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Reuters, 29 janvier 2011

Egypte : Hosni Moubarak déploie l’armée et tente de reprendre la main

Suivi d’un commentaire

par Edmund BLAIR, Chaïmaa FAYED, Alexander DZIADOSZ, Guy KERIVEL, Henri-Pierre ANDRE, Marine PENNETIER et Gilles TREQUESSER


Vue de Suez, le 28 janvier 2011

Au soir d’une journée de contestation sans précédent contre son régime, le président égyptien, Hosni Moubarak, est sorti de son silence, vendredi 28 janvier 2011, pour annoncer la démission de son gouvernement et la formation d’un nouveau cabinet samedi 29 janvier.

Egypte


Pour tenter de limiter la contestation, les autorités ont arrêté des membres des Frères musulmans. Elles ont en outre bloqué, jeudi 27 janvier 2011, peu après minuit, les sites internet utilisant les serveurs égyptiens, ainsi que les communications des téléphones portables, réduisant d’autant les capacités de mobilisation des opposants. Une vingtaine de personnes ont trouvé la mort dans les heurts qui ont opposé des manifestants hostiles au raïs au pouvoir depuis trente ans et les forces de l’ordre. Au Caire, plus de 1000 personnes ont été blessées. Aux abords de la mosquée Al-Azhar dans le centre de la capitale, après la grande prière, la police a tiré des balles en caoutchouc sur plusieurs milliers de manifestants. Des incidents se sont également produits sur la place Tahrir, dans le centre du Caire, et sur la place Ramsès. Galvanisés par la "Révolution de jasmin" tunisienne, des dizaines de milliers d’Egyptiens sont descendus en ce jour de la grande prière dans les rues pour exiger le départ de Hosni Moubarak. Les forces de l’ordre, équipées de canons à eau, de grenades lacrymogènes et tirant des balles en caoutchouc ont tenté de disperser les manifestants, qui ont répliqué en jetant des pierres aux cris de "A bas, à bas Hosni Moubarak" ou "Moubarak, dégage ! l’avion t’attend". Les affrontements dans la capitale ont fait un millier de blessés, selon le dernier bilan communiqué de sources médicales égyptiennes. A Suez, à l’est du Caire, le bilan pour la seule journée de vendredi 28 janvier 2011 est de 13 morts et 75 blessés. A Alexandrie, on faisait état de 6 morts, dont 4 manifestants. Un policier a également été tué ainsi qu’une femme qui a été touchée par une balle perdue alors qu’elle se trouvait sur son balcon. Rentré la veille dans son pays, l’ancien directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique et prix Nobel de la paix Mohamed ElBaradeï, qui estime que le moment est venu pour Hosni Moubarak de se retirer, a pu participer dans l’après-midi à un défilé pacifique dans la capitale. Vendredi 28 janvier au soir, la chaîne Al-Arabia annonçait que la police lui avait demandé de rester chez lui. D’autres manifestations se sont déroulées à Alexandrie, Al Mansourah et Assouan. A Suez, où un poste de police avait été incendié la veille, des manifestants ont transporté à bout de bras le corps d’un manifestant tué après des heurts avec la police. Au terme d’un "jour de colère" proclamé par des opposants, le président égyptien a chargé l’armée de prêter assistance aux forces de police et décrété un couvre-feu nocturne dans les principales villes -Le Caire, Alexandrie et Suez-, étendu dans la soirée à toutes les villes du pays. Le couvre-feu est imposé de 18h00 à 07h00. Mais au Caire, à Alexandrie et à Suez, épicentre des manifestations ces quatre derniers jours, l’ordre donné par le raïs n’a eu aucun effet sur les manifestants qui se pressaient bien après la tombée de la nuit autour de véhicules blindés de l’armée, les acclamant, chantant l’hymne national et tentant de gagner les soldats à leur cause. Au Caire, des milliers de manifestants regroupés place Tahrir, à un quart d’heure à pied de distance, ont tenté de marcher dans la direction du parlement. Tard dans la nuit, l’armée égyptienne en a pris le contrôle. Les protestataires ont pris la fuite dans des rues adjacentes, alors qu’une vingtaine de véhicules militaires dégageaient la place peu après minuit. Dans la soirée, des flammes s’élevaient au-dessus du siège du Parti national démocrate (PND), le parti de Hosni Moubarak. Des scènes de fraternisation ont également eu lieu.

Des manifestants, à Suez, le 28 janvier 2011

Dans une allocution à la nation diffusée par la télévision, Hosni Moubarak a affirmé que l’Egypte avait besoin de dialogue et non de violence pour sortir des difficultés à l’origine du mouvement de contestation. Il a également réaffirmé sa détermination à assurer la stabilité de l’Egypte et a fait savoir qu’il avait limogé le gouvernement. "J’ai demandé au gouvernement qu’il me présente sa démission aujourd’hui (vendredi 28 janvier 2011)", a-t-il dit, ajoutant qu’un nouveau gouvernement serait formé samedi 29 janvier et annonçant de nouvelles mesures en faveur de la démocratie et des libertés, des catégories les plus pauvres, de la lutte contre le chômage et pour l’amélioration du niveau de vie. Se disant fermement engagé sur la voie de réformes politiques et économiques, Hosni Moubarak a dit comprendre les manifestations contre la corruption, la pauvreté et le chômage. "J’ai pleinement conscience des aspirations légitimes du peuple et je connais bien l’ampleur de leurs préoccupations et de leurs souffrances", a-t-il dit. "La jeunesse d’Egypte est son atout le plus précieux."

Hosni Moubarak

Les Etats-Unis ont annoncé qu’ils réexamineraient leur politique d’aide à l’Egypte sur la base des événements des jours à venir. A Davos, où elle participe au Forum économique mondial, la chancelière allemande Angela Merkel, a appelé à l’arrêt des violences. "Nous devons parvenir à un dialogue pacifique en Egypte. La stabilité de ce pays est extrêmement importante, bien sûr, mais pas au prix de la liberté d’opinion", a-t-elle ajouté. A Paris, le Quai d’Orsay a appelé les ressortissants français à "limiter" leurs déplacements en Egypte, tandis que la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, soulignait que "seul le dialogue entre toutes les parties est de nature à permettre une évolution significative et positive de la situation afin de prendre en compte les aspirations à davantage de liberté et de démocratie qui s’expriment".

Edmund BLAIR, Chaïmaa FAYED, Alexander DZIADOSZ, Guy KERIVEL, Henri-Pierre ANDRE, Marine PENNETIER et Gilles TREQUESSER

Un manifestant blessé, au Caire, le 28 janvier 2011

Commentaire

Les promesses de Hosni Moubarak n’ont aucune crédibilité et le remaniement de son gouvernement n’y changera rien. L’Egypte de Hosni Moubarak est un régime tortionnaire où les enfants eux-mêmes sont sauvagement torturés dans les postes de police et les prisons. Quant à l’injustice sociale, elle résulte d’une politique délibérée visant à favoriser la compétitivité de l’économie égyptienne. La plupart des salariés sont tellement mal payés qu’ils sont contraints d’occuper plusieurs emplois. Par exemple, un conducteur de taxi pendant la journée travaille également comme veilleur de nuit dans un hôtel où il dort assis sur une chaise. La misère de la masse de la population engraisse une oligarchie totalement corrompue qui n’a que mépris pour le peuple. La sauvagerie de la répression contre les manifestants est l’illustration concrète de ce mépris.

Frank BRUNNER

Des blindés au Caire, le 28 janvier 2011

Des manifestants juchés sur un blindé, au Caire, le 28 janvier 2011

Des manifestants juchés sur des blindés, au Caire, le 29 janvier 2011

AUTEURS 

  • Edmund BLAIR, Chaïmaa FAYED, Alexander DZIADOSZ, Guy KERIVEL, Henri-Pierre ANDRE, Marine PENNETIER et Gilles TREQUESSER

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