retour article original

mercredi 26 avril 2017
Vous êtes ici Accueil Informations internationales Afrique Egypte
AFP, AP, Reuters, 28 janvier 2011

Egypte : Hosni Moubarak décrète le couvre-feu

par Hania El-MALAWANI, Alexander DZIADOSZ, Jean-Loup FIEVET, Guy KERIVEL et Gilles TREQUESSER


Scène d’émeute à Suez, le 27 janvier 2011

Des dizaines de milliers de manifestants se sont heurtés violemment, vendredi 28 janvier 2011, aux policiers déployés en force en Égypte, où le mouvement de contestation sans précédent contre le président, Hosni Moubarak, s’est amplifié faisant un huitième mort.

Egypte


M. Moubarak, âgé de 82 ans, un allié de l’Occident qui s’est appuyé pendant près de trente ans sur un redoutable appareil policier et un système dominé par un parti qui lui est entièrement dévoué, s’est illustré par son silence depuis le début de la contestation, la plus importante depuis son arrivée au pouvoir, en 1981. Les manifestants réclament de meilleures conditions de vie dans un pays où l’état d’urgence est imposé depuis près de trente ans et où plus des 40 % des 80 millions d’habitants vivent avec moins de 2 dollars par jour et par personne. Ils veulent aussi le départ du ministre de l’Intérieur, Habib El-Adli. Au quatrième jour des plus importantes protestations en près de trente ans de règne de M. Moubarak, les policiers, qui semblaient parfois avoir du mal à contenir les manifestants, ont tiré des gaz lacrymogènes, des balles caoutchoutées en l’air et des canons à eau pour les disperser. Un manifestant a été tué d’une balle, lors d’accrochages avec la police, à Suez, à l’est du Caire, portant à huit le nombre de morts -deux policiers et six manifestants-, depuis le début du mouvement, mardi 25 janvier 2011. Des dizaines de personnes ont été également blessées et un millier arrêtées. Aux cris d’« À bas Hosni Moubarak » et « le peuple veut la chute du régime », les manifestations se sont étendues à tout le Caire, une métropole de 20 millions d’habitants, et ont gagné les principales villes du pays, selon des journalistes de l’AFP sur place. L’opposant le plus en vue, Mohamed ElBaradei, qui s’est dit prêt à mener une transition au pouvoir après un éventuel départ de M. Moubarak, et les Frères musulmans (opposition), ont participé aux manifestations. Dès la fin des prières musulmanes, les protestataires sont descendus dans la rue pour ce « vendredi de la colère », à l’appel du Mouvement du 6 avril, un groupe de jeunes pro-démocratie qui s’est inspiré de la « révolution du jasmin » ayant chassé le président Zine El Abidine Ben Ali de Tunisie. Au Caire, des accrochages ont éclaté près d’une mosquée où a prié M. ElBaradei, l’ex-chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Ce dernier a dû se réfugier dans le lieu de culte, selon un photographe de l’AFP. « Liberté ! liberté ! liberté », scandaient les manifestants sous les regards ahuris de policiers déployés avec boucliers et casques à visière, près de la célèbre mosquée Al-Azhar. « Moubarak est un dictateur, nous voulons sa chute. Ce n’est plus le temps des réformes. Les gens en ont marre. La situation économique devient intenable », souffle Ahmed, un manifestant. Plus au nord, à Alexandrie, deuxième ville d’Égypte, la police a tiré des gaz lacrymogènes et des balles caoutchoutées pour disperser des milliers de manifestants qui criaient « On ne veut pas de lui », en allusion à M. Moubarak. Des manifestants ont incendié le siège du gouvernorat d’Alexandrie. Des colonnes de fumée s’élevaient du bâtiment en flammes après des accrochages entre policiers et manifestants, alors que plusieurs manifestants ont forcé l’entrée de l’enceinte d’un commissariat d’un autre quartier du centre-ville. À Mansoura, dans le delta du Nil, les policiers ont lancé des gaz lacrymogènes pour faire fuir les manifestants et certains imams ont appelé à « sortir et demander le changement ». Des affiches du parti au pouvoir ont été arrachées et des bâtiments officiels attaqués et endommagés. Les chaînes arabes Al-Jazira et Al-Arabiya ont fait état de brutalités de la police contre certains de leurs journalistes au Caire, alors que quatre journalistes français ont été brièvement détenus. L’internet et les services de téléphonie mobile, qui ont joué un rôle-clé dans la mobilisation populaire, étaient coupés dans le pays. Une première par son ampleur pour l’internet, selon des experts.

Scène d’émeute à Suez, le 27 janvier 2011

Face à l’escalade, le chef de la commission parlementaire des Affaires étrangères et membre du parti de M. Moubarak, Moustapha Al-Fekki, a appelé à « des réformes sans précédent » pour éviter une « révolution ». Le président américain, Barack Obama, a affirmé que la violence n’était « pas une solution aux problèmes en Égypte » et la Maison-Blanche a dit ne pas vouloir prendre parti.

Hania El-MALAWANI

Des manifestants face aux policiers, à Suez, le 28 janvier 2011

Mohamed ElBaradeï assigné à résidence

La police a assigné à résidence l’opposant et prix Nobel de la paix Mohamed ElBaradeï, ont annoncé, vendredi 28 janvier 2011, des responsables égyptiens de la sécurité. Des policiers stationnant devant sa maison dans la banlieue du Caire lui ont dit qu’il ne pouvait quitter son domicile. Un peu plus tôt, il avait participé à une manifestation réunissant des milliers de personnes dans la capitale. Mohamed ElBaradeï a regagné l’Egypte, jeudi 27 janvier au soir, après avoir passé un mois à l’étranger. Il s’est dit prêt à diriger une éventuelle transition démocratique.

Associated Press

Mohamed ElBaradei

Hosni Moubarak décrète le couvre-feu

A l’issue d’un "jour de colère" proclamé par l’opposition, le président égyptien Hosni Moubarak a décrété vendredi un couvre-feu nocturne dans les grandes villes d’Egypte - Le Caire, Alexandrie et Suez. Ce couvre-feu, au quatrième jour de violentes manifestations antigouvernementales, sera en vigueur de 18h00 à 07h00 et l’armée a été chargée de prêter assistance si nécessaire aux forces de police. "Etant donné ce qui s’est passé en province, les émeutes, le désordre, les pillages, les destructions, les agressions et les incendies de biens publics et privés, notamment de banques et d’hôtels, le président Hosni Moubarak a décrété un couvre-feu en sa qualité de chef des armées", a précisé la télévision d’Etat. Des unités de l’armée ont été déployées au Caire, d’où s’élevaient des colonnes de fumée noire, et Hosni Moubarak devrait s’exprimer prochainement à la télévision. Selon la chaîne de télévision Al Djazira, des blindés arrivés dans le centre-ville ont été acclamés par la foule. Des dizaines de personnes avaient été blessées auparavant, lors d’affrontements dans la capitale avec les forces de l’ordre, notamment près d’une des résidences du président. Al Djazira a fait état d’au moins un mort et de dizaines de blessés sur une place du centre-ville.

Des manifestants face aux policiers, sur un pont du Caire, le 28 janvier 2011

Les autorités ont arrêté plusieurs membres du mouvement des Frères musulmans, dont au moins huit figures du mouvement fondamentaliste dans la nuit de jeudi 27 janvier à vendredi 28 janvier 2011. Elles ont en outre bloqué peu après minuit les sites internet utilisant les serveurs égyptiens ainsi que les communications des téléphones portables, qui sont impossibles ou aléatoires, réduisant d’autant les capacités de mobilisation des opposants. Le groupe Vodafone a confirmé que tous les opérateurs de téléphonie mobile avaient reçu pour consigne de suspendre leurs activités dans certaines zones.

Avec la rédaction du Caire et Alexander DZIADOSZ, Jean-Loup FIEVET, Guy Kerivel et Gilles TREQUESSER

La police refoule des manifestants qui voulaient franchir un pont, au Caire, le 28 janvier 2011

La police refoule des manifestants qui voulaient franchir un pont, au Caire, le 28 janvier 2011

Des policiers évacuent un collègue blessé, au Caire, le 28 janvier 2011

Evacuation d’un manifestant blessé, au Caire, le 28 janvier 2011

Evacuation d’un manifestant blessé, au Caire, le 28 janvier 2011

Evacuation d’un manifestant blessé, au Caire, le 28 janvier 2011

Un véhicule de la police percute un manifestant, au Caire, le 28 janvier 2011

Un véhicule de la police incendié, au Caire, le 28 janvier 2011

Des manifestants, au Caire, le 28 janvier 2011

Des policiers dans un fourgon pactisent avec les manifestants, au Caire, le 28 janvier 2011

Des policiers pactisent avec les manifestants, au Caire, le 28 janvier 2011

AUTEURS 

  • Hania El-MALAWANI, Alexander DZIADOSZ, Jean-Loup FIEVET, Guy KERIVEL et Gilles TREQUESSER

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source