon lui, pour une population de plus de 80 millions- pour dire que tout n’allait pas si mal en Egypte. Le départ de Ben Ali alimente aussi les "nokta", les blagues politiques dont les Egyptiens sont friands, du genre :

Ben Ali appelle Moubarak depuis l’avion à bord duquel il part en exil pour Djeddah, en Arabie saoudite :

"Allo Hosni, regarde ce qu’ils m’ont fait. Tu peux m’héberger, cette nuit" ?

Moubarak répond :

"Bien sûr que non. Tu es cinglé ? Regarde dans quel pétrin tu nous a tous mis. Vas en Arabie Saoudite, et dis-leur que je pourrais bien faire un pèlerinage anticipé cette année".

Agence France Presse

Manifestation antigouvernementale, au Caire, le 25 janvier 2011

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